Olivier Supiot prend les rênes du Louvre... et du Musée des Beaux-Arts


Rédigé par - Angers, le Jeudi 8 Juin 2017 à 21:40


Alors que se profil à partir de vendredi soir, et jusqu'à dimanche, la deuxième édition de la Fête du Livre, le dessinateur angevin Olivier Supiot investit le Musée des Beaux-Arts, avec des planches originales et inédites de "Le Cheval qui ne voulait pas être une œuvre d'art", un magnifique album d'initiation aux trésors du musée parisien, en même temps qu'une réflexion sur la quête d'identité. A découvrir sans faute jusqu'au 17 septembre.



Avec "Le cheval qui ne voulait pas être une œuvre d'art", Olivier Supiot inaugure une nouvelle collection, collaboration entre Delcourt et Le Louvre, destinée à la jeunesse. Il avait déjà inauguré en 2015, toujours chez Delcourt, la collection Les enfants gâtés, avec Pieter et le Lokken.
Avec "Le cheval qui ne voulait pas être une œuvre d'art", Olivier Supiot inaugure une nouvelle collection, collaboration entre Delcourt et Le Louvre, destinée à la jeunesse. Il avait déjà inauguré en 2015, toujours chez Delcourt, la collection Les enfants gâtés, avec Pieter et le Lokken.
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Il y a chez certains dessinateurs une capacité fascinante à regarder le monde avec des yeux d'enfants. Olivier Supiot fait partie de ceux-là. Aucune naïveté là-dedans, mais un pouvoir d'émerveillement à nul autre pareil, les yeux qui pétillent et la voix qui vibre à l'évocation du projet qui sort ces jours-ci chez Delcourt, en co-édition avec Le Louvre.
 
Installé dans l'atelier Kawa, qu'il partage avec Tehem et François Salembier, à Mazé, l'homme met la dernière touche -de peinture- à un projet qui paraîtra courant 2017, aux éditions de la Gouttière. Mais l'objet de toutes ses attentions, cette dernière année, tient bien en un magnifique ouvrage de 48 pages : Le cheval qui ne voulait plus être une œuvre d'art.
 
Dans cet album qui inaugure une nouvelle collection chez Delcourt, Olivier Supiot s'attaque à un monstre sacré, "un lieu magique, le plus grand musée du monde" : Le Louvre. A la manière, entre autres, d'Etienne Davodeau ("Le Chien qui louche") et Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu), chez Futuropolis, le dessinateur angevin s'est vu ouvrir en grand les portes du Palais pour y faire, à destination du jeune public... à peu près ce qu'il voulait.
"C'est une grande responsabilité : est-ce que je vais être à la hauteur ? Lors de mes visites au Louvre, pour préparer la BD, je me suis parfois assis dans une pièce où étaient exposés cinq tableaux : chacun était un monument de la peinture." 

"On n'est pas du tout sur un travail de commande, mais sur une carte blanche", explique-t-il. "A partir du moment ou Grégoire Seguin et Fabrice Douar, les deux co-directeurs de collection, m'ont fait confiance, j'ai pu travailler avec beaucoup de liberté"... et un enthousiasme sans limite. Car s'il est quelque chose qui passionne Olivier Supiot depuis l'enfance "et (ses) premiers essais sur des planches avec des pots de peinture récupérés", c'est la peinture. "J'ai eu la chance que mes parents m'emmènent voir des expositions ou des musées, notamment le Rijksuseum d'Amsterdam. Ce travail autour du Louvre, c'est beaucoup d'émotion, parce que c'est très lié à ma maman."

Inconditionnel de Van Gogh, de Gauguin, de Modigliani, de la vague impressionniste, Olivier Supiot n'a jamais manqué l'occasion, notamment dans la série Marie Frisson, d'adresser quelques clins d'œil à ces peintres adorés. Mais il n'avait jamais eu l'opportunité de travailler plus en profondeur sur ces œuvres d'art. "C'est une grande responsabilité : est-ce que je vais être à la hauteur ? Lors de mes visites au Louvre, pour préparer la BD, je me suis parfois assis dans une pièce où étaient exposés cinq tableaux : chacun était un monument de la peinture."

Carnet de notes et appareil photo à la main, Olivier Supiot a pourtant refusé de se "prendre au sérieux", en imaginant un conte autour d'un tableau de Théodore Géricault. "Pour la petite histoire, c'est une reproduction que j'ai dans mon salon, mais je ne savais pas qu'elle était au Louvre !" Tête de cheval blanc retient tout de suite son attention et lui permet d'imaginer une déambulation jubilatoire et réflexive dans les couloirs du musée.
 
"L'art et l'identité, ça va tellement bien ensemble : pour sa voir qui l'on est, l'histoire de l'art est fondamental, c'est ce qui fait de la destruction des œuvres d'art quelque chose de si violent."

"Il y a au Louvre énormément d'œuvres équestres et l'histoire du lieu-même en est imprégné. Et puis c'est un animal à la fois noble et sympathique, idéal pour créer le lien avec les enfants", détaille Olivier Supiot.
Sortant du cadre imaginé par Géricault, la tête de cheval se pare d'un corps transparent, sous les traits de Supiot, qui  va lui permettre d'échapper -au moins le croit-il- à sa condition d'œuvre d'art, en dialoguant avec d'autres œuvres, ouvrant une large part à l'imaginaire et à l'onirisme, jusqu'à la révélation finale ? "C'est l'histoire d'un personnage qui se cherche", résume l'auteur angevin. "L'art et l'identité, ça va tellement bien ensemble : pour sa voir qui l'on est, l'histoire de l'art est fondamental, c'est ce qui fait de la destruction des œuvres d'art quelque chose de si violent."

Le conte créé par Supiot, teinté d'humour et de poésie sur le fond, est transcendé par une forme toujours plus maîtrisée, et des couleurs directes qui accrochent l'œil instantanément. Le talent graphique de Supiot n'est plus un mystère depuis, entre autres, Le Dérisoire ou La Patrouille des Invisibles, mais il trouve ici un cadre idéal d'expression, apte à maintenir la capacité d'émerveillement de chacun... On ouvre grand nos yeux d'enfants ?
 
"Le cheval qui ne voulait plus être une œuvre d'art", ed. Delcourt (collection Delcourt/Le Louvre), 14,50 €.

La Fête du Livre, se déroule jusqu'à  dimanche soir 11 juin, aux Salons Curnonsky, mais également au Grand Théâtre d'Angers, au Musée des Beaux-Arts et à la Médiathèque Toussaint.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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