Perchés au-dessus de la Maine, les capricieux jardins du Roi René

Les jardins méconnus (2/3)


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le Samedi 21 Mai 2016 à 09:00


Après avoir visité le jardin botanique de la faculté de pharmacie la semaine dernière, Angers Mag vous propose de poursuivre cette série consacrée aux jardins méconnus sur les terrasses de l'ancien couvent de la Baumette, un site d'exception.



Sur le roc de Chanzé, les premiers coups de pic dans le schiste sont donnés en 1452.
Sur le roc de Chanzé, les premiers coups de pic dans le schiste sont donnés en 1452.
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Il n’y a pas qu’à Babylone que les jardins sont suspendus. La merveille existe aussi à Angers, perchés une falaise qui tombe à pic dans la Maine. « Un jardin, c’est beaucoup dire », plaisante Bernard Bourgeois, qui habite la Baumette depuis cinquante ans, la famille de son épouse – la famille Robert - en ayant hérité. « Ici, nous sommes sur un rocher de schiste, tout est en terre rapportée ».

Cela tient donc du miracle de se promener dans les jardins de l’ancien couvent de la Baumette, cinq siècles et demi après le caprice du Roi. « Il avait l’habitude de venir au manoir de Chanzé qui appartenait à sa mère (et dont on aperçoit encore aujourd’hui quelques vieilles pierres de l’époque, NDLR). Le rocher de Chanzé appartenait au comte de Laval, un ami, qui lui a cédé pour ses plaisirs et ébats », raconte Bernard Bourgeois. Ebats, plaisirs mais aussi dévotion. « René, qui était coutumier des voyages, avait une admiration pour la grotte de la Sainte Baume où est morte Marie-Madeleine. Il a trouvé une ressemblance entre le roc de Chanzé et la Sainte-Baume et a fait ériger un couvent voué à la Sainte : la petite Baume, la Baumette ». Les premiers coups de pic dans le schiste sont donnés en 1452. Il faut extraite une centaine de tonnes d’ardoise.
 
Roi René souhaitait offrir à son épouse Isabelle un jardin méditerranéen
 

Les ruines d'une pompe électrique du 19e siècle trônent sur la terrasse.
Les ruines d'une pompe électrique du 19e siècle trônent sur la terrasse.
L’hectare et demi de terrain est organisé en terrasses, où l’on circule encore aujourd’hui, d’escaliers en escaliers. La première à nous accueillir est celle des anciens jardins de l’infirmerie, dans lesquels poussaient les plantes médicinales pour le couvent. Il connaîtra une seconde vie à la fin de l’année puisque le Lycée du Fresne travaille à son réaménagement en « jardin des simples ».

Témoins d’une époque qui a, elle aussi, marqué l’histoire du lieu, des ruines trônent au milieu de la terrasse. Ce sont celles d’une pompe électrique construite par Albert Cheux à la fin du 19e siècle, pour remonter l’eau de la Maine et arroser les jardins. Albert Cheux était un célèbre météorologue, qui avait hérité du couvent par son père et qui y a laissé sa trace : « Il avait construit ici une tour de 20 mètres qu’il utilisait comme observatoire et qui servait de point de repères au même titre que la Tour Saint-Aubin, mais elle a été détruite par les Américains pendant la guerre, persuadés que les Allemands s’y étaient installés. Albert Cheux a également installé un cadran solaire unique au monde, à double lectures : solstice d’été et solstice d’hiver ».

Les cyprès nous transportent dans les Jardins de la Villa d’Este immortalisés par Corot.
Les cyprès nous transportent dans les Jardins de la Villa d’Este immortalisés par Corot.
Sur la terrasse suivante, nous dominons la Maine et Angers s’offre au loin, en plan de coupe : la vue est imprenable. Les cyprès nous transportent instantanément dans les Jardins de la Villa d’Este immortalisés par Corot, alors que nous ne sommes qu’à quelques minutes de la gare Saint-Laud. C’est que le Roi René a réussi son coup : offrir à son épouse Isabelle un jardin méditerranéen comme les aime tant celui qui voyage beaucoup en Provence.

Entre le 15e siècle et le 18e siècle, alors que le couvent est habité successivement par les Cordeliers et les Récollets, les frères convers (chargés des tâches matérielles, non sacrées) logeaient « hors de la clôture », c’est-à-dire hors du couvent. « Les gens pouvaient donc venir à la Baumette rencontrer les frères sans entrer dans la partie religieuse. Ces bâtiments – logements, ateliers, réserves - ont disparu. Seul le vivier a survécu à cette époque ».

A côté de la grotte jumelle de la Sainte-Baume, en contrebas, une terrasse se transformera bientôt en potager. Mais autour du couvent, d’autres restent encore en friche. Le Roi René avait décidemment vu grand.
Au loin se dessine Angers en plan de coupe.
Au loin se dessine Angers en plan de coupe.

Le couvent de la Baumette se visite également. Le site est ouverte tous les troisièmes dimanches de chaque mois, de mai à octobre, de 10 heures à 18 heures. Entrée : 5 euros.
http://labaumette.free.fr

A lire aussi : Le jardin botanique de la Faculté de Pharmacie
La semaine prochaine : Le Jardin du presbytère et le Jardin méditerranéen de Sainte-Gemmes-sur-Loire.









1.Posté par jean luc Gaignard le 22/05/2016 16:43 (depuis mobile) | Alerter
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Pour en savoir plus sur le roi René et 6 siècles de vegetal en Anjou, découvrir "Du roi René à Végépolys"...








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