Mohamed El Hourch : « La mosquée, c’est du management »


Rédigé par - Angers, le 17/03/2017 - 07:45 / modifié le 17/03/2017 - 08:21


Directeur de laboratoire de biotechnologie, pratiquant convaincu du dialogue interreligieux, le nouveau président de l’Association des Musulmans d’Angers est un cerveau éclairé. Qui sait ce qu’il veut. Et plus encore ce qu’il ne veut pas.



Mohamed El Hourch sur le chantier de la mosquée des Hauts-de-St-Aubin qu'il promet de "mener au bout".
Mohamed El Hourch sur le chantier de la mosquée des Hauts-de-St-Aubin qu'il promet de "mener au bout".
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"Avance sur ta route car elle n’existe que par ta marche." Des grands penseurs qu’il aime citer pour appuyer ses propres réflexions, Mohamed El Hourch éprouverait-il un faible pour Saint-Augustin ? Où est-ce de rassembler les pièces de son étonnante trajectoire qui nous conduit à le suggérer ?

De son enfance marocaine à son engagement récent au sein de l’Association des musulmans d’Angers (AMA), hasard et détermination semblent s’accorder naturellement chez ce scientifique bardé de diplômes. Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, ingénieur organicien puis docteur en biotechnologies, école de commerce en marketing et finances… il est aujourd’hui à la tête de BioAgropolis, un pôle d’excellence en biotechnologie et dirige conjointement une structure de recherche public breton en santé animale, sécurité des aliments et agro-environnement soit près de 550 personnes.
« J’ai toujours cherché la difficulté. S’il n’y a pas de challenge, ça ne sert à rien. 

« J’ai toujours été un hyperactif. Du plus loin que je me souvienne, enfant, je posais des questions que les adultes n’attendaient pas. On a même pensé que j’avais le diable en moi et on m’a envoyé chez les marabouts » s’amuse Mohamed El Hourch, en montrant l’oreille qui porte les stigmates de l’expérience. Qu’on se le dise : le désenvoûtement a fait flop ! Au grand dam de son père, ex-fonctionnaire de l’Etat marocain et compagnon de route de Mehdi Ben Barka. Un militant « ultra impliqué politiquement et syndicalement », notamment dans l’organisation stratégique des forces populaire, l’actuel Parti Socialiste marocain, raconte son fils. A la maison ? « Un homme très, très autoritaire pour qui le carnet scolaire était le maître-étalon. C’était trop pour moi. »

Pour régler son Œdipe, Mohamed ne fait pas mine. Envoyé à l’université de Lvov en Ukraine (1) où, bourse de l’URSS aidant, son père souhaite le voir « devenir architecte naval », le jeune bachelier marocain décide de s’arrêter en France. Et d'y passer un autre Bac : « J’étais conscient que si je revenais voir mon père sans rien, j’étais banni. » Du Nord, il rejoint le pôle chimie de l’Université catholique de l’Ouest à Angers où il réussit une licence dans le traitement des eaux. Puis file à Dijon en maîtrise d’électro-chimie : « J’ai toujours cherché la difficulté. S’il n’y a pas de challenge, ça ne sert à rien. »

Un premier poste l’attend au laboratoire départemental d’Hydrologie de Maine-et-Loire, dont les résultats analytiques servent les contrôles sanitaires menés par la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales, où son talent a été repéré lors d’un job d’été. Il se fixe en Anjou. "Fasciné par le général De Gaullle", il adhère aussi au RPR. Après un passage dans le secteur privé (chez Honeywell Bull), il intègre le laboratoire du département de Maine et Loire où il reste jusqu’en 2006.
 A ceux qui moquent la Bible ou la Tora, je leur demande toujours s’ils les ont lus. Si ce n’est pas le cas, je leur demande comment ils peuvent causer de quelque-chose qu’ils ne connaissent pas. »

Et l’islam dans tout ça ? « Je n’en suis pas un échantillon représentatif mais je suis musulman » sourit Mohamed El Hourch, marié à une catholique et pratiquant de toujours de l’ouverture : « La connaissance des autres religions est nécessaire pour mieux appréhender son prochain. "Tu diffères de moi loin de me léser, tu m’enrichis"»  dit-il, reprenant Saint-Exupéry » « A ceux qui moquent la Bible ou la Tora, je leur demande toujours s’ils les ont lus. Si ce n’est pas le cas, je leur demande comment ils peuvent causer de quelque-chose qu’ils ne connaissent pas. »

Longtemps éloigné des organisations musulmanes angevines, il s’en est rapproché il y a quelques années. Avec un objectif clair : « contribuer dans la mise en équation du fonctionnement et de l’ordre » de la principale d'entre elles, l'Association des Musulmans d'Angers. Longtemps minée par des conflits internes, il y a réorienté, "grâce à certains administrateurs, hommes et femmes, tous bénévoles" précise-t-il, l'organisation, la gestion, les liens avec l’administration… quelques membres dont les points de vue divergeaient, en ont fait les frais et ont été écartés. « Il est tombé au bon moment, quand il nous fallait quelqu’un pour la communication et les relations avec l’administration. Il sait ce qu’il fait et consulte » appuie Mohamed Nabati, une figure de l’AMA (Association des musulmans d’Angers).

Avec la confiance des autorités locales, aidés là-encore de "bénévoles déterminés", c’est lui aussi qui a repris en main la conduite du projet de la grande mosquée dans les Hauts-de-Saint-Aubin. En dépit des critiques et des contraintes multiples. « C’est du management » tranche-t-il, persuadé qu’après 40 ans d’attentes, les fondations, les murs seront finis d’ici à la fin du printemps : « Jamais, je n’entame quelque-chose sans aller jusqu’au bout. » Une autre manière de traduire Saint-Augustin.




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