Musée Jean-Lurçat : une exposition qui fait tout sauf tapisserie...


Rédigé par - Angers, le Vendredi 22 Mai 2015 à 12:00


Le musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine présente jusqu'au 31 octobre prochain l'exposition "Tapisserie ? De Picasso à Messager", une plongée passionnante dans le renouveau de l'art textile, au XXe et XXIe siècle. Eclairages avec la directrice des Musées d'Angers, Ariane James-Sarazin, et Maryline Demorice, médiatrice référente de l'exposition...



"Dooomestic", d'Annette Messager, a servi de visuel à l'affiche de l'exposition. Il s'agit d'une œuvre emblématique de l'évolution de l'art textile au XXe siècle. Crédit photo : Musée d'art moderne de Paris/Roger-Viollet ; ADAGP Paris 2015.
"Dooomestic", d'Annette Messager, a servi de visuel à l'affiche de l'exposition. Il s'agit d'une œuvre emblématique de l'évolution de l'art textile au XXe siècle. Crédit photo : Musée d'art moderne de Paris/Roger-Viollet ; ADAGP Paris 2015.
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Comment est née l'idée de cette exposition ?

"En 2013, le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris avait présenté l'exposition Decorum. Sa conservatrice, Anne Dressen, avait alors demandé en prêt aux Musées d'Angers un certain nombre d'œuvres, notamment patrimoniales, issues de nos collections : avec plus de 400 pièces textiles, la collection des musées d'Angers est en effet une des collections majeures en matière de tapisserie et d'art textile contemporain.
A l'occasion de cette collaboration est née l'idée que l'échange et le dialogue se poursuivent, cette fois-ci à Angers, à travers le prêt d'une quinzaine d'œuvres textiles issues des collections du Musée d'Art moderne de la Ville de Paris qui sont très peu mises en valeur ou moins exposées ordinairement à Paris."

Comment avez-vous construit plus précisément cette proposition ?

"Avec nos propres collections, celles du Musée d'Art moderne de Paris et celles du Fonds national d'art contemporain, nous avons pensé un parcours chronologique qui permet de retracer l'histoire de la tapisserie mais aussi de l'extension de cet art de la tapisserie vers le champ textile, depuis les années 20-30 avec la personnalité de Jean Lurçat, mais également celle de Marie Cuttoli jusqu'à la période la plus récente, puisque nous avons de très jeunes artistes qui créent des œuvres tout à fait actuelles."
"Le point d'interrogation est central dans cette exposition, puisqu'elle pose la question de l'évolution de l'art textile, qui prend naissance avec la tapisserie, pour s'ouvrir à de nouvelles pratiques qui brouillent les genres et les médiums et émancipent l'art traditionnel de la tapisserie"

"Tapisserie ? De Picasso à Messager", c'est le titre de cette exposition. Pourquoi ce point d'interrogation ?

"Le point d'interrogation est central dans cette exposition, puisqu'elle pose la question de l'évolution de l'art textile, qui prend naissance avec la tapisserie, œuvre murale héritière d'une très longue tradition que nous présentons, pour s'ouvrir à de nouvelles pratiques qui brouillent les genres et les médiums et émancipent l'art traditionnel de la tapisserie de ses codes et de ses techniques.
Quant au sous-titre, "De Picasso à Messager", il s'ordonne autour de deux grands noms de l'art moderne et de l'art contemporain qui sont autant de jalons chronologiques dans le parcours : l'exposition débute dans les années 30 et se termine avec des artistes d'aujourd'hui et la figure d'Annette Messager, avec son œuvre totémique "Dooomestic", qui sert également de visuel générique à l'exposition. C'est une œuvre emblématique de l'évolution de l'art textile."

L'évolution dont vous parliez, c'est aussi la frontière entre artiste et artisan ?

"C'est tout ce qu'on fait découvrir dans cette exposition. La délégation du travail de l'artiste à l'artisan est mis en place en particulier par l'une des figures majeures de la tapisserie au XXe siècle, Jean-Lurçat, qui va remettre au goût du jour l'art de la tapisserie, lui redonner ses lettres de noblesse. Des liciers créateurs vont ensuite se détacher de la façon académique et traditionnelle de tisser, dans les années 60, pour s'émanciper et proposer de nouvelles formes : parmi eux, notamment, Pierre Daquin, qui a une formation académique aux manufactures nationales, mais qui va monter son atelier, proposer de nouvelles expérimentations, avec de nouveaux points de tissages, des nouveaux matériaux ; c'est tout l'univers de la Nouvelle Tapisserie que l'on découvre dans une des salles de cette exposition.
Et puis petit à petit, quand on revient vers la création contemporaine, on se rend compte qu'un nouveau champ des possibles se met en place avec soit des liciers créateurs -des artistes qui s'emparent des techniques ou de la matière, Caroline Achaintre par exemple- mais également des artistes qui vont continuer la délégation de leur projet, comme Julien Prévieux ou Eko Nugroho."
 

La tapisserie engagée ?

"Je parle d'un jardin" (Jean Lurçat, 1965) ouvre l'exposition, éclairant le rôle central qu'a joué l'artiste dans le renouveau de l'art textile au XXe siècle. Crédit photo : Musées d'Angers - François Baglin.
"Je parle d'un jardin" (Jean Lurçat, 1965) ouvre l'exposition, éclairant le rôle central qu'a joué l'artiste dans le renouveau de l'art textile au XXe siècle. Crédit photo : Musées d'Angers - François Baglin.
L'exposition montre aussi, à de nombreuses reprises, l'engagement des artistes, avec des messages forts qui sont véhiculés ?

"C'est vrai dès la première salle et le travail de Jean Lurçat, qui avait eu un choc esthétique avec la découverte de la Tenture de l'Apocalypse. Non seulement il s'était convaincu que la tapisserie pouvait être un sujet de création, un genre en tant que tel, mais il avait vu que ce médium pouvait véhiculer un message : en l'occurrence, pour l'Apocalypse, la lutte entre le bien et le mal. Il a toujours été un artiste engagé : l'exposition permanente du musée montre d'ailleurs le travail qu'il a réalisé autour du poème "Liberté", de Paul Eluard.
Dans un autre style, et plus près de nous, une des salles de l'exposition présente le travail d'Annette Messager, qui fait sans doute le lien dans l'évolution de l'art textile au XXe siècle. Son "Dooomestic", avec des références aux Replicants du "Blade Runner" de Ridley Scott, fait le lien entre l'univers domestique, longtemps assimilé au monde des femmes et une mort tragique ("doom"). Elle est une féministe très fervente comme le montre également sa "Collection de proverbes". Nous avons intitulé cette partie de l'exposition "L'aiguille comme étendard", car nous y exposons des femmes -Louise Bourgeois ou Fanny Viollet- qui se sont saisi de l'art textile pour délivrer un message fort."

"Tapisserie ? De Picasso à Messager", jusqu'au 31 octobre au Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine. Aux horaires d'ouverture du musée. Tarifs d'entrée : 4€/3€, gratuit pour les moins de 26 ans.

Une tapisserie, ça se décrypte...

Tout un programme de médiation culturelle est mis en œuvre autour de l'exposition, pour faire découvrir les œuvres à travers de parcours commentés, des ateliers pour les enfants, mais également des ateliers en autonomie qui ont été créés plus spécifiquement pour les familles qui viendront visiter l'exposition tout cet été. On retrouve des propositions dans différents espaces, pour amener les familles à jouer avec les formes, avec les couleurs, à reproduire le geste de certains artistes, à faire des coloriages ou bien même un... Memory !

Les équipes des musées visent plus particulièrement un public familial et touristique avec des parcours commentés de 3/4 d'heure ou 1 h 30, mais aussi, pour l'une des premières fois, une offre de concert avec le Château d'Angers, géré par le Centre des monuments nationaux. Quoi de plus logique, lorsque l'on sait qu'il abrite, avec la Tenture de l'Apocalypse, la plus grande tapisserie médiévale conservée.

La programmation culturelle autour de l'exposition intègre enfin des stages à faire en famille, avec un travail sur l'œuvre de Sonia Delaunay, et un concert, le 15 octobre, de l'ensemble Zellig, qui interprètera des œuvres du répertoire contemporain (Satie, Boulez, mais également Stravinsky, en écho à "L'Oiseau de Feu" , de Buic Jagoda, présentée dans l'exposition) et une création en lien avec "Tapisserie ?"

Et pour donner un avant-goût des parcours commentés, Maryline Demorice, médiatrice des Musées d'Angers, revient sur "D'octobre à février", l'œuvre de Julien Prévieux, récent lauréat du prix Marcel-Duchamp...

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