Nadir Moknèche : "C’est un métier de fou, une question de vie ou de mort !"


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le Mardi 21 Janvier 2014 à 16:27


Le scénariste franco-algérien Nadir Moknèche est l’un des membres du jury du festival Premiers Plans que préside Catherine Corsini. Il revient sur son parcours et sur la difficulté d’exercer son art dans son pays.



Nadir Moknèche : "C’est un métier de fou, une question de vie ou de mort !"
la rédaction vous conseille
Qu’est-ce qui vous a motivé pour venir à Angers et être juré du festival ?
Nadir Moknèche : "Ce n’est pas toujours facile de se libérer sur dix jours mais cette semaine tombait bien. Et puis je ne suis pas un ingrat. Claude-Eric Poiroux avait passé mon film Viva Laldjérie en avant-première, ici, en 2004. Enfin j’étais curieux de faire cet exercice. Le festival a une bonne réputation et je dois dire que l’ambiance y est très bonne".

Vous êtes né à Paris. Vous avez passé votre enfance en Algérie, puis êtes revenu à Paris. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre choix d’être cinéaste ?
"De 3 ans à 16/17 ans, j’ai vécu en Algérie. En 1982, je suis effectivement revenu en France. Mais c’est en Algérie, en 1993, à l’époque du couvre-feu et quand régnait une grande tension que j’ai pensé à faire un film. Je n’y allais pas pour cela, je voulais juste prendre conscience de ce qu’était l’Algérie. Mon envie de cinéma est d’abord une passion de spectateur. J’ai un souvenir précis à ce sujet : j’ai passé mon baccalauréat en France et une professeur de philosophie a emmené la classe voir Médée de Pasolini. Ce fut un choc. Il fallait ensuite casser le carcan petit-bourgeois pour vivre pleinement cette passion. Vous savez, chez nous, la famille souhaite ardemment vous voir avocat ou médecin. J’ai décidé d’arrêter la Fac de Droit et de tenter ma chance. A Londres pendant un an, à Paris où j’ai pris des cours de théâtre et deux ans à New York où j’ai suivi des cours de cinéma. De retour en France, j’écrivais le scénario de mon premier film et obtenais l’aide à la réécriture du CNC. C’était lancé…"

On suppose que vous avez dû multiplier les petits boulots…
"Plein ! J’ai notamment été veilleur de nuit dans un théâtre et vestiaire dans un restaurant chic français… une expérience riche pour le don d’observation (rires)."

Vous ne regrettez pas ce choix de carrière ?
"Est-ce vraiment un choix ? Personne ne conseillerait à personne de devenir acteur ou réalisateur. C’est un métier de fou ! Mais pour moi, c’était une question de vie ou de mort. Le réel plaisir, c’est le contact avec le public, quand votre film touche celui-ci. Mais c’est quand même la jungle (rires)."

Votre film "Délice Paloma" n’a pas reçu de visa d’exploitation et n’est donc jamais sorti en Algérie. Quelles en sont les raisons ?
"On ne m’a jamais dit les raisons mais j’ai mon idée. Les gens ont des idées reçues sur la censure en Algérie. Vous pouvez parler de tout – sexe, homosexualité, violence – sans le moindre ennui et la moindre censure. Mais il y a une chose que vous ne pouvez pas du tout aborder : la corruption. Le système vit sur la manne pétrolière. Beaucoup de gens vivent de cette manne et donc ont tout intérêt à maintenir un système de corruption. Côté culture, ils sont capables de dépenser un fric fou pour faire venir des stars dans des festivals mais ne donnent aucun argent à leurs artistes. La question est : comment on nourrit ses artistes en Algérie ? Tous les cinéastes sont obligés d’aller en France ou en Belgique ou je ne sais où pour trouver les financements. Et puis il y a un paradoxe algérien. L’exemple de Délice Paloma est parlant. Ils ont accepté de je bloque 20 kilomètres d’autoroute hyper-fréquentée pour une scène et ils refusent ensuite de sortir le film !"

Vous continuerez à tourner en Algérie ?
"Non ! J’ai 48 ans et je suis fatigué de me battre. Ils ne veulent pas et c’est tant pis pour eux ! Mon prochain film sera fait à Paris".












Angers Mag