Pas d'unanimité pour la charte de la laïcité


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le 31/05/2016 - 07:10 / modifié le 31/05/2016 - 02:59


Initiée par la municipalité angevine au lendemain des attentats de novembre, la charte de la laïcité a été adoptée lundi soir au conseil municipal. Mais sans unanimité. La minorité s'est abstenue en regrettant le manque de concertation qui a précédé, selon elle, à sa rédaction. Et l'absence de prise en compte des ses propositions.



Faten Sfaïhi, adjointe à la citoyenneté et à l'intégration, a présenté ce lundi soir la charte de la laïcité.
Faten Sfaïhi, adjointe à la citoyenneté et à l'intégration, a présenté ce lundi soir la charte de la laïcité.
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Elle n'aura donc pas fait l'unanimité. La charte de la laïcité, attendue depuis novembre et dévoilée ce lundi, lors du Conseil municipal, n'a pas obtenu les votes de la minorité, qui a préféré s'abstenir. La charte de la laïcité est l'un des deux piliers sur lesquels repose, avec la sécurité, le Pacte républicain adopté par la Ville après les attentats du 13 novembre, à Paris.

Rédigée par un groupe de travail, constitué d'élus et du service juridique de la Ville, "Cette charte s'appuie sur la circulaire du 13 avril 2007, qui introduisait alors la charte de la laïcité dans les services publics", précise Faten Sfaïhi, adjointe à la citoyenneté et à l'intégration, interrogée en amont du Conseil municipal. "Tous les articles reposent sur un fondement législatif".

"Avant la rédaction de cette charte, il existait certaines situations autour desquelles il y avait un flottement, peut-être concernant l'attribution des subventions, ou des situations lors desquelles les agents étaient embêtés. L'objet de la collectivité n'est pas de financer des activités cultuelles. Un rappel au cadre était nécessaire."
Avant de préciser : "Cette charte a été mise en oeuvre pour permettre de faire communauté autour de valeurs communes : la liberté de croire ou de ne pas croire et l'égalité de traitement entre toutes les confessions. Mais s'il y a communautarisme, là, nous combattons".
"La laïcité n'est pas un instrument de police ou de maintien de l'ordre public" - Chadia Arab
Seulement voilà, le texte finalement présenté ce lundi n'a pas séduit la minorité, à commencer par Chadia Arab : "La laïcité n'est pas un instrument de police ou de maintien de l'ordre public. Or, vous souhaitez conditionner l'attribution de subvention au respect de cette charte. Comment les manquements seront-ils constatés ?"

Chadia Arab a questionné la majorité sur le lien entre langue française et laïcité.
Chadia Arab a questionné la majorité sur le lien entre langue française et laïcité.
Faisant référence à l'article 13 de la charte ("Les inscriptions ou annonces destinées à l'information du public doivent être formulées en langue française"), Chadia Arab, qui s'était déjà abstenue lors de l'adoption du Pacte républicain en décembre, a ensuite questionné la majorité sur le lien entre langue française et laïcité et également déploré que les propositions faites par la minorité lors de l'élaboration de cette charte n'aient pas été davantage prises en compte.

Avant de rappeler les propos tenus par l'adjoint aux personnes âgées, Maxence Henry, en juillet dernier : "Les musulmans modérés sont comme les Allemands des années 30 : ils doivent choisir leur camp". Une sortie à laquelle a répondu Grégoire Lainé, conseiller délégué à la famille : "Dans cette charte nous rappelons à l'ensemble des différents acteurs les droits et les obligations de chacun et je nous inclus dedans".  
"Je ne vois pas comment retirer le terme "communautarisme" de la charte de la laïcité, sauf à penser qu'il n'en existe pas" - Christophe Béchu
Autre réserve du côté de la minorité, celle d'Alain Pagano, secrétaire départemental du Parti communiste : "Je trouve l'expression "dérives sectaire ou communautariste" maladroite et ambiguë. Je crois qu'en France, nous avons un organisme pour détecter les dérives sectaires : le Miviludes. Par ailleurs, qui va juger des dérives sectaires ?"

"Je ne vois pas comment retirer le terme "communautarisme" de la charte de la laïcité, sauf à penser qu'il n'en existe pas", a répondu Christophe Béchu, précisant au passage que seulement une dizaine de villes en France disposait d'une charte de la laïcité. "Nous sommes au début du processus, c'est une forme de tâtonnement".

En marge de cette charte de la laïcité, 4 000 agents de la Ville, d'Angers Loire Métropole et du Centre Communal d'Action Sociale sont par ailleurs invités à suivre une formation sur la laïcité. "1786 demandes nous ont été faites", a précisé Christophe Béchu avant de conclure, face à l'abstention de la minorité : "Je veux croire que c'est une abstention positive et non une abstention négative".

Lire la charte de la laïcité de la Ville d'Angers




















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