Omar, ou la jeunesse palestinienne dépecée


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Jeudi 31 Octobre 2013 à 09:21


Omar (Adam Bakri), jeune palestinien résidant en Cisjordanie, passe son temps d’un côté et de l’autre du mur séparant son quartier de celui où réside l’élue de son cœur : Nadia (Leem Lubany). C’est aussi de l’autre côté de ce mur que vivent ses amis Amjad (Samer Bisharat) et Tarek (Eyad Hourani), le frère de Nadia.Les trois garçons, favorables à la résistance palestinienne, décident d’attaquer une base militaire israélienne. Omar est capturé...



Omar (Adam Bakri), devant le mur interminable, tant en hauteur qu’en longueur © Droits réservés
Omar (Adam Bakri), devant le mur interminable, tant en hauteur qu’en longueur © Droits réservés
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Omar, c’est avant tout le destin d’un jeune palestinien, tombé entre les mains des renseignements militaires israéliens après avoir organisé avec ses amis le meurtre d’un soldat. L’agent Rami, un israélien qui travaille dans les Waleed Zuaiter cherche à débusquer l’assassin, et compte pour cela sur l’aide d’Omar. Pour ce dernier, un choix s’impose : soit la collaboration avec l’ennemi et la trahison de ses compatriotes, ou bien le silence et l’assurance de mourir en martyr pour un pays qui ne cesse d’en dénombrer.

Hany Abu Assad nous montre à travers son nouveau film un univers dominé par la cohabitation étroite des palestiniens et des israéliens. Le décor illustre d’ailleurs habilement ce contexte : le mur, symbole d’enfermement, procure au spectateur une sensation de confinement. Les séquences tournées dans la prison aussi appuient cette sensation, notamment celle où la caméra filme en plongée les détenus dans la cour à ciel ouvert, en réalité surmontée d’un grillage… Cette situation - l’oppresseur et l’oppressé- s’apparente à celle que l’on voit dans Le Cochon de Gaza de Sylvain Estibal, où Jaafar (Sasson Gabay) et sa femme Fatima (Baya Belal) sont constamment épiés par des soldats israéliens, en poste sur un toit.

La lumière reflète tout autant ce confinement, mais aussi diverses sensations ou sentiments que les personnages ressentent et éprouvent. Ainsi, les séquences tournées dans la prison sont souvent très sombres : d’un côté par pudeur, avec les plans montrant Omar se faisant torturer, et de l’autre afin de montrer au spectateur la dureté et la froideur de la détention. Mais la lumière peut aussi être vive et envahir le visage des personnages, ce que l’on voit lorsqu’Omar et Nadia se retrouvent seuls : leurs visages sont largement éclairés, et souvent le décor des plans où ils apparaissent ensemble est de couleur claire.

Les personnages, justement, incarnent chacun un profil différent du palestinien d’aujourd’hui : Omar est le jeune combattant, prêt à tout pour sauver sa patrie de l’occupant sioniste -combat similaire à celui de David contre Goliath- avec l’aide de ses amis. L’un d’eux, Amjad, est vu comme un garçon simplet : il fait des blagues sur la chasse du singe en Afrique, et imite à merveille Don Vito Corleone (Marlon Brando), du film Le Parrain. Quand à Nadia, elle représente la jeune femme qui ne rêve que d’un avenir brillant malgré sa nationalité, véritable frein à son avenir. Pour finir, l’agent Rami est la personnification de l’homme dont le point de vue sur le conflit israélo-palestinien n’est pas influencé par le sort misérable de l’oppressé, mais plutôt par son propre destin. Chaque personnage a son importance dans le film, chacun se dévoile au spectateur. C’est donc à ce dernier de décider à travers lequel il se retrouve le plus. A travers ces personnages, Hany Abu Assad veut probablement montrer à quoi ressemble le quotidien en Palestine, pays dont il est expatrié. Ce film est engagé dans la lutte quotidienne du peuple palestinien, il dénonce les atrocités commises par les sionistes depuis désormais un demi-siècle. Sans être pathétique, le film nous livre ainsi une version réaliste des faits qui peuvent avoir lieu en Palestine : sans doute mérite-t-elle une certaine attention.

En plus des personnages, le son apporte beaucoup au film : les bruits de balle, récurrents, sont très bien réalisés - jusqu’à faire trembler !- et nous plongent dans une ambiance sonore particulièrement violente. Une violence qui est bien illustrée par la première séquence, lors de laquelle Omar franchit le mur sous les balles de soldats israéliens. C’est un véritable parcours du combattant, qui fait vaguement penser à la première séquence du film Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, lors de laquelle les soldats américains débarquent en Normandie sous les balles des soldats allemands.

Mais malgré une ambiance sonore particulièrement violente, le propos du film n’est pas la violence faite au peuple palestinien, mais plutôt l’humiliation qu’il subit au quotidien. Cette humiliation, le spectateur en est témoin tout au long du film. Une séquence est très représentative de ce propos : celle où Omar se fait rattraper par trois soldats pour avoir franchi le mur. Les trois soldats, après l’avoir repéré, l’ont poursuivi et arrêté. Les papiers d’Omar sont en règle, mais ils décident malgré tout de l’humilier en le faisant attendre bêtement sur un rocher, tandis que les soldats se moquent de lui. Cette séquence montre le genre d’arrestations musclées auxquelles procèdent les israéliens, arrestations qu’on pourrait assimiler à une « police de la terreur ».

« C’est de la confiance que naît la trahison ». Ce proverbe prend tout son sens à travers Omar. Trahir celui qui avait donné sa confiance... A travers Omar, Jamais la colombe de la paix n’a volé aussi loin de la Palestine et d’Israël, et elle ne semble pas vouloir y installer son nid.

Farès












Angers Mag