Pauline Croze : "Une énergie d'urgence pour réunir les gens, traverser ensemble"


Rédigé par Tiphaine CRÉZÉ et Sébastien ROCHARD - Angers, le Dimanche 6 Décembre 2015 à 11:36


Après Christophe Miossec et l'Herman Dune Black Yaya, c'est Pauline Croze qui montera sur la scène du Club !, au Boléro d'Angers, ce mardi 8 décembre. Un concert seule, avec sa guitare, où elle présentera notamment les titres de son 4e album, qui sortira courant 2016. En attendant, l'artiste révélée il y a 10 ans par son album éponyme et le tubesque "T'es beau" répond à nos questions, en toute franchise.



Crédit photo : Benjamin de Diesbach.
Crédit photo : Benjamin de Diesbach.
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Vous, votre guitare, une scène intimiste... C'est une formule qui vous plaît ?

"Oui cela me permet beaucoup de liberté dans l'exécution du morceau : les variations de tempo, d'intensité… En guitare-voix, le propos est très brut et sans maquillage en quelque sorte…"

A Angers, vous jouerez au Boléro, une discothèque qui revêt de temps à autre l’habit de salle de concert (la salle a déjà reçu Peter Von Poehl ou Miossec). Le fait de jouer dans un lieu atypique, à la jauge limitée à 150 spectateurs, modifie-t-il l’exercice du live ?

"Oui, la proximité physique fait qu'on sent le public plus à même de chanter, plus acteur du concert. Je suis plus en prise avec les ondes que les gens me renvoient. L'attente des gens est plus palpable dans l'air et mon interprétation est nourrie de ça."
"J'ai grandi et progressé en live, c'est devenu un vrai plaisir de jouer plutôt qu'une souffrance"

Vous éprouvez depuis quelques mois vos nouvelles chansons sur scène. C'est un choix qui s'est imposé à vous, plutôt que d'enregistrer un album, puis de partir en tournée ? La scène est-elle le lieu de l’inspiration ou le lieu où prend vie un album, en se frottant au public ?

"Le processus pour faire un album est long, faire de la scène me permet de prendre la température, de voir si le courant passe avec mes nouvelles chansons, si la communion peut se faire dans l'instant. J'ai grandi et progressé en live, c'est devenu un vrai plaisir de jouer plutôt qu'une souffrance... et je n'ai pas envie d'attendre que mon album se boucle pour en profiter !"

5 ans entre "Un Bruit qui court" et "Les prix de l'Eden", déjà 4 ans depuis votre 3e album... C'est une rareté voulue ou subie ? Est-ce un temps nécessaire à l’inspiration, au renouveau, à la composition ?

"C'est plutôt subi, j'aimerais aller plus vite, mais pour moi un album, ce n'est pas faire du remplissage. J'essaie aussi de trouver une façon d'être moi qui se libère du passé du premier album et ce n'est pas facile, car on me ramène toujours à lui. Les gens cherchent la fille déchirée et à fleur de peau d'il y a dix ans, ce que je ne suis plus, ou différemment."

Crédit photo Pierre Didier.
Crédit photo Pierre Didier.
Les épreuves de la vie, les affres du quotidien ont constitué la trame d'écriture de vos premiers albums. Votre "moteur" artistique est-il toujours le même, dix ans après votre premier album ?

"Oui, j'essaie de regarder plus autour de moi, m'inspirer des autres mais finalement le "je" est le meilleur vecteur. Quand je me mets à la place des autres, ça ne marche pas."

Vous sortirez votre nouvel album en 2016, album dont on sait peu de choses, pouvez-vous nous en dire quelques mots : comment avez-vous travaillé à sa composition ? Vous êtes-vous entouré de nouveaux collaborateurs ?

"Je pars de la même manière, je passe du temps avec ma guitare et à un moment, il se passe quelque chose, une mélodie se dessine. J'ai essayé de travailler avec d'autres musiciens, mais pour l'instant je ne trouve pas la personne qui me compléterait et me proposerait des directions que je ne sais pas donne. En ce qui concerne la réalisation, je travaille avec Ours, c'est à dire Charles Souchon, et Romain, du groupe Scotch and Sofa."

Comment l'artiste que vous êtes appréhende-t-elle les révolutions musicales à l'œuvre depuis une dizaine d'années, et notamment la démocratisation de plus en plus importante de la création musicale ? Ce qui amène une autre question : Vous sentez-vous en phase avec votre époque ?

"Je trouve ça formidable et en même temps vertigineux, un flot continu d'informations, de sons, ce qui donne la sensation de forcément rater quelque chose, il faudrait que les journées durent 30 heures de plus pour pouvoir être disponible à tout ça.
Je ne me suis jamais sentie en phase avec quoi que ce soit. Mais le virage est vraiment palpable, dans plein de domaines, que ce soit en musique, dans la façon de l'exposer, dans l'état d'esprit des gens. Je me demande quel âge j'aimerais avoir aujourd'hui si j'avais le choix : avoir quinze ans, être à fond dans la consommation, la surface des choses, être dans une énergie de volcan ou être très vieille pour savoir que je n'en ai plus pour longtemps et que je ne vais pas voir ce qui va advenir ?"

Un peu de "musique-fiction" : quelle artiste aimeriez-vous être dans dix ans ? Est-il seulement possible, dans le milieu artistique, de développer un plan de carrière ?

"Je ne sais pas. Faire un plan de carrière m'a l'air de plus en plus compliqué : soit il faut être très fort visuellement, ou il faut s'associer à une marque, à un style de vie, très limpide. Ce n'est pas ma force. J'ai l'impression qu'il n y a plus la place pour des choses indéchiffrables, qu'il faut tout comprendre tout de suite, savoir qui/quoi ranger où..."
"Cette situation de danger me remet plus dans une énergie d'urgence, d'agressivité dans le bon sens du terme, c'est à dire dans le fait de sublimer une colère, une douleur et d'en faire quelque chose de constructif, qui ne coupe pas des gens mais permet de les réunir, pour traverser ensemble"
 
Depuis les attentats du 13 novembre, les salles et les artistes se sont mobilisés pour dire aux spectateurs de continuer à aller au concert. Ces évènements changent-ils votre approche du live, est-ce devenu un acte militant de prendre sa place pour un spectacle ?

"Déjà, faire un concert, c'est être militant pour soi même, défendre sa musique comme une façon de survie, une prise d'oxygène. Ce qui s'est passé ne change pas mon approche du live, par contre cette situation de danger me remet plus dans une énergie d'urgence, d'agressivité dans le bon sens du terme, c'est à dire dans le fait de sublimer une colère, une douleur et d'en faire quelque chose de constructif, qui ne coupe pas des gens mais permet de les réunir, pour traverser ensemble."

Pour finir, en attendant votre venue, quel son actuel nous conseillez-vous pour patienter ?

"C'est un groupe qui s'appelle HAIM. J'aime tout : les compositions, les arrangements de voix, le charisme de la chanteuse, ses chorus de guitare, moi qui ne suis pas trop fan des "guitar hero", là je trouve que c'est bien dosé. On évolue entre Michael Jackson, PJ Harvey, et du gros son hip hop. Le mélange est parfait !"

Concert au Boléro, mardi 8 décembre ; il reste des places ici !













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