"Nous disons stop au génocide des yézides"


Rédigé par - Angers, le 20/08/2014 - 14:27 / modifié le 21/08/2014 - 10:52


Cible privilégiée des djihadistes de l'Etat islamique au Levant, des yézides manifesteront pour la première fois ce mercredi à Angers pour dénoncer les persécutions dont fait l'objet leur communauté en Irak. Et soutenir les demandes de régularisation de familles de réfugiés arrivées ces dernières années sur les bords de Maine. Entretien avec Djemal Baravi, le président de l'association Ranayi qui fédère depuis peu les yézidis angevins.



Angers, mardi. Djemal Baravi veut faire entendre le soutien de sa communauté aux yézides persécutés en Irak.
Angers, mardi. Djemal Baravi veut faire entendre le soutien de sa communauté aux yézides persécutés en Irak.
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Combien de yézides vivent aujourd'hui sur Angers ?

"Quand je suis arrivé en 2004, nous étions six familles. Nous sommes aujourd'hui 103 familles sur Angers, avec des enfants, sans compter celles qui vivent dans d'autres villes du département. La communication a beaucoup joué dans la venue d'amis, de voisins, de parents, confrontés aux mêmes problèmes de discriminations qu'avaient connus les premiers arrivés."

Qu'est-ce qui explique précisément votre arrivée en France ?

"Ce sont les problèmes que nous avons rencontré en ex-Union Soviétique après la perestroïka. Que ce soit en Russie en Géorgie ou en Arménie (Djemal Baravi est né et a vécu en Georgie puis, à partir de 1991, à Orenbourg dans l'Oural), notre langue, notre culture, notre religion nous ont isolés. Les Russes nous appellent les "culs noirs". Nous parlons le kurmanji, la langue des kurdes mais contrairement à une majorité d'entre eux, nous ne sommes pas musulmans. Notre Dieu, c'est le soleil, et notre religion remonte à plus de 4000 ans, avant l'arrivée de toutes les grandes religions monothéistes. C'est ce qui gène les islamistes qui, faute de pouvoir nous convertir, nous massacrent. C'est le troisième génocide des yézides."

Le troisième ?

"Le premier remonte à 1813 (ndlr : des massacres de yézides ont bien eu lieu au XIXe siècle mais nous n'avons pas trouvé mention de ce "génocide"). Le second de 1913 à 1917 avec les Arméniens qui a obligé près de 200 000 yézides à rejoindre l'Union Soviétique. Ce sont nos parents et nos grands-parents. Et le troisième, c'est aujourd'hui en Irak."

Qu'est-ce qui vous à décidé à vous manifester publiquement ?

"D'abord, pour exprimer notre soutien à nos familles en Irak, et tous ceux qui ont du quitter leurs maisons, leurs villages, sans argent. On souhaite que les pays qui se sont mobilisés tels les Etats-Unis et la France poursuivent leur aide, particulièrement pour ces personnes. On remercie la France et Monsieur Hollande d'avoir été parmi les premiers à se mobiliser, et les Etats-Unis pour avoir envoyé leurs drones. Et puis, on souhaite dire "Stop au génocide"."

Comment vivez-vous ces événements ?

"Nous ne sommes déjà plus qu'un million dans le monde... Quand on entend les chiffres qui nous sont rapportés sur les massacres, on se dit qu'ils veulent vraiment nous supprimer. Ma petite fille pleure tous les jours en voyant les images à la télé."

Pourquoi avez-vous décidé de créer une association ?

"Nous avons créé l'association au mois d'octobre dernier sous le nom d'Association socio-culturelle franco-yézide Ronayi, ce qui signifie le soleil dans notre langue. L'idée est de présenter notre culture aux français et de fédérer les yézides qui vivent ici, dans leur démarches administratives, pour apprendre le français etc... 80 familles sont inscrites à l'association dont une douzaine sont aujourd'hui sous le coup d'une obligation à quitter le territoire français (OQTF). Il n'y a pas encore de réfugiés en provenance d'Irak."

Que demandez-vous pour ces familles qui n'ont pas de papiers ?

"Une régularisation. Hommes ou femmes, les parents ne peuvent pas travailler et on les invite à retourner dans leur pays. Mais dans quel pays ? Nous espérons pouvoir faire valoir cette demande auprès des autorités françaises."


Une minorité dans la minorité

Kurdes par leur appartenance ethnique, les yézidis se singularisent par leur religion, souvent présentée comme une symbiose entre le mysticisme soufi et les anciennes religions de la Haute Mésopotamie, lesquelles tirent leurs racines des croyances les plus anciennes de l'Iran. Jusqu'à une période très récente, la transmission écrite de ces croyances était interdite et se faisait donc par oral. Les yézidis se considèrent comme monothéistes mais pour eux, Dieu se serait retiré des affaires du monde, laissant sa charge à sept archanges dont le plus important, Melek Tawus, représenté traditionnellement par un paon, se trouve au centre de leurs pratiques cultuelles.
Leur foyer religieux historique se trouve au nord de l'Irak dans le Jebel Sinjar, autour de Lalesh (ou Lalish ), leur ville sacrée. Les yézidis seraient plus d'un million dans le monde répartis principalement entre Irak (plus de la moitié d'entre eux ?), Iran, Syrie et ex-républiques de l'Union Soviétique. En Europe, c'est en Allemagne que leur communauté est la plus importante. Ils seraient moins de 10 000 en France.




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