Michelle Moreau : « Je ne veux pas avoir des gens qui pensent pour moi »


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Photos : Yannick SOURISSEAU - Angers, le 08/04/2015 - 07:45 / modifié le 08/04/2015 - 09:01


Volontairement discrète depuis l’élection de Christophe Béchu en avril 2014, Michelle Moreau, sa 1ere adjointe, revient pour Angers Mag sur la première année de la nouvelle municipalité angevine. L’occasion de faire le point sur son rôle, ses priorités et de mesurer son intacte liberté de parole.



Michelle Moreau : « Je ne veux pas avoir des gens qui pensent pour moi »
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Cet entretien a été réalisé avant les élections départementales où Michelle Moreau (en binôme avec Franck Poquin) a été battue sur le canton d'Angers 3.

Un an après les élections municipales, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

 « Je n’ai pas vu le temps passer, ce qui prouve que mon emploi du temps a été bien occupé. Ca n’est pas forcément qu’un fait positif parce qu’on ne prend peut-être pas assez de recul sur les événements. En arrivant, j’avais cette particularité de bien connaître la structure municipale mais le démarrage s’est opéré le nez dans les dossiers. Ca a été aussi 15 jours d’astreinte, pour me rappeler, 6 ans après, ce que c’était : j’ai repris le rythme d’un mandat dans une majorité. »
 
Et votre intégration dans la gouvernance mise en place par Christophe Béchu ?
« Je n’ai pas trop envie d’en parler (silence). Ce sont de nouvelles méthodes : j’estime qu’au bout d’un an, tout n’est pas figé. On s’enrichit les uns les autres, on a des séminaires pour mieux comprendre les fonctionnements. Dans une équipe qui a envie de gagner, la première chose que vous retrouvez, ce sont des enthousiastes, des ambitieux, des gens qui méconnaissent vraiment le fonctionnement et ont envie de tout défaire, celui qui d’emblée demande comment on se fait rembourser ses frais de restauration et qui se fait rappeler par le maire qu’il n’y a pas de prise en charge en dehors de l’indemnité…  Bref, vous avez de tout et c’est vrai dans cette équipe comme dans celles que j’ai fréquentées autrefois : là-dessus, je n’ai pas trouvé de changement. »
 
Et votre propre champ de compétences, la vie des quartiers et la vie associative, comment l’avez-vous rouvert ? 
« D’abord par une mise à niveau des connaissances et du fonctionnement, avec la volonté de faire comprendre aux services qu’on n’est pas là pour « casser » mais peut-être pour réorganiser avec une vision différente. J’ai fait un séminaire très en amont dans mes services où je leur ai dit : il y a des choses que je ne comprends pas. On est là pour rendre les choses plus lisibles et simplifier la vie des Angevins, donc c’est vous qui allez proposer des modifications. Il faut toujours avoir à l’esprit que les postes peuvent évoluer. A une époque, la mode était au développement durable, un service a donc été créé dans toutes les villes : formidable ! Sauf qu’une fois que tout le monde a compris ce qu’était le développement durable, à quoi sert le service dédié ? Aujourd’hui, c’est la lutte contre les discriminations : la réussite des spécialistes, c’est de disparaître ! »
 
Quel est votre rôle exactement au sein de la municipalité ?
« J’ai en charge la vie des quartiers, avec un rôle de coordination et d’impulsion auprès des collègues qui sont adjoints de quartiers. Je m’occupe de tout ce qui concerne la vie associative avec, là aussi, un rôle de coordination entre les adjoints « thématiques ». La règle, c’est désormais un élu = un service référent, pour éviter que les associations aillent taper à toute les portes. Je m’occupe aussi des relations avec les cultes et les climats de pensée sur la ville et de la coordination des programmes de rénovation urbaine. »

Sa relation avec Christophe Béchu

Vous tenez-vous toujours autant à distance des partis politiques ?
« Oui. Ça ne me plaît pas, par exemple, que Christophe Béchu se soit prononcé pour un candidat ou un autre (pour Alain Juppé dans le cadre des primaires au sein de l’UMP NDLR). Je m’en fiche ! C’est sa vie personnelle, mais je trouve que ça arrive au très mauvais moment. On n’a pas encore décidé de notre premier budget, les Angevins attendent d’un maire qu’il soit d’abord à Angers. Je le lui ai dit. »
"Ça ne me plaît pas, par exemple, que Christophe Béchu se soit prononcé pour un candidat ou un autre (...). Je le lui ai dit."
 
Vous avez pourtant vous-même fait partie d’une formation politique ?
« Je ne tire pas un trait sur les partis : c’est grâce au CDS (Centre des démocrates sociaux NDLR) que je suis là. J’ai d’ailleurs fait campagne, aux municipales comme aux départementales avec des militants de l’UMP ou de l’UDI. Mais ce dont je veux me rendre libre, c’est de ne pas recevoir d’ordres : je ne veux pas de calcul. J’ai eu la chance de travailler avec trois maires (Jean Monnier, Jean-Claude Antonini et Christophe Béchu NDLR) et je vois bien toutes les limites du jeu politique. J’ai eu une vraie complicité avec Jean-Claude Antonini jusqu’en 2003, et je ne la renie pas. Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? Quand il a est devenu vice-président du Conseil régional, on lui a attribué des directeurs de cabinet très politiques et il n’était plus lui. Je ne veux pas avoir des gens qui pensent pour moi, je suis comme je suis : les plus, les moins, c’est un tout. »
 
Si ça devait arriver dans l’équipe actuelle…
(elle coupe) « Eh bien, ce sera exactement les mêmes effets. Christophe Béchu le sait. Ce qui m’a fait –certains diront déraper, d’autres retrouver ma liberté- c’est le jour (quelle année ?) où, deux ans avec les élections, j’ai refusé de faire partie de groupes dont l’objectif était : qu’est-ce qu’on fait pour rester en place ? Ça n’est pas pour ça que je suis élu. On travaille bien, on est réélu ; on ne travaille pas bien, on n’est pas réélu : ça s’arrête là. »
 
L’incursion du politique dans la vie de la collectivité contribue à son manque d’efficacité, selon vous ?
« Elle trouble forcément. J’avais dit à Christophe Béchu que dans l’équipe, il pouvait y avoir n’importe quel représentant de partis républicains, à condition qu’ils n’aient pas de responsabilité au sein de leur formation. Car s’ils en ont, ils auront des comptes à rendre et s’ils ont des comptes à rendre, il y aura des compétitions internes, ce qui nuira à l’esprit d’équipe. Pour le moment, ça n’est pas le cas, tout le monde est mobilisé sur un projet, avec de l’entraide et de la solidarité. »
Christophe Béchu et Jean Monnier : "Il a toujours eu une admiration pour l’esprit libre de Jean Monnier, c’est ça qu’il a voulu véhiculer. En revanche, ce qui les oppose, c’est qu’ils n’ont pas les mêmes ambitions."
 
Christophe Béchu est le maire d’Angers depuis un an. Comment se passe votre relation ?
« C’est une confiance totale, car on ne se voit pas beaucoup ! Là, on est en train de mettre en place des rendez-vous plus fréquents, même si ça n’est pas longtemps. »
 
Un défaut ?
« Il a une empathie pour tous les gens qu’ils voient ! J’ai assisté à plusieurs rendez-vous avec lui : il n’a jamais promis quoi que ce soit, jamais. Mais son empathie d’accueil et sa compréhension rapide font que les gens disent : « Le maire m’a promis ». Non, il ne vous a pas promis ! Il vous a écouté, il vous a compris, il a dit qu’il prendrait votre réflexion en compte… mais il ne vous a pas promis. »
 
Vous incarnez l’héritage monniériste que revendique souvent Christophe Béchu…
« … J’espère. Y compris le rappeler quand nécessaire. Il a toujours eu une admiration pour l’esprit libre de Jean Monnier, c’est ça qu’il a voulu véhiculer. En revanche, ce qui les oppose, c’est qu’ils n’ont pas les mêmes ambitions : combien de temps Christophe Béchu va-t-il rester les pieds dans la glaise comme il l’est actuellement ? Ca ne veut pas dire que je ne le sens pas bien maire d’Angers, car il a encore beaucoup de choses à découvrir, à prouver. Mais pendant combien de mandats, avant de vivre un autre destin ? Mais il a en même temps une obligation de réussite. »
 
Qu’est-ce qui peut changer avec lui à Angers ? Peut-il réussir à accroitre la notoriété de la ville ?
« Il en a la volonté. Et la notoriété d’Angers est un vrai problème. L’image de la ville est au cœur des préoccupations. Toutes les enquêtes d’Angevins ou de non-Angevins donnent la ville plus petite… en revanche, à chaque fois on ramène le principe de la douceur qui est trop souvent assimilé à la mollesse, alors que nous sommes dans un monde de brutes et que je suis convaincue que la douceur peut être un atout. Angers, c’est comme le Cointreau, connu internationalement, sa douceur fait sa force ! Il ne faut pas renier le mot qui colle à la peau d’Angers. »

Ses priorités et sa vision pour les quartiers

Quelles sont vos priorités pour les quartiers ?
 «  La grande attente, c’est l’emploi. Souvent pour des gens qui ne sont pas qualifiés. Vous avez 3000  personnes de moins  de 25 ans qui ont un niveau inférieur au CAP dans notre agglomération : le challenge, il est là. Comment, à partir d’aujourd’hui mettre en place des outils qui vont déjà donner une meilleure reconnaissance aux gens ? Dans le cadre du contrat de ville, on va mettre en place une plateforme « stages » donne à des jeunes qui n’ont pas de réseau, l’opportunité de découvrir des métiers. On va prendre à la base, ensuite on ira vers le stage professionnel, l’alternance. L’autre enjeu, c’est aussi de dépister les diplômés des quartiers. Comment ceux-là peuvent-ils servir d’exemple dans leur fratrie, parmi leurs voisins, pour continuer à se mobiliser pour qu’ils ne soient pas en échec scolaire ? »
 
"J’ai honte que dans ma ville, il y a ait autant de gens qui ne sachent pas lire et écrire."

L’échec scolaire, ce sont aussi les fondamentaux : la lecture, l’écriture…
« J’ai honte que dans ma ville, il y a ait autant de gens qui ne sachent pas lire et écrire. On doit vraiment se mobiliser car l’échec de l’intégration, notamment, vient du fait qu’on n’a pas su imposer comme il le faut la langue française. Personne n’en parle aujourd’hui ! Il faut avoir le courage de le dire : le français, le français, le français ! Un exemple : la Suède le fait les Syriens. Elle les accueille d’abord en syrien, pour marquer le respect, et puis on enchaîne avec l’anglais, puis le suédois ! »
 
Qu’est-ce qui a le plus changé dans les quartiers en six ans ?
« Ce qui me frappe, c’est la multiplication d’associations partageant les mêmes objectifs : faire du soutien scolaire, réunir les familles… mais sans ligne directrice très claire. Souvent, leurs responsables n’ont pas été voir ce qui se faisait déjà dans le quartier ou les écoles. Donc, on a aussi chez certains, une envie de vie parallèle aux institutions. Et ça, je dis : attention ! Notre challenge, c’est d’aider les gens à se connaître et se reconnaître pour qu’il n’y ait pas cette vie à côté d’eux. Je défends cette idée auprès des communautés : c’est très bien qu’elles se réunissent entre elles, mais à un moment, on vit à côté des autres, avec eux, donc ça ne peut pas être que ça.
 
N’est-ce pas aussi l’échec de l’éducation populaire telle qu’elle existe depuis plus de 40 ans et sur laquelle les politiques se sont reposés ?
« J’ai fait le tour de toutes les maisons de quartier. On voit bien que c’est très difficile et qu’elles ne touchent pas forcément la population qui en a le plus besoin mais celle qui vient vers eux. Hors aujourd’hui, il faut aller vers les gens. Il y a de moins en moins de professionnels qui vont dans les familles… sauf quand ça va mal ! Il y a des outils très riches à Angers –la charte culture et solidarité, la Bibliothèque pour tous- qu’il faut faire mieux connaître. Et s’il y a besoin d’innovation là où il y a des failles, il faut associer les gens, faire avec. Si vous voulez faire changer les choses, c’est avec les autres et pas à côté des autres. »

Michelle Moreau, façon Proust
Le bonheur parfait selon vous ?
Avoir à la fois la philosophie d’être en permanence à sa recherche et se satisfaire de celui que l’on a.
 
Le trait de caractère dont vous êtes la plus fière ?
Le courage
 
Votre qualité préférée chez une femme ?
La sincérité
 
Votre qualité préférée chez un homme ?
La sincérité
 
Votre artiste préféré ?
En ce moment, le pianiste Lang-Lang
 
Votre film « culte » ?
Pas de film « culte ». Mais celui qui m’a le plus « marquée », c’est celui sur la peine de mort « La vie, l’amour, la mort » de Claude Lelouch (sur l’injustice des jugements en fonction des lieux où l’on est jugé !)
 
Le livre qui a « changé votre vie » ?
Je ne l’ai pas encore lu ! Chaque livre m’apporte réflexion ou plaisir mais aucun ne m’a fait vraiment changer
 
Votre chanson préférée ?
Cela reste “Let it be !” des Beatles
 
Que détestez-vous le plus au monde ?
L’arrogance, le mépris, la « suffisance »
 
Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
La  gourmandise !
 

Bio Express
1949. Naissance le 18 septembre à Angers.
Etudes à Angers sauf 3e cycle « sécurité urbaine » à Paris.
Chargée de communication à l'Université catholique de l’Ouest (IPLV) pendant plus de 20 ans. Ancienne élève du Conservatoire d'art dramatique.
1989. Entre au conseil municipal d’Angers comme adjointe au maire, Jean Monnier.
1994. Adjointe aux quartiers.
1998. Devient première adjointe de Jean Monnier puis de Jean-Claude Antonini
2007. Reconduite première adjointe en 2001 dans la municipalité de Jean-Claude Antonini (PS), elle en démissionne, en désaccord avec la politisation de la gouvernance de la Ville.
2008. Réélue cette fois-ci au sein de l’équipe conduite par Christophe Béchu, elle siège au conseil dans la minorité.
2014. Réélue aux côté de Christophe Béchu, elle redevient 1ere adjointe
 









1.Posté par jean jean 49 le 08/04/2015 11:44 | Alerter
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Mme Moreau est une carrieriste de seconde zone , du genre a changer de camp dès que le vent tourne.
Du genre , peu importe les idees tant que j'obtiens un poste . Pathetique....

2.Posté par observateur le 08/04/2015 23:57 | Alerter
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rhôôôô, elle est encore la ;D ? que c'est beau tant de dévotion pour Angers. Heureusement que les Angevins voulaient du changement car suffit les "37 ans" dixit certains observateurs plutôt orienté. Ce n'est pas elle qui comme par magie dans son canton pour la dernière election annonçait que l'état devait 450M€ au CG soit l'équivalent de la dette de celui-ci ? mais alors pourquoi la dette s'est creusée alors que le taux d'impot du département à toujours augmenté sous la présidence du maire-pr...















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