Néjib : "Ce sont les idées qui me choisissent !"


Rédigé par - Angers, le Mercredi 15 Juin 2016 à 06:55


Avec "Stupor Mundi", thriller graphique à la croisée des sciences, de la religion et du pouvoir, Néjib signe une seconde BD aussi marquante que la première -"Haddon Hall, quand David inventa Bowie"- en 2012. Il sera l'un des invités de la première Fête du Livre d'Angers, organisée par les libraires angevins réunis au sein de l'association Libraires Passions. Ce sera les 18 et 19 juin aux Salons Curnonsky.



"Stupor Mundi", de Néjib, est sorti au printemps aux éditions Gallimard BD. L'auteur est l'un des invités de la Fête du Livre, qui se tiendra samedi et dimanche 17 et 18 juin aux Salons Curnonsky, à Angers.
"Stupor Mundi", de Néjib, est sorti au printemps aux éditions Gallimard BD. L'auteur est l'un des invités de la Fête du Livre, qui se tiendra samedi et dimanche 17 et 18 juin aux Salons Curnonsky, à Angers.
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Votre dernier ouvrage "Stupor Mundi", évoque la naissance de la photographie, à l'époque médiévale, sur fond de thriller historique et scientifique. Comment est née cette idée ?
 
"En général, ce sont les idées qui me choisissent ! La base, c'est un type, au Moyen-Âge, qui fait de la photographie, ou de la protophotographie. Je m'intéresse depuis longtemps à toutes ces questions autour de l'image et j'ai été marqué par un documentaire sur l'artiste David Hockney où l'on traitait de la question des instruments d'optique à la Renaissance. Tout ça fait écho à des souvenirs personnels, notamment celui de ma maison familiale dans le sud Corrèze, pas loin de Brive : dans une des chambres de la maison, à certaines heures et lorsque le soleil est çà bonne distance, la place du village se projette dans la pièce. Je me demande depuis longtemps comment était perçu ce phénomène avant l'avènement de la photo."
 
Et quelle est la réponse ?
 
"C'était vu comme un mirage, ou comme un fantôme. En détricotant tout cela, j'ai appris que ce système était connu depuis l'Antiquité. Tout s'est mis en place petit à petit dans ma tête. J'ai continué à faire des recherches et trouvé que le premier scientifique à avoir posé la bonne analyse sur la vision humaine est Alhazen ; je savais dès lors que mon personnage principal serait un savant arabe. Mais il manquait encore quelque chose à mon récit."
 
Comment est venu le déclic, pour raconter cette histoire au long cours ?
 
"Ce qui a tout débloqué, c'est un énième documentaire sur le Saint-Suaire, avec une théorie différente, énonçant finalement que le Saint-Suaire serait symboliquement une photo, en tout cas la trace laissée par un objet et un corps. Ça m'a donné le but de mon histoire, en plus d'une période, qui correspond à celle ou Frédéric II -dont l'un des surnoms était Stupor Mundi, La splendeur du Monde- a échoué à installer une renaissance."
 
Vous touchez aussi dans votre récit à la psychanalyse et au souvenir, avec de nombreux flash-backs, par l'intermédiaire d'Houdê, la fille d'Hannibal. Pourquoi avoir fait ce choix ?
 
"J'ai voulu raconter la fuite de Bagdad par ce biais, parce que le fil du souvenir est intéressant à deux titres : celui du suspens classique -que s'est-il passé pour que cet éminent savant arable soit obligé de fuir avec sa fille et son garde du corps- mais également une idée de l'image différente, qui enrichit le thème du livre. A travers l'image de sa mère, c'est aussi une image d'elle-même que découvre Houdê. Ce constat-là, j'y crois profondément, bien au-delà de cet ouvrage."

"Stupor Mundi" court sur près de 300 pages. Ce type de format est-il un choix ou vous êtes-vous laissé porter par le récit ?
 
"Non, non, je ne me suis pas dit : "Je vais faire 300 pages". J'ai tout storyboardé, en allant toujours à l'essentiel dans la logique du récit, puis j'ai enlevé peu à peu les passages qui n'étaient pas nécessaires à la fluidité. Après, c'est un format de récit qui me plaît, car il correspond peu ou prou, en temps de lecture, au temps d'un film."
 
Vous évoquez le cinéma et votre BD évoque, évidemment, l'une des références du genre : Le Nom de la Rose, d'Umberto Eco, adapté sur grand écran par Jean-Jacques Annaud. C'est une analogie qui vous convient ?
 
"Oui et non. J'y ai évidemment pensé. J'ai lu ce roman il y a longtemps, mais je dois dire, concernant Eco, que j'aime plus ses idées que son livre. Ce qui m'intéresse dans ces histoires, c'est la figure du rationnel : Guillaume de Baskerville dans le Nom de la Rose, Hannibal dans mon récit. Ils ont ce trait commun que leur orgueil intellectuel les confronte à des dangers. J'aime vraiment toute cette famille de personnage née avec le Chevalier Dupin, d'Edgar Allan Poe. Je suis un grand fan de Sherlock Holmes, dans sa version télévisée anglaise, avec Jeremy Brett, qui est assez proche de mon personnage d'Hannibal. Plus récemment, j'ai adoré le personnage du Dr House. D'une manière générale, ils sont souvent très seuls."
 
La figure du rationnel est opposée, dans "Stupor Mundi", à celle de l'obscurantiste. C'est un thème fort que vous souhaitiez aborder ?
 
"L'obscurantisme est clairement posé dans mon récit par l'opposition à l'imam, qui pose tout de même une question essentielle : "A quoi ça sert ?" Ce qui m'intéresse, c'est que le religieux est à la fois archaïque et idéologue. Il pose une attache bien connue : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".
"Je trouve d'une manière générale qu'on prend trop peu de temps pour penser les sciences et la technologie. Hannibal fait partie de ces savants pour qui l'intérêt scientifique passe avant tout : il ne veut pas s'intéresser aux conséquences de son invention."
Vous considérez "Stupor Mundi" comme un plaidoyer pour la réflexion et le sens critique ?
 
"Il y a un peu de ça. Je trouve d'une manière générale qu'on prend trop peu de temps pour penser les sciences et la technologie. Hannibal fait partie de ces savants pour qui l'intérêt scientifique passe avant tout : il ne veut pas s'intéresser aux conséquences de son invention. C'est une forme d'aveuglement, car il ne veut pas voir non plus son invention comme un potentiel outil de pouvoir et de domination."

De quelle manière travaillez-vous vos personnages, du point de vue graphique ?
 
"Je pars souvent d'une base d'un personnage puis je suis à l'écoute du dessin. Pour le personnage de Frédéric II (Stupor Mundi), j'avais en tête l'image d'un replicant, dans Blade Runner. Pour le savant arabe, Hannibal, j'étais parti sur un cliché du petit savant nerveux, dans la lignée d'Iznogoud. Et puis j'ai vu Zlatan (Ibrahimovic, NDLR) : je me suis dit, qu'il fallait faire d'Hannibal un mec fort, hautain, sûr de son fait..."
 
On reste au rayon des personnages forts, avec votre première BD, "Haddon Hall - Quand David inventa Bowie", qui traite de la genèse du personnage de David Bowie, disparu il y a peu. Comment avez-vous vécu sa disparition ?
 
"J'ai toujours eu une fascination pour lui, c'est quelqu'un qui m'a influencé et je le considère comme un artiste essentiel. Je n'ai pas le sentiment de la perte d'un ami, c'est autre chose : c'est un peu étrange, en fait. J'avais l'impression de la connaître sans le connaître."
 
Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous en ce moment ?
 
"Il y a plusieurs choses. Un projet qui me tient très à cœur sur les origines de l'impressionnisme. Là, je suis dans les années 1860, mais j'attends l'idée qui va me mettre vraiment sur les bons rails. Et puis je travaille également sur un récit d'anticipation, qui relate l'instauration d'une dictature à Paris. Le dictateur étant un geek..."
 
Un conseil de lecture, pour finir ?
 

.... "L'odeur des garçons affamés", de Frederik Peeters et Loo Hui Phang."

La science, le pouvoir et le monde
 
"Stupor Mundi" -la Stupeur du Monde- retenez bien ce titre. En revisitant l'ambition de Frédéric II, empereur du Saint Empire romain, de réunir dans un même centre les plus grands savants de son temps, Néjib fait renaître l'émotion suscitée par la lecture du "Nom de la Rose", du regretté Umberto Eco. Science, obscurantisme, religion, pouvoir, amour... tout est idéalement réuni dans l'histoire d'Hannibal Qassim El Battouti. Flanqué de sa fille paralysée, Houdê, et de son serviteur El Gouhl, l'homme a fui l'obscurantisme de l'imam de Bagdad pour venir trouver refuge auprès de Stupor Mundi. Un accueil tout sauf désintéressé, puisque l'invention d'Hannibal pourrait asseoir la domination de Frédéric II sur le monde. Un indispensable.

Aux éditions Gallimard BD, 26 €.

Crédit photo : Mathou
Crédit photo : Mathou
La Fête du Livre d'Angers
 
Depuis la disparition de Pa(s)sages, au Quai -rendez-vous consacré à la littérature jeunesse- les libraires angevins indépendants, réunis au sein de l'association Libraires Passion, n'avaient plus mené d'action d'envergure en commun.
Avec la première Fête du Livre d'Angers, organisée les 18 et 19 juin, dans les salons Curnonsky, l'anomalie est réparée. Et de belle manière : au-delà des frontières de styles littéraires, le rendez-vous coorganisé par 8 des 9 libraires de l'association proposera d'aller à la rencontre d'un soixantaine d'auteurs de tous horizons, dont la moitié issue du cru.

Expositions, tables rondes et cafés littéraires compléteront le tableau, sur le thème "Rêve et Utopie", dans le prolongement de la saison proposée par les bibliothèques d'Angers. Et c'est le parrain de cette première édition, Pierre Bordage, qui ouvrira le bal, dès le vendredi soir 16 juin, par une table ronde à la médiathèque Toussaint en compagnie de Georges Colleuil et de l'auteur BD, Nejib.

L'auteur de la trilogie "Les Guerriers du silence" et du cycle de Wang, venu en voisin, sera présent tout au long d'un week-end qui verra se croiser, parmi d'autres, l'académicienne ligérienne Danièle Sallenave, Cécile Ladjali ou encore le bédéaste Olivier Supiot et Mathou, auteur de l'affiche de cette première édition. Différents temps forts sont prévus dans les Salons Curnonsky, mais également à la médiathèque ou au Grand théâtre. 

La Fête du Livre, les 18 et 19 juin, de 10 à 19 heures, aux Salons Curnonsky. Entrée gratuite.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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