Ousmane Sow : l’homme ce bien inestimable


Rédigé par - Angers, le 23/06/2011 - 07:12 / modifié le 01/12/2016 - 17:10


Né à Dakar (Sénégal) en 1935, Ousmane Sow est un artiste de réputation internationale très attaché à Angers et à la France. Il fait partie des trois artistes dont l’une des œuvres, « le guerrier debout », accompagnera le tracé de la première ligne de tramway d’Angers. Ousmane Sow est décédé le 1er décembre 2016 à l'âge de 91 ans.



Ousmane Sow, de passage à Angers pour le vernissage de son oeuvre
Ousmane Sow, de passage à Angers pour le vernissage de son oeuvre
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Sculpteur depuis son plus jeune âge, Ousmane Sow quitte Dakar, sa ville natale, pour la France en 1957 où il compte intégrer l’Ecole Nationale des Beaux Arts. Il y renoncera faute de moyens. Vivant de petits boulots, tout en continuant la sculpture, il obtient le diplôme d’Etat d’infirmier puis celui de kinésithérapeute. Il exercera ce métier, lequel aura une grande influence sur son parcours d’artiste, pendant une vingtaine d’année, à l’hôpital Laennec à Paris, puis au Sénégal.

Grâce à son travail quotidien sur le corps humain, il perfectionne sa technique pour se consacrer définitivement à la sculpture à l’âge de 50 ans, mettant au point une technique personnelle de moulage, faite de terre, celle d'Afrique et de minéraux, une formule presque alchimique dont il garde jalousement le secret.

Très attaché à la représentation de l’homme, à ses valeurs, sa vie, il s’intéresse aux ethnies d’Afrique, son continent, et aux indiens d’Amérique. Très sollicité, il expose dans les lieux les plus prestigieux de la planète, en France et notamment à Paris, Besançon et Angers, puis en Allemagne, au Japon, aux USA, au Sénégal, sa patrie, enfin, en Belgique et en Italie. Il travaille aussi sur les grands hommes : Victor Hugo, De Gaulle, Mandela, et … son père, pour les remercier de ce qu’ils ont fait de bien sur terre.

Belle réussite pour ce colosse de 2 mètres, comme les statues qu’il fond, aujourd’hui vieux sage africain, lequel n’est pas passé par la sacro-sainte école des Beaux Arts. « Je suis venu en France pour ça mais je ne regrette pas, cela m’a laissé plus de liberté, sinon j’aurais été influencé par quelques maitres, j’ai choisi tout seul ma voie », confiait-il hier matin lors d’un entretien. Et quelle voie …

Ousmane Sow s’intéresse à l’homme dans son ensemble, quelque soit sa couleur de peau ou ses origines, même s’il a surtout travaillé sur les ethnies africaine (Zoulou, Massaï, Peulh) : « Je veux que mes œuvres aient une lecture compréhensible par tout le monde. Je sculpte ce que je ressens et je laisse chacun se l’approprier, interpréter mon travail. Une œuvre d’art c’est quelque chose qui crée des émotions ».

L’impression de connaître les angevins depuis longtemps

Le guerrier debout veillera jour et nuit sur la ligne du tram
Le guerrier debout veillera jour et nuit sur la ligne du tram
Homme libre, Ousmane Sow, qui aime la France pour y avoir vécu assez longtemps a toujours gardé sa nationalité sénégalaise, malgré des propositions de bi nationalité : « La France occupe une partie de mon cœur (NDLR : Ousmane Sow a vécu trente année en France). Être immergé dans une autre culture, c’est une chance. Le danger c’est d’adopter une nouvelle culture parce qu’on la croit meilleure. Il ne faut pas oublier son pays et sa culture originelle ».

Humaniste, Ousmane Sow jette un regard de compassion sur le monde et notamment ceux qui souffrent : « J’ai été ébranlé par ce qui se passe au Japon, au Proche Orient. Je suis très sensible à tout ce qui touche l’homme. Ca n’influence pas mon travail, mais j’y pense souvent ».

Les liens qu’il a tissés avec Angers, ville dans laquelle il a déjà exposé, au Quai, sont le fruit du hasard : « Dans la plupart des villes je n’ai fait que passer. A Angers j’ai eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires, comme le maire et son entourage, avec lesquelles j'ai eu l’impression que l’on se connaissait depuis longtemps. Je ne sais pas l’expliquer mais ce sont des liens forts ».

Quant au choix de la ville d’Angers et sa métropole de retenir l’une de ses œuvres pour la placer dans un lieu stratégique de la ville, l’artiste n’en tire aucune gloire personnelle : « C’est une preuve de gratitude démontrant que l’on a pas perdu son temps. Cette grande sculpture fera parler des passants qui se demanderont pourquoi la mairie n’a pas choisi un personnage illustre. L’œuvre n’est pas figée, elle va évoluer avec le temps et parler avec ceux qui vont la croiser ».

Sculpteur talentueux, connu et reconnu pour l’ensemble de son œuvre, Ousmane Sow sait rester simple et abordable. « Nous sommes ce que les gens ont fait de nous. Je fais mon possible pour rendre service, être agréable avec ceux que je rencontre et ça ne me coute pas », conclu l'artiste qui note que la France a bien changé : ses habitants sont devenus plus individualistes.

« Le guerrier debout », une œuvre en bronze de plusieurs couleurs, d'une hauteur de 2.80 m, est installé à proximité de la gare d’Angers, place Anquetil, au carrefour de l’avenue Denis Papin avec la rue de la Préfecture et la Rue d’Anjou. Elle veillera à la postérité, tel un observateur, sur la première ligne de tramway d’Angers.




Yannick Sourisseau
Web Journaliste suivant plus particulièrement les technologies digitales Formateur technologies de... En savoir plus sur cet auteur















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