Murray Head, magnifique troubadour au cœur de l’Arche


Rédigé par Florence Macquarez - Angers, le Mardi 11 Mai 2010 à 11:40


« Waouh », voilà comment on pourrait résumer en un mot le concert de Murray Head le week-end dernier à la Possonière, petite bourgade de 1500 habitants située à l’ouest d’Angers. Concert donné sous le chapiteau du cirque de l'Arche.



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Mais « waouh », ça n’est ni français, ni anglais, alors que cet acteur-chanteur pop-rock d’outre-manche est un merveilleux ambassadeur des deux countries : « Le pied gauche en France, le pied droit en Angleterre, et les cou… dans la Manche », annonce t-il prosaïquement aux spectateurs. Le ton est donné, les rires fusent. Murray Head, avec son sourire ravageur, sa belle gueule, et ses 64 printemps en surprend plus d’un ! Loin de l’étiquette de « chanteur à filles » qu’on lui a parfois donné (à tort), il livre ce soir-là sous le chapiteau de l’Arche une version riche et éclectique de ses multiples talents. Et de son humanité à fleur de peau.

Saltimbanque, il l’est sans doute, à l’image de sa carrière faite de voyages, de films, de chansons, de compositions, mais aussi d’écriture. La preuve : son arrivée sur le cheval noir du cirque Barletti, micro en bouche. Il fait d’emblée un triomphe avec when I'm yours tiré du fameux album « Say it and so » de 1975. Le public, en majorité composé de quadras et de quinquas, mais aussi de très jeunes, est sous le charme. Pour autant, Murray Head enchaine avec un tout autre genre. « C’était il y a très, très longtemps », annonce t-il le sourire en coin. « Ce sont de vieilles chansons de blues. ».

Où l’on découvre un gentleman cow-boy très convaincant dans ce répertoire teinté de country, accompagné par son trio folk épatant (dont son vieux complice violoniste). Entre deux chansons, des anecdotes personnelles où l’artiste distille avec humour son très léger accent british pour faire passer des messages. Engagé, Murray Head n’a pas perdu sa verve pour dénoncer le conservatisme et l’obscurantisme. Mais il y a aussi plus léger, sa jeunesse par exemple, où les ados français lui piquaient ses fiancées en cinq minutes chrono.

Murray Head, magnifique troubadour au cœur de l’Arche
Entre les chants de blues et ceux de son dernier album Rien n'est écrit (2008), il y a bien sûr les « tubes » : Los Angelès, Never even thought, le très joli Mademoiselle , India Song, ou Cocktail Molotov tiré de la musique du film de Diane Kurys. Si le gentleman chanteur a laissé tomber les aigus hauts perchés, sa voix de tête est toujours aussi envoutante. Une voix délicieusement fêlée (on pense parfois à Peter Gabriel), qui scande le rythme à fleur de peau ; et c’est là que se niche toute la sensibilité de Murray Head, son humanité. C’est également dans cette voix d’écorché vif que le public puise ses émotions.

D’autant que l’intimité de ce chapiteau rassemble tout ce petit monde dans une ambiance très cosy. Pour le Say It and So, aussi religieusement écouté qu’un Requiem, Murray Head le chante si simplement, que l’on se surprend à redécouvrir ce morceau tant entendu. Au final, c’est le délire, tout le monde se lâche, les fans comme les non initiés chantent en chœur la reprise de Nino Ferrer Le Sud.

Alors, bien sûr, on pourrait qualifier ce concert d’historique. Car faire venir Murray Head, artiste pop internationalement reconnu, dans la campagne du Maine et Loire, et sous un chapiteau de cirque qui plus est, il fallait le faire. A l’origine de cet évènement, Laurence Margot, la femme du président du club de basket du coin, et fan de Murray Head : « je l’écoute depuis mes dix ans, et je le suis toujours autant. J’avais envie de partager avec d’autres ce qu’il fait maintenant ». Idée lumineuse, qui certes a demandé des heures de préparation à de nombreux bénévoles, mais a ravi les gens de la campagne un mot dont se délecte Murray Head, peut-être pour son goût sucré-salé, comme les gigots de son pays.

Pour autant, passé ce sentiment éphémère d’appartenir à l’histoire, la foule qui s’est serrée sous le chapiteau vendredi dernier a surtout vécu plus de deux heures d’émotion intense. « Murray, tu reviens quand tu veux  », lance ma voisine. Elle a tout dit.

Derniers albums de Murray Head : Rien est écrit – 2008 – Live – 2009 - Collect’or – 2010.












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