No et moi : la sensibilité des sensibles


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Mardi 30 Novembre 2010 à 22:14


Lou, treize ans, élève surdouée, passe son temps gare d'Austerlitz à observer les gens, ceux qui arrivent ou ceux qui partent. Et puis un jour, son regard s'arrête sur ceux qui restent. Afin de préparer un exposé, elle rencontre l'une de ces SDF, No, avec qui elle se lie d'amitié. Mais pour Lou, l'équilibre est difficile à trouver entre la dépression de sa mère, l'instabilité de No et ses propres difficultés d'intégration.



Lou (Nina Rodriguez), Lucas (Antonin Chalon) et No (Julie-Marie Parmentier), profitant de l'instant.
Lou (Nina Rodriguez), Lucas (Antonin Chalon) et No (Julie-Marie Parmentier), profitant de l'instant.
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Zabou Breitman nous livre avec « No et moi », son quatrième film : une belle adaptation du roman éponyme de Delphine de Vigan. C'est une formule dans laquelle la réalisatrice française a déjà fait ses preuves en adaptant en 2008 « Je l'aimais » d'Anna Gavalda. Cette nouvelle œuvre se détache de la précédente par le changement de registre. En effet, la réalisatrice française passe du drame romantique au mélo familial avec une facilité déconcertante.

No vit dans la rue, vagabonde, erre sans but précis pendant que Lou est coincée entre une mère dépressive (Zabou Breitman) et un père confortablement installé dans un quotidien monotone (Bernard Campan). Les deux situations de précarité familiale de ces jeunes filles sont totalement différentes, mais non moins traumatisantes. La rencontre puis l'amitié qui suivra sera donc basée sur une entraide tacite. Un troisième personnage vient se greffer à ce duo, Lucas, le beau garçon. Fils d'une mère absente, il vit seul dans un grand appartement bourgeois. Ce n'est qu'ensemble que ces trois opposés prennent vie, ils semblent se nourrir les uns des autres et donnent l'impression d'une attirance que l'on a du mal à cerner. C'est là tout l'intérêt du film.


Ce film épate par la réussite de l'alliance amitié adolescente et réflexion sociale. Dans un Paris tendre et hivernal, Zabou Breitman nous peint à travers le regard d'une adolescente en manque de repères l'alchimie entre trois milieux diamétralement opposés, en quête d'identité.


On trouve dans « No et moi » quelques scènes 'au corps' particulièrement belles qui font scintiller le film presque au point de le hisser au rang de perle. C'est par exemple le cas lors d'un zoom arrière où No longe un mur tapissé pendant que la voix off, celle Lou, voix particulièrement émouvante, délivre quelques phrases tirées de l'œuvre de Delphine de Vigan. Autre atout de ce film, Zabou Breitman a pris le parti de souligner la difficulté de la vie des sans domicile fixe en marquant le contraste extérieur-intérieur dans le choix des couleurs qui sont tantôt bleutées, tantôt chaudes, tout en gardant une balance raisonnable, sans partir dans des extrêmes qui auraient surement été malvenues.


Cette adaptation cinématographique est une belle transformation d'un livre qui a, malgré tout, ses petits défauts. Par exemple, la fin plutôt cliché du livre (un baiser échangé entre Lucas et Lou) est troquée contre un dessin très poétique d'un câlin de Lou et sa maman, nous rappelant presque le Gainsbourg de Joann Sfar. Il faut dire que Zabou Breitman a bien choisi ses comédiens, le duo Nina Rodriguez – Julie-Marie Parmentier, donne une âme à un problème social auquel on associe habituellement des chiffres, et il sublime le travail de la réalisatrice.

Un film plein d'espoir(s) ...

Lucie.


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