Outrage : honneur sanglant.


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 3 Décembre 2010 à 11:06


Dans un monde où la vie ne tient qu'à un fil, l'organisation Sanno, maîtresse de toutes formes d'action lucratives illégales, a sous ses ordres le clan Ikemoto qui lui même commande au clan Otomo. Le chef de celui-ci, vieux loup parmi les yakuzas, reçoit l'ordre pour lui et son clan de calmer les ardeurs d'expansion d'un clan adverse. Mais tout se complique quand «le grand chef» exprime le souhait de donner la place du chef Ikemoto à … 3 yakuzas, tous très motivés. Avec comme trame de fond l'honneur et la violence, ce film marque le retour de Kitano dans le genre yakuza, sous le signe de l'esthétisme visuel.



Otomo (Takeshi Kitano) et son bras droit, Mizuno (Kippei Shiina) règlent leur comptes.
Otomo (Takeshi Kitano) et son bras droit, Mizuno (Kippei Shiina) règlent leur comptes.
la rédaction vous conseille
Premier plan du film : une vingtaine de grosses voitures noires, même marque, vitres teintés, des 2 côtés de chaque voiture, des hommes tous en costumes noirs, lunettes de soleil noires. Ces hommes sont tous yakuzas et sont réunis pour une réunion au sommet. Le «Parrain» est en colère. Le clan Murase prend de l'importance alors qu'il s'étend sur le territoire du clan Ikemoto, rattaché au senseï (maître en japonais). Ikemoto bien qu'il ait fait serment de fraternité avec Murase, devra l'empêcher de s'étendre. Pour mener à bien sa tâche, il utilisera le clan Otomo, un de ses vassaux. La première partie du film se résumerait à comment humilier un clan ennemi sans déroger aux règles de bienséance yakuza. Ainsi le clan Otomo va utiliser tous les moyens possible pour réduire le territoire et le moral de Murase.

L'histoire se déroule sur trois niveaux : le chef suprême qui tient à rester maître en gardant des serviteurs compétents et fidèles, Ikemoto qui veut monter en grade tout en dépréciant les autres clans, et Otomo qui suit les ordres sans réflexion. Tout au long de l'histoire, les grades vont changer pour tous les personnages. Certains vont monter en rusant, d'autres chuteront à cause de leur ambition, une chose est sûre dans ce film : tout se paye à un moment ou à un autre. A coup de meurtres plus horribles à chaque nouvelle scène...

Scénario complexe pour un film complexe, bien que très controversé, ce dernier Kitano ("Hana-bi", "Achille et la tortue" ...) joue habilement sur le genre, déjà très parcouru par le réalisateur, du film yakuza. Les dialogues sont fins et épurés, très bien portés par un casting excellent, Kitano lui-même étant génial en yakuza plongé en pleine action (à 63 ans, bel exploit pour le réalisateur !) gardant une espèce d'indifférence totale face aux meurtres toujours plus violents.

Ces meurtres ultra-violents sont au cœur de la controverse, certains jugeant une sauvagerie stupide, abusive et totalement inutile au rendu du film. Pour ma part, je pense que ces meurtres, loin de réduire la valeur du film, ont une fonction non négligeable, en soulignant la violence sur des plans durs, comme Otomo défigurant Murase avec une fraise de dentiste, ou encore un chef cuistot à qui l'on perce les tympans avec des baguettes : Kitano nous montre l'absurdité totale de la violence et dénonce ce genre d'acte. Il applique la même chose pour la vengeance (le vengeur étant à chaque fois puni dans le film).

Mais le film passe surtout par son ambiance avec des plans marquants : un yakuza qui descend d'un lavabo de toilettes publiques après avoir commis son meurtre et remet sobrement ses chaussures. Cette ambiance est aussi due à la bande originale du film, qui mélange techno et musique traditionnelle, un parallèle entre les vieilles valeurs des yakuzas et les nouvelles méthodes utilisées. Un monde nouveau nous est proposé, un monde dur et impitoyable.

Finalement un film qui propose une bonne intrigue générale (même si l'histoire peut faire mal à la tête parfois !), des scènes de violence, profondes de sens (et non pas du gore inutile) et un très bon jeu des acteurs. Recommandé à tous les amateurs de films de mafia, gangsters, etc... et à ceux qui pensent que le sang est parfois nécessaire pour faire passer un message en image. A un public averti tout de même.

Axel


LES TAGS : kitano outrage










Angers Mag