Nicolas Mahut : "J'ai envie de m'investir pour la région angevine"


Rédigé par - Angers le Vendredi 22 Mai 2015 à 07:00


Alors que le tournoi de Roland-Garros -pour lequel il a obtenu une wild card de la Fédération française de tennis- débute dimanche, le tennisman angevin Nicolas Mahut (33 ans), qui a connu sa première sélection en équipe de France de Coupe Davis début mars, s’est confié à Angers Mag. Objectifs, carrière, avenir, rapport à l’Anjou… Entretien avec l’un des meilleurs joueurs de double au monde.



Nicolas Mahut lors de la rencontre de Coupe Davis opposante la France à l'Allemagne, au mois de mars dernier. Photo Christophe Saïdi - FFT
Nicolas Mahut lors de la rencontre de Coupe Davis opposante la France à l'Allemagne, au mois de mars dernier. Photo Christophe Saïdi - FFT
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Nicolas, voilà désormais 15 ans que vous évoluez sur le circuit professionnel de tennis. Vous avez 33 ans, comment vous sentez-vous à l’heure d’aborder Roland-Garros, puis Wimbledon ?
 
« Je me sens en pleine forme ! J’ai vécu une année 2014 compliquée : en 2013, j’étais un peu revenu de nulle part, en remportant deux titres et en atteignant mon meilleur classement en simple, tout ça en l’espace de 10 mois. Je l’ai payé en 2014, car j’ai disputé de plus gros tournois et j’ai eu plus de mal à passer des tours. Maintenant, je suis convaincu que j’ai l’énergie pour revenir dans les 100 premiers joueurs mondiaux. Beaucoup de joueurs de plus de 30 ans font encore de très belles choses –Roger Federer en est le meilleur exemple, même s’il est un peu à part…- mais il est évident qu’il faut être plus vigilant dans la programmation des tournois. »
 
L’envie est toujours là en tout cas ?
 
« Oui, il me semble avoir encore une grosse fraîcheur mentale. J’ai toujours la flamme et l’envie pour aller jouer des tournois moins importants, en quittant notamment ma famille. Le quotidien du 100e joueur mondial n’est absolument pas le même que celui du 20e. Ce ne sont pas les mêmes tournois, pas les mêmes ambiances, ni les mêmes spectateurs. Mais ces tournois challenger me sont indispensables d’une part pour espérer monter au classement et revivre des émotions lors des grands tournois, d’autre part pour juger de ma motivation : à un moment, il faut être honnête avec soi-même, se regarder dans une glace et prendre les décisions qui s’imposent. Mais là, je sais avec la manière dont je prépare les tournois « annexes » que je suis encore passionné. »
 
Vous parliez de votre famille à l’instant. Le fait d’être papa (Nicolas a eu un fils, Nathanel, en 2011) a-t-il changé votre rapport au tennis ?
 
« Evidemment. Car les absences sont difficiles à vivre. Ca a donc changé les choses dans la programmation et les voyages. Là où je partais pendant 5 à 6 semaines d’affilée, je ne m’éloigne qu’au maximum 3 ou 4 semaines. D’un autre côté, ça me permet de prendre beaucoup plus de distance par rapport à une défaite… »
 
Quels objectifs vous êtes-vous fixé pour cette année 2015 ?
 
« Nous en avons clarifié trois, avec mon staff : un retour dans les 100 premiers mondiaux en simple, une victoire en Grand Chelem et disputer le Masters (qui réunit les 8 meilleures paires de l’années) en double. Voyez, il me reste encore beaucoup de choses à accomplir ! Je pense aussi à un autre objectif, celui de disputer les Jeux Olympiques de Rio, en double. »
 
A propose de la Coupe Davis : "Chaque moment a été un moment fort. J’ai mesuré toute l’importance d’un staff où tout le monde à sa place, dans un groupe qui vit une semaine ensemble. C’est tout de même très particulier dans un sport individuel"


Votre année 2015 a commencé de la meilleure des manières avec votre première sélection en Coupe Davis (face à l’Allemagne, au début du mois de mars). Deux mois après, quel sentiment cela vous inspire ?
 
« Une grande fierté, et que le travail et la persévérance finissent toujours par payer… J’ai grandi et je me suis construit comme joueur de tennis en regardant les victoires de la France en Coupe Davis, en 1991 et 1996. J’avais des étoiles dans les yeux. Ce qui est amusant, c’est que ma sélection est arrivée au moment où j’avais pris le plus de détachement, après avoir ressenti beaucoup de déception en 2014. J’étais au tournoi de Cherbourg quand de l’ai appris : c’était fabuleux et j’ai tout de suite appelé ma compagne pour la prévenir. Mais tout de suite après, je me suis dit qu’il ne faudrait pas gâcher ce moment. »
 
Et comment l’avez-vous vécu, effectivement ?
 
« Chaque moment a été un moment fort. J’ai mesuré toute l’importance d’un staff où tout le monde à sa place, dans un groupe qui vit une semaine ensemble. C’est tout de même très particulier dans un sport individuel. Sur le match de double en tant que tel, je n’avais pas de crainte, car j’avais pas mal de repères avec Julien Benneteau, avec qui j’avais disputé deux demi-finales de Grand Chelem. J’ai été protégé et entouré, c’était une très belle semaine. »
 
Parler de votre carrière, c’est aussi forcément parler de votre attrait pour le double, où vous avez eu de grands résultats. Comment explique ce parcours ?
 
« J’avais je pense des aptitudes naturelles avec un jeu porté vers l’attaque, un bon service… Mais c’est surtout dans mon ADN. Ce que j’aime, c’est partager des émotions. Le concept d’équipe a toujours été important pour moi. L’un des premiers mots de ma mère quand j’ai commencé le tennis, c’était : « Quand tu joues en équipe, tu ne joues pas pour toi, tu dois donc être meilleur ». J’ai toujours gardé ça en tête. »
 
Vous avez quasiment toujours joué avec des joueurs français. C’est un choix ?
 
« Oui. Depuis le début de l’année, j’ai notamment choisi d’évoluer avec Pierre-Hugues Herbert, un jeune joueur –qui aura je pense de nombreuses sélections de double en Coupe Davis-. C’est une vraie prise de risque, alors que j’avais des propositions de joueurs étrangers du top 10 en double. Mais je ressentais le besoin de repartir dans une aventure, de se dire ensemble : « Allez, on a 8 ou 12 Grand Chelem à vivre, on va se donner comme objectif d’en prendre 1. »
 
Le tournoi de Roland-Garros arrive dans quelques jours. Représente-t-il réellement quelque chose de spécial pour les Français ?
 
« C’est un moment particulier, même si ça n’est pas là que j’ai mes meilleurs souvenirs pour le moment. J’y ai tout de même vécu de grandes émotions, notamment la demi-finale de double perdue avec Mickaël Llodra, ou ma défaite 7-5 au 4e set face à Roger Federer, pour ma première fois sur le Court Central. Et puis j’ai aussi grandi avec ce tournoi, il a nourri ma passion pour le tennis. »

Lors de l'inauguration de l'Arena Loire de Trélazé, Nicolas Mahut était venu faire le show sur le court, en compagnie d'un autre spécialiste es double, Mickaël Llodra.
Lors de l'inauguration de l'Arena Loire de Trélazé, Nicolas Mahut était venu faire le show sur le court, en compagnie d'un autre spécialiste es double, Mickaël Llodra.
Le grand moment de votre carrière, du point de vue médiatique, c’est à Wimbledon que vous l’avez vécu, avec ce match épique contre John Isner, au premier tour en 2010 (c’est le plus long match de l’histoire du tennis -11 h 5 minutes- gagné par l’Américain 70-68 au 5e set). Cinq ans après, quel souvenir en gardez-vous ? Vous en avez marre qu’on vous en parle ?
 
« Non ! J’ai compris l’engouement et la curiosité qu’ont suscité ce match, même si en tant qu’acteur, je n’ai pas eu du tout le même ressenti. Durant les trois jours du match, j’avais éteint mon téléphone, je ne regardais par la télé, pour rester concentré. Après, ce match, je l’ai perdu. Je ne connaîtrai jamais le sentiment qui a animé John quand il est sorti vainqueur de ce combat. Il y a toujours de la frustration, mais la douleur s’est estompée. C’est amusant, mais il y a quelques semaines, lors d’un tournoi à l’étranger, une personne m’a demandé mon nom et a dit : « Ah oui ! C’est vous qui avez disputé ce matche à Wimbledon. Mais au fait, vous l’avez gagné ? »
 
Que ressentiez-vous sur le court ?
 
« A titre personnel, même si je n’étais pas dans l’effervescence, j’avais le sentiment que je ne revivrai pas ce genre de moment. Mais ce dont je suis le plus fier aujourd’hui, ce que je retiens, c’est qu’aujourd’hui, avec John, on est potes, alors qu’on se disait juste bonjour avant. J’ai même rencontré sa famille lors d’un tournoi disputé chez lui, à Winston Salem. »
 
A 33 ans, la plus grande partie de votre carrière est derrière vous. Quel regard portez-vous sur ce que vous avez accompli ?
 
« C’est assez difficile de se retourner sur sa carrière quand on est encore en activité… (un silence). Disons que je n’ai pas eu la carrière que j’ambitionnais d’avoir lorsque j’étais junior (Nicolas a été le n°3 mondial dans cette catégorie). On peut l’expliquer par pas mal d’éléments. La maladie de ma maman (elle est décédée en 2005 des suites de la maladie orpheline de Shy-Drager NDLR) a certainement ralenti ma progression, comme l’instabilité dans mon entourage professionnel. Je pense aussi que le ralentissement des surfaces au début des années 2000 ne m’a pas favorisé : j’ai perdu du temps à essayer d’équilibrer mon jeu d’attaque. Mais je n’ai pas de regret : j’ai une carrière pleine d’émotions et j’ai toujours travaillé très dur, même si ça n’était pas tout le temps dans la bonne direction. »
 
"Ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de m’investir pour la région angevine, comme je l’ai déjà fait –malheureusement sans succès- pour que l’Arena Loire accueille un premier tour de Coupe Davis. Je ne fais pas de distinction entre Angers, Trélazé ou Beaucouzé : ce que je veux, c’est redonner à l’agglo ce qu’elle m’a offert."


La notion de travail revient souvent dans votre discours ?
 
« Oui, je suis un bosseur. Et c’est fondamental dans le sport de haut niveau comme dans beaucoup d’autres choses. Mais ça n’est pas tout et j’ai le sentiment que les jeunes qui s’investissent aujourd’hui dans le tennis font passer cette notion de travail avant celle de jeu et de plaisir. La notion de travail vient plus tard, à partir du sports-études. Mais ça doit rester une passion à 100 %. Mon père m’a toujours dit lors des coups de moins bien : « Souviens-toi de pourquoi tu as voulu commencé ». C’était du plaisir pur ».
 
Vous avez déjà pensé à votre reconversion ?
 
« Doucement, oui… et j’ai quelques projets sur Angers… dont je ne peux pas trop parler pour le moment. Ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de m’investir pour la région angevine, comme je l’ai déjà fait –malheureusement sans succès- pour que l’Arena Loire accueille un premier tour de Coupe Davis. Je ne fais pas de distinction entre Angers, Trélazé ou Beaucouzé : ce que je veux, c’est redonner à l’agglo ce qu’elle m’a offert. C’est là que j’ai grandi, que je me suis construit. Je discute notamment avec Yohan Eudeline (joueur du SCO d’Angers), avec qui je me suis lié d’amitié. D’une manière plus générale, j’ai forcément un peu peur du vide, ce qui est normal quand pendant 20 ans, on ne fait que ça. Mais je sais avoir la faculté de travail nécessaire pour redécouvrir autre chose. »
 
Quel regard porte votre famille sur votre parcours ?
 
« C’est difficile de parler à leur place… Nous avons toujours été assez proches et liés même si mon parcours n’est pas forcément un cursus normal. Je suis parti de la maison à 11 ans et demi ! J’ai donc passé plus de temps avec mes amis les plus proches –Paul-Henri Mathieu, Julien Benneteau, Jérôme Haenel…- qu’avec mes propres frères ! (il rigole). Mes frères justement, ont une approche très différente : l’un d’entre eux vit ma carrière à fond, suit les scores et me demande carrément des explications quand je perds contre un joueur moins bien classé que moi !
Mon père me suit depuis tout petit, mais il ne m’a vu joué qu’en France, à Roland-Garros ou au masters de Bercy. Cette année, il sera avec moi pour la première fois à l’US Open, je veux qu’il profite. C’est une manière pour moi de le remercier de tout ce qu’il m’a donné. »

Nicolas Mahut, célébrant la victoire de l'équipe de France de Coupe Davis face à l'Allemagne. Photo : Christophe Saïdi - FFT
Nicolas Mahut, célébrant la victoire de l'équipe de France de Coupe Davis face à l'Allemagne. Photo : Christophe Saïdi - FFT
BIO EXPRESS
 
1982. Naissance le 21 janvier à Angers. Nicolas commence le tennis à 5 ans dans le club de Beaucouzé, puis rejoint l’ATC.
1996. Rejoint l’INSEP, finaliste en double du Tournoi des Petits As, à Tarbes, avec Paul-Henri Mathieu.
1999. Vainqueur de l’US Open Junior, en double, avec Julien Benneteau. Ils finissent l’année champion du monde.
2000. Vainqueur de Wimbledon en simple, et de l’Open d’Australie, en double, avec Tommy Robredo. Tout ça en junior.
2003. Entrée dans le top 100 en simple et 1re victoire en double dans un tournoi ATP (à Metz, avec Julien Benneteau.
2010. A Wimbledon, il dispute le match le plus long de l’histoire du tennis professionnel. Match perdu contre l’Américain John Isner, 70-68 au 5e set.
2013. Finale du double à Roland-Garros, avec Mickaël Llodra. Premier titre en simple à s’Hertogenbosch, puis second à Newport.
2014. Il atteint son meilleur classement en simple : 37e au classement ATP.
2015. Finale de l’Open d’Australie en double, avec Pierre-Hugues Herbert. Au mois de mars, Nicolas connaît, à 33 ans, sa première sélection en Equipe de France de Coupe Davis. Il remporte le double, avec Julien Benneteau.

Nicolas Mahut : "J'ai envie de m'investir pour la région angevine"
Nicolas Mahut, façon Proust…
 
Le bonheur parfait selon vous ?
C’est une image : une maison en pierre, un barbecue dans le jardin avec les enfants qui jouent autour… Chose que je n’ai pas pu beaucoup faire jusqu’à maintenant !
 
Le trait de caractère dont vous êtes le plus fier ?
La persévérance.
 
Votre qualité préférée chez une femme ?
La même que chez un homme : l’honnêteté. Et la ponctualité.
 
Votre artiste préférée ?
Je n’en ai pas réellement. J’aime bien être surpris. Si, un groupe que je suis depuis leur début, mais dont le dernier album m’a déçu : Muse.
 
Votre film culte ?
Celui que j’ai le plus vu, c’est Matrix. Mais c’est la même chose que pour la musique : j’aime être surpris, ému, étonné, interpellé.
 
Le livre qui a changé votre vie ?
Il n’y en a pas. Je lis beaucoup depuis 3 ou 4 ans, des biographies, des romans, des livres historiques. Et à chaque fois que j’apprends quelque chose, je me dis qu’il y a plein de choses que ne je sais pas, notamment parce que j’ai arrêté mes études en Terminale… C’est assez bizarre. Le dernier livre que j’ai aimé ? Le premier de la trilogie de Ken Follett sur le XXe siècle, « La Chute des Géants ».
 
Votre chanson préférée ?
La Marseillaise.
 
Votre plat préféré ?
La salade Chopska ! C’est un plat bulgare, à base de concombre, oignon, feta et un trait de vinaigrette. C’est celui que me fait mon père à chaque fois que je rentre en Anjou !
 
Que détestez-vous le plus au monde ?
La maltraitance sur les enfants… surtout depuis que je suis papa.
 
Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
A petite dose, la jalousie. Parce qu’elle est aussi une preuve d’amour.




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