Mineurs non accompagnés : à l'épreuve de la scolarité

LE DÉFI DE L’INTÉGRATION (3/4)


Rédigé par Juliette COTTIN - Angers, le 16/06/2016 - 07:45 / modifié le 17/06/2016 - 10:31


Dans le Maine-et-Loire, entre 2013 et 2015, le nombre d’arrivées de mineurs non accompagnés a été multiplié par trois. Entre prise en charge, orientation professionnelle et soupçon de non-minorité, le parcours du combattant de ces jeunes, venus du Pakistan, d’Afrique de l’Ouest ou d’ailleurs, est loin d’être terminé à leur arrivée en France. Quelle perspective d’insertion sociale et professionnelle ont-ils réellement à moyen terme ? Pour les jeunes âgés de 15 à 18 ans, la scolarisation est à la fois une nécessité et un défi dans la construction de leur avenir en France. Car la logique de parcours est souvent mise à mal par des blocages administratifs.



Mineurs non accompagnés : à l'épreuve de la scolarité
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Paul* a 19 ans. Originaire d’Afrique de l’Ouest, il est arrivée en France en 2013. Après ses démarches auprès du département de Maine-et-Loire pour bénéficier d’une prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à laquelle il a droit en tant que mineur, il a repris sa scolarisation au lycée Chevrollier, avant de débuter une formation en CAP, puis à l’Adapei 49.

Pourtant, dès son passage à la majorité, il s’est vu refuser un titre de séjour par la préfecture de Maine-et-Loire, bloquant ainsi le parcours scolaire et professionnel qu’il avait construit depuis son arrivée. « Ils n’ont rien à me reprocher, je suis honnête, je ne sors pas trop, je ne vois pas pour quelle raison ils refusent que je reste", dit Paul, "entre colère et découragement. Je suis prêt à travailler et à payer des impôts, c’est absurde : ils gaspillent l’argent que le Département a investi ! »

Ainsi, même pour les jeunes ayant réussi à prouver leur minorité et à intégrer le dispositif départemental de prise en charge, tout est loin d’être gagné. La scolarisation étant un élément crucial de la construction de leur avenir en France, les différents freins rencontrés affectent grandement leur parcours.
 
Actuellement, ils sont 122 mineurs non accompagnés scolarisés dans le département, tous âges confondus. Sur les 61 non scolarisés, la plupart ont entre 16 et 18 ans et sont analphabètes. Le premier défi est donc de pouvoir les inclure au sein des dispositifs prévus par l’Education nationale. « La question de la scolarisation des mineurs de la maternelle à 16 ans est rapidement réglée, car elle est obligatoire", indique Benoît Dechambre, l’Inspecteur d’académie. "Après l’âge de 16 ans, la décision est prise en fonction de leur niveau, avec pour objectif de les aider à apprendre le français et de leur offrir un parcours réaliste. »
Même pour les jeunes ayant réussi à prouver leur minorité et à intégrer le dispositif départemental de prise en charge, tout est loin d’être gagné

La disparité des situations des jeunes rend indispensable de trouver des solutions au cas par cas. « À leur arrivée, nous faisons un bilan de leur histoire et de leur parcours scolaire avec le Centre d’information et d’orientation", explique Annie Landaud, inspectrice en charge de l’information et de l’orientation. "À l’issue d’une évaluation de leur niveau scolaire, dans leur langue d’origine, on leur propose une orientation possible au cas par cas. Certains ne parlent pas du tout le français, d’autres n’ont jamais été à l’école : on ne peut pas les intégrer dans les dispositifs scolaires classiques, même si nous favorisons au maximum l’inclusion dans les classes ordinaires. »

Différents dispositifs sont mis en place en fonction de ces différentes situations. En classe ordinaire, les mineurs peuvent avoir un emploi du temps aménagé pour des cours de français et, pour les moins de 16 ans, une session d’accueil et d’immersion de six semaines pour un apprentissage intensif de la langue existe depuis 2015. Ensuite, les six pôles allophones du département de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire accueillent actuellement 70 jeunes qui y apprennent le français, ainsi que différentes matières selon leur niveau.
 
Pour les plus de 16 ans qui n’ont jamais été scolarisés ou qui ne parlent pas du tout français, c’est plus compliqué. « Ces jeunes ne relèvent pas de nos compétences, mais nous travaillons conjointement avec le Département, le Centre de formation des apprentis, l’université, la direction de l’enseignement catholique et d’autres pour améliorer l’apprentissage du français pour ces mineurs sans solution", souligne Benoît Dechambre. "On avance pas à pas là-dessus pour déterminer ce que chacun peut faire dans son champ de compétence, pour valoriser les compétences de ces jeunes dont la situation est très compliquée. »
Difficile pour ceux-là d’imaginer leur future intégration dans le système scolaire et dans le monde du travail français. Mais cette initiative encore embryonnaire fait partie des solutions recherchées par les acteurs les encadrant.

​L’afflux et le défi de l’orientation

Dans le Maine-et-Loire, le nombre de mineurs non accompagnés arrivés ne cesse d’augmenter : il a été multiplié par trois entre 2013 et 2015. Cet afflux provoque évidemment de nécessaires ajustements pour le département qui les accueille et les associations qui les soutiennent. L’éducation nationale n’échappe pas à cette pression non plus. « On adapte petit à petit nos dispositifs : il y a un groupe allophone de plus à Chevrolier, nous avons créé une Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants à Narcé et la session d’accueil et d’immersion a été créée l’an dernier, énumère Annie Landaud. Cela nous permet de répondre aux besoins actuels. »

Là où cela devient plus compliqué, c’est lorsqu’il faut intégrer les jeunes dans les classes classiques, dont les effectifs sont souvent déjà bien chargés. Le problème est le même pour les formations professionnalisantes, sollicitées par les trois quarts de ces mineurs. « Comme les autres publics, leurs candidatures sont regardées avec bienveillance, mais il arrive que certaines formations, comme le CAP cuisine très demandé, soient pleines. C’est pour cela que l’on demande des choix alternatifs, de la même façon que pour les élèves d’origine française. »
« Comme les autres publics, leurs candidatures sont regardées avec bienveillance, mais il arrive que certaines formations, comme le CAP cuisine très demandé, soient pleines. C’est pour cela que l’on demande des choix alternatifs, de la même façon que pour les élèves d’origine française. » 

Pourtant, même une fois l’orientation trouvée, tout peut encore basculer. C’est le cas de Pierre, qui se trouve aujourd’hui dans une impasse, sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire après deux ans de scolarisation et un début de parcours professionnalisant. Les jeunes sont tributaires de la Préfecture de Maine-et-Loire qui accorde ou non les titres de séjour, indispensables à la poursuite des formations professionnalisantes.
Ceci, alors même que le Département peut décider de prolonger la prise en charge : « Nous pouvons poursuivre l’accompagnement après la majorité avec l’accueil provisoire jeune majeur et toujours une prise en charge par l’ASE", indique Marie-Pierre Martin, vice-présidente en charge de la Commission des solidarités au département. "Cela peut être pour six mois ou plus en fonction du projet professionnel du jeune. »

À la préfecture, l’examen des demandes peut tout à fait remettre en cause ce qui a été fait auparavant par le département, l’éducation nationale et les associations. Ainsi, en 2014, on dénombrait 72 demandes de titres de séjour de jeunes majeurs issus de la prise en charge par l’ASE. Il y avait 62 délivrances pour dix refus. En 2015, sur 44 demandes, 22 délivrances et 15 refus sont comptabilisés. « Les refus ont progressé à mesure qu'a été mise en évidence une fraude d'ampleur à l'identité et à la minorité, prétendue pour bénéficier de la prise en charge par l’ASE, ce qui concerne des jeunes arrivés avant la mise en place du nouveau dispositif d’évaluation en 2013 », indique Anne Bouché, directrice du service de l’immigration à la préfecture.

Actuellement, pour les jeunes arrivés récemment entre 16 et 18 ans, le point de blocage principal concerne l’obligation d’avoir suivi pendant au moins six mois une formation professionnalisante avant de demander un titre de séjour. « Le problème est qu’entre les vérifications des pièces d’identité et les recours éventuels devant le juge des enfants, le temps de scolarisation est souvent insuffisant pour mettre en place un parcours professionnalisant », assure Franck Ozouf, chargé de projet Migrants au Secours Catholique. De quoi rajouter encore un bâton dans les roues de l’intégration au monde du travail français des mineurs non accompagnés.

* Le prénom a été changé.













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