Pesticides ou principe de prudence dans la prise de décision

EURÊKA! #19


Rédigé par Valérie Raymond, Professeure en neurosciences à l'Université d'Angers - Angers, le 25/05/2017 - 07:45 / modifié le 26/05/2017 - 11:24


Avec cette rubrique bimensuelle, la rédaction d’Angers Mag et l’Université d’Angers (UA) s’associent pour éclairer autrement le débat public et les questions de notre temps, en confiant la plume à quelques-uns des 560 enseignants-chercheurs et 518 doctorants de l’institution, qui travaillent au sein des 25 laboratoires de l'UA.
En pleine période des traitements, ce 19e volet s’intéresse aux pesticides, et en particulier aux insecticides. Professeure en neurosciences, Valérie Raymond et le laboratoire SiFCIR travaillent sur des méthodes alternatives de contrôle des insectes ravageurs.



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Le terme « pesticide » est un terme issu du mot anglais « pest », qui signifie « ravageur », complété du suffixe « -cide », « tuer ». Les pesticides à usage agricole sont appelés produits phytosanitaires. Ils ont plusieurs rôles puisqu’ils sont utilisés pour :
1) détruire les végétaux indésirables ;
2) protéger les végétaux contre tous les organismes nuisibles ;
3) assurer la conservation des produits végétaux.

Il y a environ 12 000 ans, l’homme a découvert l’agriculture en Mésopotamie. En développant le champ cultivé, il a créé un milieu entièrement artificiel et a ainsi favorisé la multiplication d’organismes « nuisibles », comprenant en particulier les insectes. Parmi les 90 000 espèces recensées, environ 400 seraient considérées comme nuisibles.

Durant la Préhistoire, nos ancêtres avaient peu de problèmes avec les ravageurs puisqu’ils n’avaient ni récoltes, ni entreposages d’aliments, ni résidences permanentes. La gestion des ravageurs impliquait majoritairement une intervention manuelle.

Plus tard et durant l’Antiquité, il est devenu nécessaire de rechercher des techniques de lutte pour protéger les graines et les produits récoltés (à savoir : la destruction des végétaux malades par le feu). Les premiers pesticides chimiques apparaissent à l’époque des Sumériens avec le soufre élémentaire contre les insectes et les mites (- 4 500 ans), plus tard en Inde (- 2 000 ans) avec le neem de margousier, puis à partir de – 1 000 ans avec les Romains qui ajoutent de l’huile comme anti-moustique. Comme l’indique Pline L’Ancien dans son recueil  de référence Histoire naturelle, l’usage de soufre, de plomb et de fer est classique contre les criquets et les sauterelles.

La montée en puissance de la chimie

Bien plus tard, au XVIe siècle, les dérivés de l’arsenic et du mercure sont utilisés par les Chinois contre les tiques et les puces. À la fin de ce siècle et au cours du suivant, sont découvertes les propriétés insecticides du tabac (nicotine) et des racines des plantes de la famille des papilionacées comme Lonchocarpus ou Derris (roténone).

Mais le développement des insecticides chimiques ne débute réellement qu’au cours du XIXe siècle suite aux épidémies de mildiou de la pomme de terre  (1845-1849) ou de phylloxéra sur les vignes (1863). Cette période est marquée par la mise au point de la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre et chaux) par Alexis Millardet, en 1885, afin de lutter contre le mildiou ou l’oïdium.

La première moitié du XXe siècle correspond au développement des insecticides organiques d’origine naturelle ou de synthèse. Les pyrèthres, extraits des chrysanthèmes, possèdent des propriétés insecticides mais leur photosensibilité limite leur utilisation. L’avènement des insecticides de synthèse se produit vers 1930-1940 avec le DDT, pourtant connu depuis 1874.
L’après-Seconde Guerre mondiale marque le véritable essor des insecticides chimiques, avec les organophosphorés et les carbamates, puis dans les années 1970 avec les pyréthrinoides.

L’apparition de résistances chez les insectes ravageurs motive les industries phytosanitaires à développer de nouvelles molécules ayant des modes d’action spécifiques comme les néonicotinoides (imidaclopride, années 80), les phénylpyrazoles (fipronil, années 90), les oxadiazines et/ou pyrazolines (indoxacarbe, 2000), les insecticides de type buténolides (2013) et mésoioniques (triflumézopyrim, 2015-2016).

Limites et prise de conscience

Depuis quelques années, les pouvoirs publics ont pris conscience des enjeux importants que sont le contrôle et la gestion des populations d’insectes ravageurs. En effet, l’agriculture contemporaine fait face à un important défi : celui d'assurer une production de qualité capable de répondre à l’ensemble des besoins alimentaires de la population mondiale en perpétuelle croissance.

Les insecticides ont permis d’accomplir de nombreux progrès en matière de protection des cultures. Cependant, leur utilisation non raisonnée ces dernières décennies a conduit à des problématiques d'ordre sanitaire et environnemental, comme par exemple l'apparition d'insectes résistants.

Face aux enjeux environnementaux et de santé publique, une volonté politique est de limiter l'utilisation des pesticides. Le Grenelle de l'Environnement, par les plans Ecophyto 1 et 2, a tenté de répondre à ces exigences. Le principe de précaution impliquant un moindre recours aux produits phytosanitaires est de mieux en mieux encadré aux niveaux national, européen et international. La réglementation s’est également renforcée sur l’homologation, la distribution et l’utilisation des produits phytosanitaires, avec une multiplication des contrôles. Au-delà du secteur agricole, la loi sur la transition énergétique n°2015-992 réglemente l’usage des pesticides tant pour les particuliers que pour les collectivités. Grâce à cette loi, depuis le 1er janvier 2017, leur utilisation est interdite sur les espaces verts, les forêts, les voiries et les promenades.

Toutes ces dispositions ne suffisent pas à tenir l’un des principaux engagements pris par les pouvoirs publics qui est de diviser par deux l’usage des produits phytosanitaires. Certaines recommandations sont notamment de recenser les systèmes agricoles et les stratégies connues permettant de réduire l’utilisation des pesticides et de former à la réduction et à la sécurisation de l’utilisation des insecticides par le développement de stratégies nouvelles et adaptées.

C’est exactement dans ce contexte que se positionne l’activité de recherche du laboratoire SiFCIR. En effet, nos axes de recherche contribuent au développement de méthodes innovantes de contrôle et de gestion des populations d’insectes ravageurs par l’utilisation d’agents synergisants biologiques (virus insectes) et chimiques (répulsifs) qui permettent d’optimiser l’efficacité des traitements, tout en contournant les problèmes de résistances des insectes et en réduisant les doses de produits utilisés.

À propos de l’auteure
 
Après avoir réalisé un post-doctorat au sein du laboratoire MRC Functional Genetic Unit d'Oxford (Grande-Bretagne). Valérie Raymond, électrophysiologiste de formation, a été recrutée en 2002 à l'Université Paul Sabatier de Toulouse en tant que maître de conférences en neurosciences. Ses travaux de recherche au sein du Centre de Recherches sur la Cognition Animale  (CRCA) portent alors sur l'implication des récepteurs nicotiniques dans la mémoire et l'apprentissage chez l'abeille Apis mellifera.

Valérie Raymond rejoint l'Université d'Angers en septembre 2012 en tant que professeure des universités pour y enseigner les neurosciences et la physiologie animale. Au sein du laboratoire Récepteurs et canaux ioniques membranaires (RCIM), ses recherches se focalisent sur le développement de nouvelles stratégies de lutte contre les insectes nuisibles et nuisants.
Depuis juin 2013, Valérie Raymond est directrice du laboratoire RCIM rebaptisé en janvier 2017 du nom de SiFCIR (Signalisation Fonctionnelle des Canaux Ioniques et Récepteurs).












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