Nicolas Hatton, l'Angevin qui dit "non" au Brexit


Rédigé par Isma HASSAINE POIRIER - Angers, le 12/12/2016 - 07:35 / modifié le 12/12/2016 - 22:28


Au lendemain du Brexit, les ressortissants étrangers se sont regroupés, depuis Bristol, au sein du mouvement The 3 Million. Une entité dont le président est un Angevin pur jus. Et convaincu.



Nicolas Hatton, l'Angevin qui dit "non" au Brexit
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Une claque. 52 % - 48 %. Le jeudi 23 juin dernier, au matin du référendum pour savoir si le Royaume-Uni désire rester au sein de l'Union européenne, Nicolas Hatton est encore persuadé que le "Remain" ("rester") va l'emporter. Puis l'écart se creuse peu à peu en faveur du "Leave" ("partir"), déjouant à la fois les sondages... et la raison, pour cet Angevin d'origine, anglais d'adoption depuis 21 ans.
 
Bientôt six mois plus tard, à Bristol, dans le confort d'une salle de réunion prêtée par une amie, Nicolas Hatton n'a rien oublié de cette journée, et ressent encore une rancune tenace à l'encontre des politiques, Boris Johnson -le maire de Londres- en tête, pour avoir mené une campagne qu'il juge cynique et mensongère.
 
Tutoiement de rigueur, rire facile, l'homme oscille entre un flegme tout britannique et une identité angevine profondément ancrée en lui. Professionnel du marketing et délégué consulaire sur la liste UDI d’Olivier Cadic, Nicolas Hatton est aussi, depuis juillet dernier, président du mouvement The 3 Million, groupe de soutien, d’information et de lobbying sur les conséquences du Brexit pour les ressortissants de l’Union Européenne vivant au Royaume-Uni. 

Après le 23 juin, des rassemblements spontanés s’organisent à Bristol et Nicolas Hatton prend rapidement la parole, sentant le besoin de rassurer et d’apaiser une communauté ébranlée par la victoire du Leave. D’abord en français, puis, réalisant que 27 nationalités sont concernées, l’anglais prend le pas et le mouvement The 3 Million se crée, notamment sur les réseaux sociaux qui permettent une couverture nationale.  The 3 Million a deux objectifs : il s’agit tout d’abord de créer un réseau d’entraide pour les ressortissants européens vivants au Royaume-Uni, afin de contrecarrer le sentiment d’abandon et d’anxiété exprimé après le référendum.
"On ne peut pas nous utiliser. Nous sommes tous venus de bonne foi au Royaume-Uni. C’est immoral de remettre en cause notre droit de résidence"

La deuxième mission est de faire du lobbying auprès du gouvernement pour obtenir des garanties sur le statut des européens du Royaume-Uni et faire inscrire ces droits dans une nouvelle loi incluse dans les négociations de sortie. « Le lobbying est la partie dont je m’occupe le plus", confie Nicolas Hatton. "Nous ne sommes pas des pions dans la négociation, nous sommes des hommes et des femmes. On ne peut pas nous utiliser. Nous sommes tous venus de bonne foi au Royaume-Uni. C’est immoral de remettre en cause notre droit de résidence. »
 
Nicolas Hatton regrette aussi le traitement du Brexit par la presse française, trop institutionnel à son goût. Les médias français s’en sont tenus à la ligne officielle du gouvernement. » Il en va de même pour les réactions politiques, fades selon lui. François Hollande et Angela Merkel ont rapidement affiché une position dure face au Royaume-Uni, faisant fi des ressortissants français et allemands sur place. Un manque d'humanisme en somme, lui qui y a été nourri, en terre angevine. Grandir à Angers « donne une sorte de décence, d’identité basée historiquement sur le christianisme ;  ça développe une sorte d’humanisme qu’on ne voit pas dans d’autres régions de France. Quand il y a un problème dans la société, il faut essayer de voir les hommes et les femmes et éviter de voir les choses de manière trop abstraite. »
« Mon endroit préféré n’est pas dans la ville. C’est la confluence de la Loire et de La Maine. »
Originaire du quartier de la Roseraie, étudiant en droit à Belle-Beille -cursus où il a été marqué par sa rencontre avec son professeur de droit public, Hervé Rihal- le président du mouvement The 3 Million reste viscéralement attaché à Angers. « Mon endroit préféré n’est pas dans la ville. C’est la confluence de la Loire et de La Maine. J’ai dit à ma femme qu’à ma mort, je voudrais que mes cendres soient dispersées à cet endroit. »

Qui dit Angers, dit SCO d’Angers. Comme tout bon angevin, Nicolas Hatton suit l’équipe depuis sa jeunesse et se félicite de sa montée en Ligue 1. De l’autre côté de la Manche, son cœur de supporter est à Arsenal, depuis son arrivée Outre-Manche. Ce qui lui manque le plus de la France ? « L’apéro. Ici ca n’existe pas et il faut expliquer le concept. Du coup, ca perd de son attrait. » Qui sait ? Si les Anglais s'étaient mis plus tôt à cette tradition bien française, auraient-ils seulement songé à sortir de l'Europe ?

"Brexit", c’est quoi ?

Abréviation de "British Exit", le terme, inspiré du "Grexit" évoqué lors de la crise grecque en 2015, désigne la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. 

23 janvier 2013. David Cameron, le Premier ministre conservateur, promet un référendum sur l’appartenance de son pays à l’UE si son Parti conservateur remporte les élections législatives en 2015. 

22 mai 2014. Le parti europhobe et anti-immigration UKIP arrive en tête des élections européennes (27,4% des voix) et envoie 24 députés au Parlement de Strasbourg.

7 mai 2015. Les conservateurs remportent les législatives avec une courte majorité absolue. La loi prévoyant l’organisation du référendum avant la fin 2017 est adoptée juste avant Noël.

23 juin 2016. 51,9 % des Britanniques votent en faveur du « leave » et choisissent de quitter l’Union Européenne.













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