Notre-Dame-des-Landes : stop ou encore ?

La Tribune du Lundi #LaTribuneduLundi


Rédigé par Christophe Douge, conseiller régional EELV, maire de la Boissière-sur-Evre (49) ; Christophe Clergeau, 1er vice-président (PS) du Conseil régional - Angers, le 22/06/2015 - 08:29 / modifié le 22/06/2015 - 14:38


Jeudi dernier, devant le tribunal administratif de Nantes, le rapporteur public a préconisé le rejet de l'essentiel des recours environnementaux déposés par les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. La décision sera rendue le 17 juillet et... frappée d'appel quelle qu'en soit l'issue. 15 ans après la réouverture de ce projet, la bataille autour de Notre-Dame-des-Landes a t-elle encore un sens ? Pour répondre à cette question, deux signatures se partagent exceptionnellement notre Tribune du Lundi : Christophe Clergeau, 1er vice-président (PS) du Conseil régional qui le défend et Christophe Dougé, conseiller régional (EELV) et maire de Boissière-sur-Evre en Maine-et-Loire qui s'y oppose.



Christophe Dougé (à gauche), conseiller régional EELV, est aussi maire de la Boissière-sur-Evre près de Montrevault. Christophe Clergeau, actuel premier vice-président socialiste de la Région, sera tête de liste lors du prochain scrutin régional.
Christophe Dougé (à gauche), conseiller régional EELV, est aussi maire de la Boissière-sur-Evre près de Montrevault. Christophe Clergeau, actuel premier vice-président socialiste de la Région, sera tête de liste lors du prochain scrutin régional.
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L'opinion de Christophe Dougé

"Qu’on soit pour ou contre l’aéroport, il est aisé de comprendre que le citoyen soit dépassé dans le suivi d'un dossier qui remonte à… 1967. C’est-à-dire qu’il a mon âge : 48 ans. Au départ, il devait servir à accueillir le Concorde puis il a changé deux ou trois fois d’objectifs - aéroport international du Grand Ouest, aéroport pour l’Ouest… pour qu’au final, on réalise qu’il avait surtout un intérêt urbanistique pour l’agglomération nantaise, laquelle souhaite récupérer des terrains potentiels sur le site actuel.

Il faut garder à l’esprit aussi un autre calendrier : l’intention de redémarrage du projet remonte aux années 1999-2000 ; le débat public associé, à 2003 ; la déclaration d’utilité publique, à 2008 et les premières évocations des questions environnementales à… 2012. Et c’est seulement aujourd’hui, en 2015, que l’on statue sur le droit de l’eau, des espèces protégées etc… A un moment donné, ne doit-on pas se poser la question de l’utilité d’un projet qui n’a pas abouti depuis 50 ans ? A l’aune de la future Conférence du climat, est-ce que ça tient toujours du bon sens de consacrer 1500 ha de terre à la construction d’un grand aéroport ?
"Je suis convaincu que nous sommes dans le sens de l’histoire. Et convaincu, de fait, que le projet ne se fera pas à la fois pour des raisons politiques, juridiques mais aussi citoyennes."

On s’est rendu compte jeudi à l’audience que le rapporteur a slalomé entre les procédures pour pouvoir justifier du bien-fondé du projet en termes de droit. Quel que soit notre profil d’opposant – élu, association, agriculteur, citoyen -, on demande une vision globale qui appréhende bien tous les choix, toutes les alternatives qui s’offrent à nous. Elles existent. Quand on dit qu’il faut optimiser Nantes Atlantique, refondre l’aéroport sur son emprise actuelle, c’est du travail, c’est de l’emploi ! Prolonger d’un kilomètre et demi le tramway jusqu’à l’aéroport actuel, c’est de l’emploi aussi. Il ne faut pas oublier qu’on est dans une période où l’euro public devient rare et doit-être bien utilisé. Notre-Dame-des-Landes, c’est une mauvaise utilisation des fonds publics. 

Je suis convaincu que nous sommes dans le sens de l’histoire. Et convaincu, de fait, que le projet ne se fera pas à la fois pour des raisons politiques, juridiques mais aussi citoyennes. L’encyclique du pape François a montré elle-aussi à cet égard, que sur les grandes questions climatiques, le mouvement qui consiste à passer de la théorie aux actes est en marche.

Pour revenir à la procédure, je rappelle que le rapporteur est indépendant du juge qui va statuer, il exprime un avis. Il est vrai que dans 80% des cas, celui-ci est suivi mais on a vu des cas très politiques et (ou), polémiques avec des enjeux environnementaux et économiques forts où il ne l’était pas. Je n’oublie pas non plus que l’on est dans une procédure en première instance qui favorise souvent une prudence du tribunal administratif et un jugement parfois plus sur la forme que sur le fond, au contraire d’une cour administrative d’appel. Je reprends l’image d’un match de tennis, une procédure en droit administratif, c’est en trois sets : le tribunal d’abord, la cour administrative d’appel et, le cas échéant, le conseil d’Etat, voire même un tie-break décisif avec la procédure auprès de la Cour européenne de justice.

Si le 17 juillet, le juge nous déboute, on aura perdu une manche. On est sur un match qui va durer quelques années encore.  Une réponse à ceux qui disent que les travaux vont débuter cet été, et qui oublient assez facilement l’engagement de François Hollande de ne rien pas entamer avant la fin des recours."

L'aéroport de Notre Dame des Landes a mobilisé bien au-delà de la Loire-Atlantique, comme ici le un collectif citoyen angevin, au mois de février 2014.
L'aéroport de Notre Dame des Landes a mobilisé bien au-delà de la Loire-Atlantique, comme ici le un collectif citoyen angevin, au mois de février 2014.
L'opinion de Christophe Clergeau

"La presse nationale, certains écologistes ici ou à Paris (pas tous), la droite régionale veulent faire du transfert de l'aéroport le sujet central de la campagne des régionales. Je m'y refuse catégoriquement. D'abord parce que ce projet est celui de l'Etat. Et si le Conseil régional le soutient, il n'y consacre que 0,5% de son budget d'investissement sur une mandature. Ensuite, parce que les enjeux réels de l'élection régionale sont ailleurs : quelle politique pour l'emploi voulons-nous ? Quel avenir pour nos industries ? Quelle politique pour les jeunes et l'éducation ? Quelle politique de formation des adultes ? Quelle politique ferroviaire ? Culturelle ? De solidarité ? Pour la transition énergétique ? Pour les territoires ? La liste sera longue, et nous avons quelques mois pour en débattre.
 
Mais puisque le calendrier judiciaire nous y ramène, je veux dans la transparence, l'honnêteté et la clarté, livrer ici ma position.
 
Rappelons d'abord un fait : « NDDL » est un dossier qui divise toutes les familles politiques. Nos amis écologistes et moi divergeons sur ce sujet, c'est une évidence. Mais Les Républicains et l’UDI divergent aussi, ceci est moins connu. A de nombreuses occasions, les élus UDI du Conseil régional, alliés aujourd'hui au candidat vendéen de la droite, ont voté avec Europe Écologie contre le projet. Aucune formation politique n’a, seule, la majorité dans l'hémicycle régional sur « NDDL ». Pas plus le PS aujourd'hui, que le PS ou l'UMP demain.
 
Pour ma part j'en tire une conclusion : les élus favorables au projet doivent additionner leurs voix et éviter de faire de ce sujet un objet de chicaya politicienne entre eux. Soyons clairs : l'immense majorité de nos concitoyens sont lassés de ce débat. Ils sont exaspérés des blocages, des rebondissements, des hésitations, et bien sûr des agissements coupables sur la ZAD et des manifestations violentes. Les gens en ont marre, et nous disent très majoritairement : « construisez-le cet aéroport, qu'on en finisse ! »
 
Les opposants à l'aéroport ont su s'unir. Tous ceux qui sont convaincus que l'intérêt des Pays de la Loire est en jeu doivent mettre de côté leurs étiquettes politiques et s’unir aussi. Ils doivent s’engager à travailler ensemble pour mener à bien ce projet, quel que soit le résultat des élections à venir. Pour ma part, je m’y engage. C'est dans cet esprit que j'ai par exemple travaillé à Angers avec Christophe Béchu pour permettre la construction de la Cité de l’objet connecté. C'est ce qu’attendent les habitants et les acteurs économiques de notre région : nous devons taire nos divisions et sortir des clivages électoraux pour que se construise l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
 "Les opposants à l'aéroport ont su s'unir. Tous ceux qui sont convaincus que l'intérêt des Pays de la Loire est en jeu doivent mettre de côté leurs étiquettes politiques et s’unir aussi. Ils doivent s’engager à travailler ensemble pour mener à bien ce projet, quel que soit le résultat des élections à venir"

Lorsque la droite accuse les socialistes, elle fragilise le projet. Lorsqu’elle demande un moratoire, elle le fragilise. Lorsqu’elle conditionne son soutien à un pont sur la Loire irréaliste à court ou moyen terme, elle le fragilise encore. Bruno Retailleau a changé plusieurs fois de position. Lui aussi doit maintenant s’exprimer dans la clarté.
 
Vous l’aurez compris, pour ma part, je reste convaincu que ce projet doit se faire. Il s’agit d’une conviction personnelle. Elle est forte et je n’en changerai pas.
 
Elle ne s’appuie pas sur tel ou tel argument plutôt qu’un autre. Je suis exaspéré de certaines polémiques dans lesquelles des chiffres incompréhensibles sont jetés à la figure des partisans ou des opposants sans que les citoyens ne puissent démêler le vrai du faux. Il est vrai que le trafic à Nantes Atlantique a dépassé toutes les prévisions faites lors de la déclaration d’utilité publique. Mais il est vrai aussi que les avions sont plus gros et mieux remplis. Tous ces débats sont sans fin. Et si certains opposants et certains partisans partagent une chose depuis de nombreuses années, c’est sans doute le sens de la caricature et le goût de l’exagération.
 
Pour ma part, je suis convaincu que le transfert de l’aéroport renforcera notre ouverture internationale et permettra un développement de l’activité économique et de l’emploi dans notre région. Et je suis convaincu que ceci n’est ni possible ni souhaitable à l’emplacement de Nantes-Atlantique. L’aéroport actuel est enclavé entre un site naturel autrement plus remarquable que le bocage du nord de Nantes, le Lac de Grand-lieu, et une agglomération en forte croissance qui a besoin de se densifier pour limiter un étalement urbain dont les conséquences écologiques seront bien plus graves.
 
La déclaration d’utilité publique a été maintes fois attaquée devant les tribunaux et confirmée par la justice. Toutes les procédures d’expulsion le sont aussi. Le tribunal administratif de Nantes dira prochainement si les travaux peuvent débuter.
 
Je suis candidat à l’élection régionale pour présider un territoire qui a toujours su favoriser un développement économique respectueux d’une qualité de vie pour les hommes et les femmes qui l’habitent. Je suis candidat dans une région qui assume une ambition européenne et internationale plus forte, et s’en donne les moyens. Transférer l’aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes c’est continuer dans cette voie, et c’est aussi en responsabilité faire ce que l’on attend des élus de la République, au-delà des clivages politiques : respecter l’Etat de droit, et faire appliquer l’Etat de droit."









1.Posté par TATORD le 22/06/2015 13:48 | Alerter
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Bonjour,
Les faits :
+ Pas de transfert prévu, mais bien un 2ème aéroport car Airbus, le frêt et l'aéroclubn ne bougeront pas, surtout Aribus de NA.
+ Coût de AGO : 560 millions, mais la réalité devrait être plus de 900 millions.
+ Un aérogare plus petit à AGO qu'à NA
+ Des pistes trops courtes pour les gros porteurs, donc, il restera régional
+ Une géologie humide qui devrait entraîner des surcouts énormes en Génie Civil.
+ Le périmètre autour de NA sera inconstructible après le transfert, trop de...

2.Posté par Jean Claude GUILLEMET le 23/06/2015 22:44 | Alerter
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As-t-on vraiment besoin d'un aéroport qui va stériliser des terres agricoles et anéantir la biodiversité de ces dernières. Au moment ou le réchauffement climatique va devenir crucial pour notre survie est il raisonnable d'ajouter des vols augmentant le CO2 et autres résidus du kérosène.
Est il raisonnable d'aller à Nantes Atlantique en voiture pour prendre un avion qui nous emmènera à Orly ou CDG alors que le train nous emmène dans les mêmes temps de porte à porte quasiment. Quant au long cou...

3.Posté par Alex le 24/06/2015 10:32 | Alerter
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Discours déjà entendus sauf cette phrase de M.Clergeau qui nous dit : "Lorsqu’elle (la droite) conditionne son soutien à un pont sur la Loire irréaliste à court ou moyen terme, elle le fragilise encore"...
On aimerait savoir en quoi est-ce irréaliste dans une agglo en forte croissance démographique surtout avec un NDDL qui aggraverait le déséquilibre nord-sud à Nantes....
Mais M. Clergeau sait ce qui est réaliste! par exemple construire un aéroport à 2 pistes sur de l'argile sans aucune voie d'...















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