"Oona et Salinger"... lorsque Beigbeder s'approprie les mythes


Rédigé par - Angers, le Vendredi 26 Septembre 2014 à 10:00


Fasciné par JD Salinger, l'auteur américain de "L'attrape-cœurs", Frédéric Beigbeder livre avec "Oona et Salinger" un roman d'un nouveau genre, retraçant à sa manière l'histoire d'amour entre l'un de ses écrivains fétiches et Oona O'Neill, qui deviendra ensuite Mme Chaplin. Il sera samedi à la librairie Richer d'Angers.



Frédéric Beigbeder signe avec "Oona et Salinger" un roman sur la relation entre deux figures de son Panthéon personnel. Photo JF Paga
Frédéric Beigbeder signe avec "Oona et Salinger" un roman sur la relation entre deux figures de son Panthéon personnel. Photo JF Paga
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"Les histoires non vécues ne sont-elles pas les plus belles ?" A la question posée par François Busnel dans "La Grande Librairie", Beigbeder répond "oui", sans hésiter... mais sans doute pour la forme.
Il faut lire son dernier ouvrage, "Oona et Salinger" (Grasset), pour démêler le fond véritable de sa pensée : "Je crois (aussi) que la littérature n'est pas la vie et que rien n'est plus beau, dans un livre et seulement dans un livre, que de telles histoires non vécues. Elles n'ont pas eu lieu, elles n'ont rien donné, elles n'ont pas duré, elles n'ont existé (ou "inexisté") que pour devenir un roman ou un poème."

C'est ce sentiment, en plus de la fascination qu'exercent sur lui les deux protagonistes de son roman, qui a poussé l'écrivain cathodique à écrire "Oona et Salinger". Une œuvre de fiction ? Non, de "faction", répète à l'envi Beigbeder. Chouette formule pour évoquer les broderies romanesques (et parfois un peu pesantes) qu'il appose, tout au long du livre, au canevas bien réel de leurs existences.

Dans les faits, qui sont-ils ? D'un côté, Oona O'Neill, adolescente à la beauté incandescente, fille du dramaturge nobelisé en 1936 Eugene O'Neill et membre es qualité du gratin new-yorkais d'avant guerre (la seconde). Et qui donnera bientôt huit enfants à un autre génie du siècle : Charlie Chaplin.
De l'autre, Jérome David Salinger, grand échalas adolescent des lettres, commence à publier des nouvelles dans les journaux, à la veille de l'entrée en guerre des Etats-Unis. Plus tard, bien plus tard (en 1951), ce sera "L'Attrape-cœurs".

Une histoire d'amour fondatrice

"En 1940, Oona O'Neill était amoureuse de mon écrivain préféré", relate Frédéric Beigbeder. Une relation fusionnelle d'un an au plus, née sous le regard narquois d'un autre grand des lettres américaines, Truman Capote. On découvre la jet set de ces années d'insouciance, la naissance d'une relation -avec un savoureux dialogue à trous lors de leur premier échange- les caractères singuliers des deux amoureux. Leurs ébats, leurs débats, la fracture. Puis la guerre.

Beigbeder voit dans le chagrin d'amour de Salinger les fondations de ce qui sera son grand œuvre, dix ans plus tard. Faute d'avoir eu accès à la correspondance épistolaire d'Oona, il l'invente et imagine le sentiment d'attraction-répulsion qui anima pour de longues années les deux amants. Oona refait sa vie avec Chaplin, de 36 ans son aîné, Salinger se ferme peu à peu, fuyant le monde et les hommes. Crachant "L'Attrape-cœurs" et son inoubliable Holden Caulfield.

"Jerry a choisi de partir à la guerre avant d'être tenté de faire souffrir Oona, ou de souffrir à cause d'elle. Il se doutait bien qu'Oona ne l'attendrait pas. Cela ne l'empêcha pas d'être brisé quand elle le remplaça" (p.147).

Ecrire le monde et les autres sinon rien

Désormais, leurs vies s'écrivent en parallèle. Et le roman de Beigbeder, dont on se lasse parfois, prend une toute autre ampleur avec l'entrée en guerre des Etats-Unis... et de Salinger. Les plus belles pages de cette "faction" assurément, avec une plume qui se fait précise, passionnée, engagée dans les pas de son "antihéros". On y croise l'horreur de la guerre, la découverte des camps allemands, l'inénarrable Hemingway... Beigbeder s'essaie même, avec conviction, au parallèle entre les époques :

"La jeunesse de 2014 est en deuil de choix tragiques. Elle est en manque de destructions. Les générations précédentes lui ont légué un endettement colossal, un chômage massif et une planète polluée. L'ennui existentiel, le sentiment de vide, la frustration globalisée nourrissent ce désir effrayant nommé nihilisme. Une envie de servir à quelque chose, de se battre pour un idéal, de choisir son camp, de risquer sa vie pour devenir un héros. Pas étonnant que certains deviennent terroristes : qu'est-ce que le terrorisme, sinon la seule chances des antihéros pour s'improviser une guerre en temps de paix ? La période d'accalmie que traverse l'Occident est la plus longue de son histoire, et elle est peut être sur le point de s'achever.
J'ai peur des héros ; pourtant j'écris un livre sur l'un d'entre eux."


Pessimiste Beigbeder ? On n'en jurera pas. Mais, débarrassé de tous les scories égocentriques -mais qu'a-t-il donc besoin de se mettre en scène dans ses romans ?- l'indéchiffrable homme de pub, de télé, d'édition et d'excès se fait un bel écrivain lorsqu'il parle des autres et du monde.

A l'ombre de son Panthéon.

"Oona et Salinger" (Grasset), 19 €. Frédéric Beigbeder sera présent à la librairie Richer, à Angers, samedi 27 septembre, à partir de 16 h.




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