Pascal Cagni : « Il faut montrer que c’est à Angers qu’il faut venir »

Electronique, l’heure du renouveau pour Angers ? #5


Rédigé par - Angers, le 05/06/2015 - 07:54 / modifié le 05/06/2015 - 07:55


Le Président de la République, François Hollande, inaugurera le 12 juin prochain la Cité de l'objet connecté d'Angers. Vice-président d’Apple Europe, Moyen Orient, Inde et Afrique jusqu’en 2012, Pascal Cagni l'a visitée, lui, dès cette semaine lors d'un déplacement aussi bienveillant qu'intéressé. Désormais à la tête d'une activité de Capital Risque, basée à Londres et spécialisée notamment dans les objets connectés, cet investisseur possède toujours une résidence près d'Angers, d'où il a dirigé le fabricant de PC Packard-Bell. Il nous livre ses réflexions quant au projet industriel et technologique angevin.



Pascal Cagni, mardi, dans les locaux de la Cité de l'Objet Connecté.
Pascal Cagni, mardi, dans les locaux de la Cité de l'Objet Connecté.
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Pouvez-vous nous préciser quelles sont vos principales activités aujourd’hui ?

« C’est d’abord une activité de Capital Risque pour laquelle j’ai recruté une équipe à Londres. Nous avons deux thèmes d’investissement principaux liés au futur du hardware et de l’e-commerce. Pour le premier, l’idée est de démontrer que si « les logiciels (software) mangent le monde », une grande idée défendue dans la Silicon Valley, il y a aussi l’émergence de nouveaux matériels (hardware) plus intelligents. L’alliance des deux, ce sont les objets connectés. Au cours de mes 25 années d’expérience, j’ai toujours fait du hardware de plus en plus intelligent, depuis le PC Compaq ou le micro familial Packard-Bell ici à Angers jusqu’à l’iPod ou l’iPhone d’Apple.

Le deuxième thème d’investissement est lié à l’avenir de l’e-commerce qui est tout aussi passionnant car il révolutionne l’activité tant des grands groupes du CAC 40 que celles des 2 millions d’entreprises de moins de 10 salariés en France. La nécessité digitale va s’imposer à tous, c’est une révolution fondamentale. »

Comment fondez-vous vos choix d’investissement ?

« Nous avons choisi de soutenir déjà une dizaine de jeunes sociétés avec cette différence, contrairement à beaucoup d’investisseurs, de le faire pour une grande part en France. En effet au-delà  d’investissements dans des succès mondiaux comme Nest ou Anki issue de la Silicon Valley, nous avons aussi investi dans Netatmo un des leaders français des objets connectés ou encore dans ISKN à Grenoble qui développe une tablette permettant de numériser un texte manuscrit en temps réel : un rêve pour un journaliste ! »

Et vos autres activités ?

« Je suis aux conseils d’administration de Vivendi en France et de Kingfisher en Angleterre, une société qui est propriétaire de Castorama et Bricodépôt. Ça, c’est ma vie « institutionnelle ». Et ma troisième activité principale repose sur du travail de conseil sur de gros dossiers tel Net-a-porter.com, qui vient d’être fusionné avec Yoox pour le compte du groupe Richemont. C’est encore du e-commerce qui bouleverse l’univers très traditionnel des industries du luxe et de la mode et c’est passionnant. »
"Je suis donc un supporter inconditionnel de ce projet, sous la seule réserve qu’on puisse en faire LA Cité des objets connectés en France (...). c’est la seule façon de justifier dans la durée les investissements publics et privés d’une telle initiative."

Quel regard portez-vous sur la Cité de l’objet connecté ?

« J’applaudis des deux mains cette initiative pour les raisons que je viens de vous évoquer : elle s’appuie sur l’émergence des objets connectés et je pense que l’Anjou a une vrai légitimité à la faire vivre ici ! La filière électronique angevine bâtie sur des décennies d’activités a su créer un pôle de talents unique. L’émergence plus récente d’un groupe remarquable, Eolane, qui joue le rôle de cristallisateur de multiples initiatives est un gage de réussite. Je suis donc un supporter inconditionnel de ce projet, sous la seule réserve qu’on puisse en faire LA Cité des objets connectés en France. Et qu’au fil du temps, on puisse lui donner même un dessein européen. C’est très ambitieux, certains penseront peut-être que c’est trop, mais c’est la seule façon de justifier dans la durée les investissements publics et privés d’une telle initiative. »

Pourquoi ?

« Il faut que dans les campus universitaires des nouveaux hub technologiques que sont Paris,  Berlin, Lausanne, Londres ou Barcelone, tout jeune entrepreneur porteur d’un projet d’objet connecté puisse savoir que, plutôt que de devoir aller à Shenzen en Chine, pour faire prendre vie de manière concrète à son projet, il lui suffit de venir à Angers, à quelques heures de TGV ou d’avion de son domicile, pour réaliser son prototype, sa présérie et des mini-séries de quelques centaines de produits, étape indispensable à la création de sa start up.
La moitié du succès de la Cité des objets connectés, ce ne seront pas seulement les « savoir –faire » mis à disposition des entrepreneurs mais le « faire savoir « qui permettra non pas d’attirer des dizaines mais des centaines de projets qui seront eux seulement créateurs d’emplois additionnels. »

Le fait que ce soit un projet privé est donc un gage de confiance pour vous ?

« Au regard des chiffres macro-économiques et de l’endettement de nos collectivités locales, je pense que c’est la seule façon d’avancer. Mais il est nécessaire de nouer un partenariat public-privé où la puissance publique amène ce pour quoi nos impôts doivent être utilisés –les infrastructures- mais auquel le risque entrepreneurial est pris à l’aune d’un compte d’exploitation pouvant délivrer un vrai retour sur investissement. Tout le débat maintenant, c’est d’arriver à savoir comment on va drainer ces 150 projets et les dossiers d’études nécessaires pour tirer parti de ces investissements. »
"Je peux apporter mon expérience et contribuer à mieux faire connaître ou reconnaître la Cité des Objets Connectés d’Angers afin d’attirer des projets d’entrepreneurs hors de l’Anjou mais venant de France ou d’Europe."

Pourriez-vous prendre place au sein ou au soutien de ce projet ?

« Je vais commencer par une précaution. Il se trouve qu’aujourd’hui, pour des raisons historiques, ma famille et moi vivons à Londres et il faut juste que chaque fois que je viens à Angers, je ne l’oublie pas. Mais nous sommes très attachés à l’Anjou et au-delà de la disponibilité limitée qui est la mienne, je peux apporter mon expérience et contribuer à mieux faire connaître ou reconnaître la Cité des Objets Connectés d’Angers afin d’attirer des projets d’entrepreneurs hors de l’Anjou mais venant de France ou d’Europe. »

La capacité à faire collaborer des acteurs du numérique et de l’électronique revient comme une condition sine qua non de la réussite de ce projet. Qu’en pense l’Angevin de cœur ? Et pensez-vous que l’écosystème régional est suffisant pour peser dans ce secteur mondialisé et ultra-concurrentiel ?

« Je réponds d’abord à la deuxième question. Pour être pertinent à l’échelle du monde, de l’Europe et de la France, il faut, selon moi, faire très bien une seule chose et que l’on concentre tout sur cette logique de pré-industrialisation et mini-séries : si Angers prend ce segment et bâtit suffisamment de notoriété sur ce sujet-là, on peut en faire un succès. Deuxième idée, il faut créer un écosystème régional qui regroupe de multiples institutions et savoir-faire mais cela requiert aussi la maturité nécessaire pour ne pas dupliquer nos efforts. Bref, un peu d’abandon de souveraineté pour nombre d’entre nous afin de faire réussir un projet collectif. Enfin, il faut aussi appeler à la puissance de l’Etat pour expliquer qu’une initiative locale a un dessein national.  

Qui sait, si sur le moyen terme nous ne connaîtrons pas aussi un phénomène de re-localisation de production réellement générateur de centaines d’emplois, le « in-shoring ». Zara dans une autre industrie a montré la voie puisque l’essentiel de la production est faite en Espagne, un bel exemple et doit nous permettre d’être optimiste. »




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par JM le 05/06/2015 13:45 | Alerter
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Eclairante entrevue, très intéressant... au delà du label french tech, dont l'effort pour son obtention est une nécessité pour la visibilité de La Cité des Objets Connectés, nous comprenons très bien ici, l'immense travail qui Nous attends afin d'imposer la Cité angevine, comme LA Cité des Objets Connectés durant les prochaines années, seule condition pour capter un maximum d'investissement sur notre territoire avec de nombreuses retombées économiques à la clé. La R&D angevine se dévoile, ell...








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