Patrice Laurendeau : « Les vins d’Anjou gagnent en notoriété »


Rédigé par Yves BOITEAU et Patrick TOUCHAIS - Angers, le 05/10/2013 - 10:49 / modifié le 05/10/2013 - 10:49


Comment se porte le vignoble angevin ? Quelle place occupent-ils dans l’économie locale ? Et dans le paysage viticole national ? Alors que les vendanges battent leur plein, le président de la Fédération viticole de l’Anjou, répond à nos questions.



Vigneron à Notre-Dame d’Allençon, Patrice Laurendeau est président de la Fédération viticole de l’Anjou depuis 2004.
Vigneron à Notre-Dame d’Allençon, Patrice Laurendeau est président de la Fédération viticole de l’Anjou depuis 2004.
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En pleines vendanges, que pouvez-vous nous dire du millésime 2013 ?
« La récolte a commencé autour du 20 septembre. On a connu un printemps froid et humide, et un été sec, ce qui débouchent sur des vendanges assez tardives. Mais on se souvient de millésimes tardifs qui ont donné de très grands vins comme 1997. Pour l’heure, rien n’est joué. Tout dépendra de la météo de ce mois d’octobre. »

Pouvez-vous nous présenter la Fédération viticole de l’Anjou ?
« C’est un syndicat professionnel auquel adhèrent librement les vignerons d’Anjou-Saumur (900 sur environ 1 100), qui œuvre pour la défense du métier et de son image dans la région. C’est sa première fonction. Mais depuis cinq ans, elle a un peu évolué, puisqu’elle est devenue aussi Organisme de défense et de gestion des appellations d’origine d’Anjou-Saumur. Elle joue un rôle de garant vis-à-vis de l’Inao (Institut national des appellations d’origine) dans la démarche de qualité des appellations. »

Ça change quelque-chose pour le grand public ?
« Non. Ca change des choses en revanche pour le viticulteur dans la défense de ses AOC et dans les obligations de traçabilité nées avec cette réforme. La Fédération dispose de deux techniciens qui vont dans les vignes et les caves contrôler les viticulteurs. Des contrôles qui s’ajoutent à celui qu’auto-exerce le vigneron et à ceux que conduit un organisme externe indépendant. »

Quel est le poids de la viticulture dans l’économie du département ?
« C’est à peu près 20 000 hectares de vignes dont 18 000 en AOC. En année normale, on produit 900 000 hectolitres ; ce qui nous situe à la cinquième place des départements français en production de vins d’appellation d’origine et à la première pour ce qui est du Val de Loire. D’un point de vue économique, nous sommes la première production végétale du département avec un volume d’activités autour de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires pour près de 10 000 emplois directs ou indirects. Au delà de la dimension économique, je tiens à souligner la place de la vigne dans la façon dont est aménagé notre département. Depuis une quinzaine d’années, on a replanté dans des coteaux abandonnés, là où rien d’autre ne poussait hormis des friches. J’aime à dire que nous sommes des architectes du paysage et que nous l’entretenons. »

Et quel vin domine la production ?
« Incontestablement les rosés. En particulier les rosés demi-secs, qui représentent la moitié du volume produit en Anjou-Saumur, avec notamment le cabernet d’anjou. En 10 ans, ce vin a doublé ses volumes de production et de commercialisation. On en produit désormais 300 000 hl. C’est un vin “tendance”, facile d’accès qui plait aux femmes, aux jeunes... C’est souvent un vin qui permet d’entrer dans le vin où on a parfois trop intellectualisé la dégustation, notamment des rouges. Avec le rosé, c’est simple. Pas besoin d’être connaisseur. Mais pour cela, on a une vigilance absolue sur la qualité des produits qui doit être irréprochable. »

Vous parliez du paysage, qui façonne l’Anjou. Le vin, c’est aussi un lien d’accès vers les touristes.
« Oui, par nos paysages et par nos produits, on attire et on retient les touristes en Anjou. C’est important dans un département, où on a tendance à dire qu’il faut parvenir à les retenir plus longtemps ici. Quand on questionne les touristes, le vin et la vigne sont en bonne position dans les critères qui motivent leur venue. Il y a donc un fort développement du tourisme viticole – ou œnotourisme – car on vend du produit et de l’image. Tous les vignobles le font. L’Alsace est un modèle pour cela. »

"L’Anjou est un territoire mais on ne veut pas que des produits qui n’ont pas de cahiers des charges d’origine, puissent être estampillés “Anjou”.

Patrice Laurendeau : « Les vins d’Anjou gagnent en notoriété »
Vous ne voyez que du bon dans l’œnotourisme ?
« Pour l’économie d’une exploitation, c’est un vrai sujet de diversification, de complément de revenus et de promotion. Car même s’il est difficile de savoir combien cela représente de bouteilles supplémentaires vendues sur place, il est difficile aussi d’évaluer les retombées qu’on peut avoir dans les magasins. C’est un tout. Mais il serait périlleux de ne faire reposer l’économie d’une exploitation que sur l’œnotourisme. »

Pour autant, l’Anjou – pas que le vin d’ailleurs – manque de notoriété…
« C’est vrai. Je crois que ça tient à un trait de caractère profond des Angevins qui est la modestie. Des regards extérieurs nous font souvent comprendre que nous le sommes trop. Pour ce qui est du vin, je pense pourtant qu’on évolue bien. L’Anjou gagne en notoriété. En partie grâce au cabernet d’Anjou. Selon une enquête de consommateurs, quand on parle de rosés, 27 % citent spontanément l’Anjou. Ils n’étaient que 18 % en 2008. Autre élément, puisque c’est la saison, c’est le nombre de références d’Anjou présentes dans les foires aux vins. Il a largement progressé ces dernières années. Cela signifie simplement qu’il y a une demande, et que ça se vend. »

L’Anjou, c’est le nom d’une appellation, mais aussi d’un territoire. Vous semblez parfois inquiet de l’utilisation de ce nom ?
« Je rappelle que depuis 1936, on a établi des cahiers des charges pour que nos vins d’AOC puissent utiliser le terme « Anjou ». Le consommateur qui achète du vin a de cette façon une garantie d’origine. Et aujourd’hui, avec notamment le développement du « Made in France », on est tout à fait dans cette logique de dire aux consommateurs, « consommer local ». Sauf que seule l’AOC peut garantir cette origine. Il y a des marques ou des chartes qui se développent autour du nom de l’Anjou sans pouvoir apporter la même garantie… »

Vous pensez à « Produit en Anjou » lancé par le Conseil général ? Mais l’Anjou, c’est avant tout une région historique qui ne vous appartient pas ?
« Oui, c’est un territoire mais on ne veut pas que des produits qui n’ont pas de cahiers des charges d’origine, puissent être estampillés “Anjou”. Les termes “Produit en Anjou” ne garantissent pas l’origine des produits. Par l’AOC, le terme Anjou est protégé au plan français et au plan européen. Certaines productions comme l’oie d’Anjou ou l’échalote d’Anjou ont fait des démarches similaires pour garantir leur origine, c’est très bien. On a eu des débats très âpres avec le Conseil général. Finalement, on a obtenu qu’aucun produit agroalimentaire ne rentre dans cette démarche de “Produit en Anjou”. Ce qu’on craignait, c’est que des industriels assemblent des produits venus d’ailleurs, et vendent sous le terme Anjou, un produit soi-disant d’Anjou. Il y aurait eu confusion pour les consommateurs. »

Quelles sont vos relations en général avec les politiques ?
« Globalement, elles sont bonnes. Au niveau local, nous avons des frictions avec certaines municipalités lorsque l’on parle de révision des plans locaux d’urbanisme, quand les terres viticoles risquent d’être touchées. Mais nous avons réussi à mettre en place des accords efficaces. Avec les élus de l’agglomération d’Angers, on a réussi à faire en sorte qu’une Zone agricole protégée (ZAP) soit créée à l’entrée du vignoble, du côté de Saint-Melaine sur Aubance pour protéger les vignes, tout en permettant le développement économique de la zone artisanale. Avec le Conseil régional, on arrive à bien travailler sur le tourisme notamment. Quant à nos élus nationaux, sur des sujets importants comme récemment dans le cadre de la loi sur la consommation, on a bénéficié aussi d’une bonne écoute et d’une bonne compréhension. »

Au plan national, on entend souvent la filière viticole défendre la consommation du vin. Le sujet est sensible, entre vin, alcool, alcoolisme…
« Le vin contient de l’alcool, mais pas que. On est aujourd’hui confronté à des hygiénistes qui veulent diminuer la consommation d’alcool en France, en culpabilisant les consommateurs ou en les effrayant. Surtout que 83 % des Français ne consomment du vin qu’une à deux fois par semaine. On se bat contre ces gens-là, pour défendre le vin comme art de vivre. On est très conscient des problèmes d’alcoolisme. Nous, on défend une consommation responsable. »

BIO EXPRESS

1951 : naissance à Notre Dame d’Allençon.

1974 : enseignant en viticulture en Maison familiale.

1983 : 1er adjoint au maire de Notre Dame d’Allençon.

1986 : installation comme vigneron.

2004 : président de la Fédération viticole de l’Anjou.

2008 : président du comité interprofessionnel des vins du Val de Loire, Interloire (jusqu’en 2011).

FAÇON PROUST

Patrice Laurendeau : « Les vins d’Anjou gagnent en notoriété »
Le bonheur parfait selon vous ?
« Vivre une passion dans son métier en faisant vivre une famille ».

Le trait de caractère dont vous êtes les plus fier ?
« Travailleur ».

Votre qualité préférée chez une femme ?
« L’honnêteté dans tous ses “sens” ».

Et chez un homme ?
« L’honnêteté, aussi ».

Votre personnalité préférée ?
« Le pape Jean-Paul II au début de son pontificat ».

Votre artiste préféré ?
« Philippe Noiret ».

Votre film culte ?
« “Le vieux fusil” de Robert Enrico ».

Le livre qui a changé votre vie ?
« “Savoir revivre” de Jacques Massacrier ».

Votre chanson préférée ?
« “Les vieux” de Brel ».

Votre plat préféré ?
« Un bœuf (ou un gibier) bourguignon au vin rouge d’Anjou ».

Votre meilleur souvenir professionnel ?
« La reconnaissance de mes anciens élèves ».

Que détestez-vous le plus au monde ?
« Avoir du retard à un rendez vous ».

Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
« La gourmandise, si c’est un défaut ».









1.Posté par vins le 24/10/2013 10:10 | Alerter
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interview très intéressante dans laquelle on apprend beaucoup sur les vins d'Anjou, merci. les appellations ont toujours été une question délicate qui brouille parfois le consommateur, mais ça reste nécessaire pour limiter les abus.








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