Mineurs étrangers non accompagnés, le parcours du combattant

Le défi de l’intégration (1/4)


Rédigé par Juliette COTTIN - Angers, le 14/06/2016 - 07:15 / modifié le 14/06/2016 - 01:29


Ils arrivent d'Afrique de l'Ouest, du Proche-Orient ou d'Asie. En Maine-et-Loire, leur nombre a été multiplié par trois ces dernières, créant ici, comme ailleurs, débats et tensions autour de leur prise en charge. Entre soupçons de non-minorité et difficultés d'orientation, le parcours des mineurs étrangers non accompagnés tient bien souvent du combattant. Pour quelles perspectives d’insertion sociale et professionnelle à moyen terme ? Angers Mag se penche sur le sujet cette semaine.



Une partie importante des mineurs étrangers non accompagnés proviennent d'Afrique de l'Ouest (image d'archives).
Une partie importante des mineurs étrangers non accompagnés proviennent d'Afrique de l'Ouest (image d'archives).
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Dans un contexte géopolitique et économique difficile, l’Europe et la France, on le sait, sont devenues des eldorados à atteindre pour de nombreux migrants. Pourquoi l'Anjou échapperait elle à cette réalité ? Pierre*, 17 ans, chemise bleue et casquette vissée sur la tête, se fond parfaitement dans la foule de la place du Ralliement. Né en Afrique de l’Ouest, le jeune homme, arrivé à la fin de l’année 2015, est au regard de l'administration un MNA, un Mineur Non Accompagné.

Un terme qui désigne ces adolescents étrangers - souvent entre 15 et 17 ans- de plus en plus nombreux qui débarquent seuls, sans famille ni représentant légal, sur le sol français. « Il est difficile de trouver des chiffres concernant ces jeunes, car très peu de statistiques se concentrent sur cette population spécifique », indique Nasrine Tamine, chargée de mission à la Croix-Rouge à Paris. « Nous savons cependant qu’en 2015, l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui dépend des départements, prenait en charge 9 900 mineurs non accompagnés. » 

Sachant, selon le ministère de la Justice, que 119 685 enfants étaient placés au titre de l'enfance en danger (confiés à l'ASE ou au secteur associatif) en 2015, on peut donc considérer que ces mineurs étrangers représentent près de 8 % des jeunes concernés. En France, comme prévu par la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU de 1989, tout mineur a droit à une protection par les autorités.

Tout l’enjeu, pour ces jeunes comme pour les conseils départementaux qui financent leur accueil, est de déterminer si le mineur a droit à une prise en charge ou non. Leur hébergement, leur nourriture et leur scolarisation ont évidemment un coût : 4,5 M€ prévus pour 2016 pour le Département de Maine-et-Loire, déjà rallongés de 500 000 €, pour répondre aux besoins de l’Abri de la Providence, l’association mandatée pour l’accueil de ces mineurs, qui est parvenue au maximum de ses capacités dès la fin avril.

L’enjeu de la cohérence des parcours

Comme ici à l'été 2013, les associations de soutien aux (anciens) mineurs isolés étrangers dénoncent régulièrement le manque de cohérence de prise en charge et de parcours des ces jeunes.
Comme ici à l'été 2013, les associations de soutien aux (anciens) mineurs isolés étrangers dénoncent régulièrement le manque de cohérence de prise en charge et de parcours des ces jeunes.
Il faut dire qu’en Maine-et-Loire, le nombre d’arrivées de MNA ne cesse d’augmenter depuis 2013 : il est passé de 63 en 2013 à 188 en 2015. À la fin mai 2016, le Conseil départemental en dénombrait déjà 98. « À leur arrivée, les mineurs non accompagnés bénéficient d’un recueil de cinq jours financé par l’État, pendant lequel est réalisée l’évaluation de leur situation, conjointement par les services départementaux, le parquet et la police", explique Vladia Charcellay, direction de l’enfance et de la famille. "Un sur deux est reconnu mineur et donc pris en charge par l’ASE. »

Les autres naviguent ensuite de recours en expertises médicales -à base de tests osseux- et en appels devant le juge des enfants pour tenter de prouver leur minorité. « Certains sont sortis du dispositif, puis réintégrés : c’est du gâchis et les jeunes vivent des situations très difficiles, dans la rue, en attente", s’indigne Franck Ozouf, chargé de projet Migrants au Secours Catholique. "Leur parcours scolaire est parfois affecté, ce qui a une incidence sur l’obtention d’un titre de séjour à leur majorité. Chacun fait son truc, sans concertation, dans un cloisonnement total. »
 
L’afflux de ces jeunes a fait émerger une série de problématiques nouvelles pour les départements, les associations sur le terrain, l’éducation nationale et les préfectures, qui peinent pour le moment à travailler ensemble pour parvenir à une logique de parcours cohérente. C’est dans cette optique que l’Uriops, qui réunit les associations du secteur social, a organisé fin mai à Angers une première réunion de travail sur cette thématique. « Il nous faut mieux préparer la majorité des jeunes et identifier les points de tensions », a ainsi souligné Patrick Martin, son président, lors de l’ouverture de cette journée.

Car à l’heure actuelle, ces jeunes, qui ont parfois risqué leur vie avant d’arriver en France, se retrouvent au cœur d’un dispositif souvent incohérent, au sein duquel les différents acteurs rament en sens opposé, se connaissent mal et se parlent peu. Contestation de minorité, passages multiples devant le juge des enfants, manque de places dans les classes de CAP… Le parcours du combattant de ces jeunes se poursuit ici.

Mais alors, entre contraintes financières et manque de moyens, entre humanité et faux-espoirs, quelles perspectives d’insertion sociale et professionnelle réelles ont ces jeunes ?

* Le prénom a été changé.












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