Minuit à Paris : il était une fois tous les minuits dont on rêve


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Lundi 16 Mai 2011 à 21:10


Juste avant leur mariage, un jeune couple américain part en voyage à Paris. Gil, l’homme, est écrivain et grand nostalgique de l’âge d’or de la ville lumière, celui des guinguettes et des bistros, celui des grands artistes des années 20, de l’époque bohème : Dali, Hemingway, Picasso, Buñuel et les autres, ceux qui nous font encore rêver quand on pense à leur génie. Mais Gil, lui, a fait plus qu’en rêver…



Adrianna (Marion Cotillard) et Gil (Owen Wilson) quelque part dans le Paris des années 20
Adrianna (Marion Cotillard) et Gil (Owen Wilson) quelque part dans le Paris des années 20
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Qu’est ce que le temps, sinon une superposition d’époques qui mènent à la nôtre ? Qu’est ce que le temps, sinon des milliards de présents peut-être meilleurs, peut-être pires, que nous idolâtrons, maudissons, ou oublions simplement qu’ils ont existé un jour ? Nous savons simplement que le passé, ce n’est pas maintenant, et que maintenant c’est plat, c’est morne, trop rapide, trop lent, trop ennuyeux, trop individualiste, capitaliste, communiste… Alors s’il y a un endroit où nous voulons vivre, c’est dans le passé. Parce que c’est inaccessible.

Pourtant, un soir, à minuit, après une dégustation de vin, bien française et bien arrosée, la portière d’une ancienne Ford comme on n’en voit plus que dans les musées, s’ouvre et Gil grimpe vers une soirée cocktail des années 20 où il rencontre Scott et Zelda Fitzgerald puis par la suite Hemingway, et la séduisante Adrianna si différente d’Inez, sa fiancée qui lui est si mal appareillée. En naviguant dans ce passé de carte postale où son talent d’écrivain est reconnu, il en oublie sa propre époque.

C’est un thème bien connu que Woody Allen met en scène dans ce film et ce n’est pas par son originalité qu’il surprend, mais plutôt par cette façon d’étirer le temps, de ne faire tomber la morale qu’à la toute fin pour que le spectateur ait le temps de se perdre lui aussi, qu’il ait le temps de rêver qu’une vieille bagnole vienne le chercher au coin d’une rue à minuit.

L’histoire est habilement menée : des références bien connues et bien placées pour que le spectateur se sente cultivé, l’indétrônable minuit de l’enchantement où tout commence, jusqu’aux classiques plans de Paris, romantiques à souhait, une petite musique de café parisien qui s’en va et revient : on ne change pas une équipe qui gagne.

C’est aussi une ambiance contrastée qui règne dans ce film : du rouge et or fastueux du passé à la lumière presque froide de la chambre d’hôtel du couple Inez-Gil pourtant grand luxe. On aime Paris sous la pluie, on aime l’ambiance enjouée et fraîche de ce film, malgré l’air un peu tristounet d’Owen Wilson, figure de l’écrivain la tête dans les nuages, les yeux dans le vague. Woody Allen nous sort un film dynamique, aux dialogues enthousiastes où on entend presque la voix de son auteur dans son ode à un Paris peut-être un peu idéal.

Mais la ville lumière ne recèle cependant pas uniquement l’époque des années 20 : on découvre à la fin du film une véritable mise en abyme du temps qui s’emballe pour nous montrer la Renaissance, la « Belle Époque ». Et c’est dans cette dernière que se développe le dénouement du film, la véritable idée de « Minuit à Paris », la morale : Gil souhaitait vivre dans les années 20, Adrianna dans la belle époque, Gauguin, Degas et Toulouse-Lautrec à la Renaissance… Chacun a donc sa propre nostalgie, sa propre envie de fuir du présent… Mais ce n’est pas une solution, c’est en affrontant son présent que l’on réussit à construire sa vie, et des œuvres qui, elles, traverseront le temps.

Une comédie qui fait réfléchir…

Anaïs F.


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