Patrimoine : les discrètes mosaïques d’Angers


Rédigé par Yves BOITEAU, avec Nadine BULOURDE (Service Ville d'Art et d'Histoire d'Angers). - Angers, le Samedi 9 Avril 2016 à 08:26


Au début du XXe siècle, bâtisseurs et décorateurs d'Angers y ont eu recours pour démarquer leurs projets -petits ou grands- et les mettre au goût du jour. L'art de la mosaïque était alors plus qu'une mode. Que reste-t-il aujourd'hui de ces réalisations angevines, tombées bien souvent dans l'oubli ? Pour le savoir, nous nous sommes baladés dans Angers, guidés par Nadine Bulourde du service d'Art et d'Histoire de la Ville d'Angers. Une belle découverte.



Roger Jusserand et les frères Odorico, une double signature (ici sur un mur des salons de l'Hôtel d'Anjou) à qui l'on doit plusieurs des réalisations en mosaïques les plus importantes de la ville.
Roger Jusserand et les frères Odorico, une double signature (ici sur un mur des salons de l'Hôtel d'Anjou) à qui l'on doit plusieurs des réalisations en mosaïques les plus importantes de la ville.
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Château, logis et hôtels du Moyen-Age et de la Renaissance, maisons à colombage ? Bien évidemment. Le schiste et le tuffeau ? Oui, bien sûr. L’influence hausmannienne ? Oui, oui, aussi. Mais si nous visitions Angers sous un autre angle ?

Plus proche de nous, au début du XXe siècle, l’influence de l’art nouveau et de l’art déco s’est manifestée aussi dans la manière de penser et décorer l’habitat sur les bords de la Maine. Sous l’impulsion de quelques familles d’artisans et décorateurs italiens – Isidore Odorico et Pierre de Guisti – et d’architectes ouverts sur leur temps, l’art de la mosaïque a séduit un temps bâtisseurs et investisseurs.

A l’angle du boulevard Foch et de la rue d’Alsace, la Maison bleue incarne la grandiloquence de cette période. Mais elle fait un peu figure d’exception au milieu de réalisations décoratives souvent discrètes, oubliées et (ou) éloignées des grands axes de passage, qui échappent la plupart du temps au regard des Angevins. D’où l’intérêt d’une ballade hors des sentiers battus. Pour voir la ville autrement.

Les Caves du Ralliement
(place du Ralliement)

Un café ou un verre dans ce bistrot emblématique de la place du Ralliement s’impose sur votre trajet. Sollicité par l’architecte Henri Jamard qui travaillait sur la construction d’une nouvelle salle de restaurant pour l'hôtel de voyageurs Saint-Julien : le "Café des Caves".

Isidore Odorico s’est illustré sur l’ancienne façade aujourd’hui abritée et donc peu visible de la rue. Nous sommes en 1931. Un an plus tard, Odorico ouvrira une succursale de son atelier rennais à Angers, avant Nantes et Dinard, sous la direction de Dominique Mander. 

La Maison Bleue (photo Ville d'Angers - Serge Simon).
La Maison Bleue (photo Ville d'Angers - Serge Simon).
​La Maison Bleue
(rue d'Alsace)

Protégée au titre des monuments historiques depuis 1998, c’est l’un des plus beaux exemples d’architecture privée Art Déco en France. Roger Jusserand, son architecte, avait déjà collaboré avec Odorico sur l’aménagement de la salle des fêtes de l’Hôtel d’Anjou (voir ci-dessous) pour le compte du même opérateur, Gabriel Crêtaux.

Le coût du chantier (1927-1929) se révélera trois fois plus élevé que les estimations initiales. Mais il va asseoir la réputation d’Odorico. "À l’origine, le décor de la maison avait été envisagé en brique quasiment blanche avec une grande frise or, violet et noir courant tout au long du quatrième étage. La surface à couvrir est de 1 000 m2 par plaque de 50 x 50 composées à l’atelier de Rennes et posées sous la direction de Dominique Mander", précise Nadine Bulourde. L’un des 18 appartements est plus particulièrement décoré : celui de l’entrepreneur Albert Durand séduit par le projet. 

​L’Hôtel d’Anjou
(boulevard Foch)

Rebaptisée « salons Odorico », l’ancienne salle des fêtes de l’Hôtel d’Anjou n’est ouverte que très occasionnellement au public comme lors de l’opération Made In Angers, récemment. Parfaitement bien conservée, elle accueille séminaires, réunions de travail et cocktails mais plus d’orchestres sur le joli balcon qui la domine… « Les clients qui la découvrent sont souvent scotchés, il y a une âme dans ce lieu » concède Nathalie Busson, la directrice de l’hôtel.

"En 1926, Roger Jusserand avait fait appel à Isidore Odorico pour décorer cette salle avec éclairage zénithal et mezzanine pour l’orchestre à l’emplacement probable de pièces de communs, indique Nadine Bulourde. Le premier hôtel de voyageurs, devenu Leroy puis d’Anjou, est réalisé en 1857 par l’architecte Alexandre Richard-Delalande."

L’Hôtel Continental
(rue Louis de Romain)

14 rue Louis de Romain, levez la tête ! Le haut de l´Hôtel Continental porte lui aussi la marque d’Isidore Odorico et de Roger Jusserand. Cette nouvelle collaboration entre le mosaïste rennais et l’architecte angevin remonte à 1936 et est liée à une extension de l’hôtel.
L’architecte avait supprimé la terrasse-jardin au profit d´une couverture en comble brisé sur la partie initiale, habille l´extension en proue d´un attique monumental recouvert de mosaïques. avec l´inscription monumentale « Hôtel Continental ». 

L'ancienne maison de Pierre de Guisti, rue des Lutins.
L'ancienne maison de Pierre de Guisti, rue des Lutins.
L’Immeuble Plessis
(rue Baudrière)

Construit entre 1939 et 1940 pour François Plessis, boulanger place de la Laiterie, cet immeuble fut dessiné par l’architecte Georges Montier. Les mosaïques de grès cérames sont réalisées par Pierre De Guisti. Leur signature figure en façade. 
 
​La Rue des Lutins

Un air « british » souffle sur la rue des Lutins et ses voisines dans le quartier Desjardins. Impossible parmi les maisons mitoyennes de rater celle qui abrita la famille et la société du mosaïste Pierre De Guisti. Originaire du même village que la famille Odorico (Sequals dans la région du Frioul), il débarque à Angers en 1926 après un passage par Paris. À son apogée en 1940, il comptera 90 employés entre Angers et une antenne à Nantes. Dans le quartier, on trouve d’autres mosaïques au n°6 (« Le Perroquet », architecte Léon Gautier / 1929), n°47 et n°57. 

​Le Bar Le Madeleine
(rue Saumuroise)

Au 12 rue Saumuroise, ce bar-tabac-jeux abrite un petit trésor que certains clients ne remarquent même plus. Attesté par un dessin de la collection Odorico, conservé au musée de Bretagne, les sols de l’établissement ont été commandés au mosaïste par l’architecte Henri Enguehard au début des années 30. Son dessin préparatoire est conservé au musée de Bretagne dans un fonds spécial Odorico. 

​Et aussi
La galerie Palace (rue Louis de Romain),
les toilettes des salons Welcome (place Maurice Sailland)
l’herboristerie de la rue Saint-Aubin,
la Maison de l’Architecture, des Territoires et du Paysage (avenue René Gasnier)
la tombe de la famille De Guisti au Cimetière de l’Est

Faculté de droit à Saint-Serge
Financée par le 1% artistique, la mosaïque de Michel Tourlière qui orne le hall d’accueil de la faculté a été réalisée par l’école de mosaïstes d’art de Spilimbergo dans… le Frioul. Comme un clin d’œil à l’histoire de la mosaïque angevine et aux racines de ses acteurs. Des tesselles en smaltes (verre coloré) ont été utilisées.












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