"Nous avons une arme, le stylo" (Alain Body, journaliste)

[La Tribune du Lundi]


Rédigé par Alain BODY - Angers, le 12/01/2015 - 09:31 / modifié le 13/01/2015 - 07:50


Contribuer au débat public et, à notre niveau, participer à l'indispensable vie des idées, c'est l'objet de [La Tribune du Lundi]. Au lendemain de l'attentat meurtrier perpétré contre Charlie Hebdo, l'idée de donner la parole à un journaliste nous est apparue comme une évidence pour, au delà de l'émotion et de la douleur, réinterroger le sens du métier à la lumière des événements funestes qui viennent de l'endeuiller.



Dimanche, 45000 personnes ont défilé en silence dans les rues d'Angers, beaucoup avec un crayon
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« Nous avions une arme, le stylo ». Cette définition est signée de mon ami journaliste Alain Machefer, qui vient trop tôt de tourner, avec l’année 2014, la page de sa vie. Une définition pour notre métier commun, pratiqué au sein du même journal, Ouest-France, depuis que nous avions à peine plus de 20 ans, au lendemain de mai 68. Pour un printemps du journalisme qui allait, disait Alain, « remettre l’homme au centre ».

Une arme, le stylo ? Hélas ! Il en est qui ont pris au mot ce vocable, trop martial sûrement, pour qualifier le journalisme. A l’heure des vœux de bonheur, cette première semaine de 2015 vient d’être lourdement ensanglantée par des gens qui, eux, ont pris de vraies armes, et des lourdes, pour faire la guerre au métier d’informer.

Quelques années déjà m’éloignent de la pratique active du journalisme. Mais comment, bien que retraité, ne pas se sentir encore journaliste en ce funeste 7 janvier qui a vu une femme et onze hommes, dont de (simples) dessinateurs de presse, dans les locaux de Charlie Hebdo (et cinq autres personnes, jeudi 8 et vendredi 9), se faire tuer parce que quelques-uns ne supportent pas une presse libre, indépendante, impertinente quand il le faut ? Oui, ce mercredi-là, j’ai pleuré. Touché comme quand on perd un frère.

« Des crayons, des crayons », a-t-on entendu crier le soir même de ce drame sur la place du Ralliement. Des crayons contre les armes. Des stylos, des claviers, des micros ou des caméras de journalistes contre l’intolérance. Une grande clameur s’est heureusement élevée aussitôt, comme d’Angers, des communes au monde, dans la profession et bien au-delà, dans les rédactions et dans la rue, par la voix ou par le dessin, pour défendre ce bien commun qu’est la liberté de la presse. Voilà qui console des larmes qui ont d’abord coulé de nos yeux et de nos stylos.

Et ce grand mouvement dans tout le pays… Ces marches, encore ce dimanche, partout en France, comme un premier pas, espérons-le, vers une longue marche… En Anjou, depuis le Rablay du dessinateur Etienne Davodeau au Ralliement d’Angers, si bien nommé quand il unit ainsi les Angevins. Il y a eu le temps du chagrin, le temps du deuil, le temps de la révolte. Prenons maintenant le temps de l’analyse.
 
"Le vrai réseau social, c’est celui qui se tisse avec l’intelligence, c’est-à-dire avec un nécessaire recul, une analyse argumentée, des mots sans censure mais choisis, pour donner du sens."

Alain Body, journaliste à la retraite, auteur de cette tribune n'aurait manqué sous aucun prétexte dimanche ce rendez-vous avec l'histoire.
Alain Body, journaliste à la retraite, auteur de cette tribune n'aurait manqué sous aucun prétexte dimanche ce rendez-vous avec l'histoire.
L’expression de l’émotion, personnelle et collective, dans les pages des journaux, sur les ondes et à travers nos outils modernes de communication, est nécessaire. Il nous faut maintenant la dépasser. Dans cet esprit, les journalistes ont évidemment un rôle de premier plan. Pas pour nous dire comment penser, comme certains le voudraient ; certains avec des mots de haine, d’autres avec des fusils comme on vient de le voir. Un rôle de premier plan, pour nous apporter tous les éléments qui nourrissent notre réflexion. Et qui nous poussent à l’action, avec nos pieds et nos mains, avec notre cœur, et surtout avec notre tête.

Un rôle exigeant. Avec des exigences sans doute encore plus grandes après ce grave 7 janvier. Un rôle encore plus indispensable dans un contexte où, si l’on n’y prend garde, tout, c’est-à-dire n’importe quoi, peut se dire sur ce qui n’a de « réseaux sociaux » que le nom. Le vrai réseau social, c’est celui qui se tisse avec l’intelligence, c’est-à-dire avec un nécessaire recul, une analyse argumentée, des mots sans censure mais choisis, pour donner du sens ; sans la précipitation malsaine de la course au scoop ; et sans se contenter du coup de cœur ou du coup de sang. Un rôle à tenir avec dignité par les journalistes, comme ils ont su le montrer dans toute la presse ces derniers jours, malgré l’émoi de la blessure de toute une profession.

Un rôle à tenir en toute indépendance. Avec sérénité. En refusant la peur et la haine ; en refusant de susciter la peur et la haine. Avec un regard toujours critique, mais sans méchanceté, et en se gardant de toute manipulation. En un mot, avec honnêteté, cette qualité essentielle du journaliste, qui prime sur une illusoire objectivité. Un rôle pour donner à la liberté d’expression, à la liberté de penser, à la liberté tout court, que nulle arme de guerre ne saurait tuer, cette motivation essentielle, qui motive Saint-Exupéry dans sa « Lettre à un otage » : « Respect de l’Homme ! »

Alors « trempe dans l’encre bleue » du respect de l’homme, « trempe, trempe ta plume » (merci Brassens)  ô mon frère journaliste « et de ta plus belle écriture » « remets l’homme au centre », comme disait mon ami, notre ami journaliste, Alain Machefer. Alain qui voyait « le journaliste comme un lien entre les hommes ». Alain qui souhaitait qu’on écrive « la fleur au stylo ».









1.Posté par colson jeanne le 12/01/2015 14:17 | Alerter
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Journaliste en retraite, qui parle bien du rôle de la presse.. Professeur à la retraite , je pense que le rôle d'un enseignant se situe là aussi : " nourrir la réflexion, l'analyse" , donner des mots pour construire des argumentations solides, éveiller un esprit critique ...

2.Posté par Clisson-Chirat Brigitte le 13/01/2015 12:58 | Alerter
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" Je veux bien être Charlie , mais pas le pigeon des Charlots qui ont fait le lit du terrorisme et de l'antisémitisme qu'ils ne peuvent plus arrêter." Cette phrase tiré d'un édito de William Goldnadel correspond exactement à ce que je pense … après 36 ans de vie professionnelle journalistique . J'ai connu Cabu du temps du temps de la librairie " La tête en bas" et je pense qu'il se retournerait dans sa tombe en voyant le caractère conformiste des hommages .

3.Posté par JYB le 14/01/2015 15:30 | Alerter
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Est-ce que je suis Charlie ?
Je suis Charlie quand on tue des caricaturistes ou des policiers dans l'exercice de leur mission, ou quand on assassine des juifs seulement parce qu'ils font leurs courses dans un magasin casher,
Mais je n'aime pas Charlie lorsqu'il contribue à saper les valeurs de la société, au nom de la liberté d'expression poussée à son paroxysme.
Certes, je n'oublie pas que le premier à être mis à mort fut le Christ dont les pharisiens s'écriaient:"Il a blasphémé!"
Mais une caric...

4.Posté par Chabot Jacqeline le 14/01/2015 18:37 | Alerter
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IL nous faut réfléchir à cette notion de LIBERTE. N'est-elle pas galvaudée.Elle ne peut pas être déconnectée de celle de RESPECT. Le DIALOGUE interculturel , le dialogue au quotidien, devrait nous permette de rentrer dans la compréhension de l'autre.Quittons nos certitudes pour mieux comprendre. Et n'oublions pas que la haine est entretenue par le sentiment de non reconnaissance dont souffrent les personnes en situation de précarité économique ou affective.

5.Posté par Daniel Fleury le 17/01/2015 17:15 | Alerter
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Tu as travaillé avec Marc, qui nous a quitté depuis - il partageait aussi cette idée que le journalisme, ce n'est pas la glissade de la pensée vers le bas, l'uniformisation du copié collé informatif, mais un regard subjectif + un regard subjectif, chaque regard étant libre de s'exprimer. Il y a un long chemin d'uniformité parcouru depuis, beaucoup de coups de crayons effacés, d'auto censure, de politiquement correct... et s'y sont rajouté des balles. En somme, le journaliste l'est vraiment qu...








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