Olivier Beuvelet : "C'est la liberté de l'artiste qui fait de lui un rebelle"


Rédigé par - Angers, le Lundi 25 Janvier 2016 à 15:00


Docteur en esthétique et sciences de l'art à l'université Paris 3, Olivier Beuvelet élargit le propos sur la rébellion au cinéma, l'une des rétros proposées cette année lors du festival Premiers Plans.



Head-On de Fatih Akin, est l'un des films sélectionnés au sein de la rétrospective "Rebelles".
Head-On de Fatih Akin, est l'un des films sélectionnés au sein de la rétrospective "Rebelles".
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Les mots rebelles et cinéma vont-ils si bien ensemble ?
 
Olivier Beuvelet. "Je pense que oui. La réalité, c'est que le cinéma est un art un peu rebelle en soi. A l'origine, il n'était d'ailleurs pas destiné à devenir un art, mais comme un mode d'enregistrement, puis une attraction de foires et un art populaire. C'est en cela qu'il est rebelle : il s'est construit en opposition aux principes et à l'histoire de l'art qui avaient tendance à l'exclure de ce champ, un peu comme la photographie. Il n'a finalement été reconnu comme un art constitué qu'après la Seconde guerre mondiale. Et encore, il a fallu attendre la Nouvelle Vague et France, puis le Nouvel Hollywood pour montrer au monde qu'il pouvait y avoir des auteurs originaux dans le cinéma, sur la forme comme sur le fond."
 
C'est d'ailleurs bien une idée de rébellion qui sous-tend ces deux mouvements ?
 
"C'est surtout une idée assez nouvelles et importante, à cette époque-là, de garder une certaine liberté d'expression. La liberté de l'artiste, c'est ce qui fait son statut de rebelle : il a de tous temps été en discussion, en négociation ou en rébellion vis-à-vis d'un pouvoir politique ou économique qui avait le désir soit de le récupérer, soit de le bâillonner."
 
De ce point de vue, le cinéma possède un pouvoir politique ?
 
"Je n'y crois pas, en tout cas pas sur le plan de la transformation complète d'une société. Le cinéma, fiction ou documentaire, expose à la lumière des choses pour que les gens en prennent conscience. C'est sa force politique, mais le reste se situe en dehors de lui, même si l'une des premières choses que cherche à contrôler un état totalitaire, c'est le cinéma et son rituel social : c'est un art que l'on partage."

Olivier Beuvelet
Olivier Beuvelet
Quelle figure associez-vous spontanément à la rébellion au cinéma ?
 
"Pier Paolo Pasolini. C'est un des derniers rebelles, ou plus exactement un des derniers hommes libres du cinéma -ce qui est plus dangereux pour un pouvoir- qui a su allier une grande popularité tout en restant sur un axe qui est celui de la liberté. Il y a un risque assez propre à la société du spectacle que les révolutionnaires dans leur jeunesse soient vite recyclés et deviennent mainstream, lorsque la reconnaissance arrive. Il faut être libre pour reste incisif et Pasolini l'aura été jusqu'au bout. Il n'y a qu'à regarder "Salò ou les 120 Journées de Sodome " pour le comprendre.
 

La rébellion au cinéma peut-être présente sur le fond ou dans le traitement de la figure du rebelle, mais également sur la forme, la manière de filmer ?
 
"Et c'est dans doute cela le plus spécifique au cinéma. On ne lit pas forcément la rébellion dans le plein du récit, mais dans le creux d'une image, ou d'un montage. Le cinéma d'Eisenstein l'a montré, comme Jean Vigo dans "A propos de Nice". Ce sont la créativité et l'inventivité qui permettent aux réalisateurs de faire des films et de livrer une certaine forme de contestation quand ils ont à négocier avec la censure dans leur pays.
Enfin, certains cinéastes allient la rébellion de forme et de fond dans leur film. Je pense notamment à "Monika" d'Ingmar Bergman, et ce moment où elle trompe son petit ami et regarde directement la caméra. Il y a la une rébellion vis-à-vis de la morale, mais également vis-à-vis de la règle cinématographique, puisqu'il s'agit du premier regard caméra de l'histoire du cinéma."

 
Le cinéma a évidemment sa place dans "l'insurrection culturelle" à laquelle vous aspirez dans votre livre, co-écrit avec Jonathan Nossiter ?
 
"Bien sûr ! Surtout à une époque où la place de l'économie et du marketing se sont durcies, en réaction à l'impossibilité qu'ont les pouvoirs de contrôler la diffusion des œuvres. La numérisation, la multiplication des moyens de tournage et de diffusion laissent à penser qu'il y a des formes de cinéma à inventer, des espaces de diffusion, et donc de liberté, à gagner."
 
Olivir Beuvelet tient un blog sur Mediapart , et vient de publier, avec Jonathan Nossiter, "L'insurrection culturelle", chez Stock.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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