Pour garder son médecin, Coron a choisi de le salarier

DOSSIER SANTÉ : SOIGNONS GROUPÉS # 3


Rédigé par Patrick TOUCHAIS - Angers, le 31/03/2017 - 07:20 / modifié le 31/03/2017 - 09:08


Comment maintenir une offre de santé satisfaisante dans des milieux que semblent fuir les professions médicales ? Après la maison pluridisciplinaire de santé de Baugé-en-Anjou, direction Coron au sud du Maine-et-Loire dont la mairie a décidé de salarier les médecins généralistes en ouvrant un Centre de santé municipal. Un modèle unique en Anjou, qui semble fonctionner : les praticiens ont trouvé un rythme de travail acceptable, les patients sont satisfaits et la municipalité ne perd pas d’argent.



Xavier Testard, le maire de Coron envisage de nouveaux travaux dans son centre de santé municipal pour accueillir un nouveau médecin.
Xavier Testard, le maire de Coron envisage de nouveaux travaux dans son centre de santé municipal pour accueillir un nouveau médecin.
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« Un énorme ras-le-bol ». Nous sommes en 2013. A Coron, petite bourgade de 1 600 habitants à 20 km à l’est de Cholet, le médecin généraliste de la commune tire la sonnette d’alarme. Isolé dans son cabinet – sans confrère, ni personnel administratif –, Alain Radet est submergé par la « paperasse ». Et n’a qu’une envie, après plus de 20 ans au service des patients coronnais : « dévisser la plaque », comme on dit dans le jargon.
Tout juste élu maire au printemps 2014, Xavier Testard prend le dossier à bras le corps. Pas question de laisser partir le médecin, comme il a pu le voir dans des communes voisines. « Je l’ai rencontré en lui disant : je veux bien vous accompagner d’une façon ou d’une autre ».

Quelques mois de discussions, de mise en forme des formalités administratives auront été nécessaires, et au 1er janvier 2015, le docteur Alain Radet abandonne sans regret le statut de libéral pour celui de salarié communal, au sein d’un Centre municipal de santé. Libéré de ses tracas administratifs, il a même accepté de devenir maître de stage. « Ils sont peu nombreux en milieu rural. C’est l’occasion de les faire venir chez nous et de leur donner envie de s’installer dans nos campagnes », apprécie Xavier Testard.
« Ça fonctionne aussi financièrement » Xavier Testard, maire de Coron

Courant 2014, le maire – comptable de son état – avait épluché les chiffres, pour arriver à une conclusion rapide : l’affaire était viable à deux conditions : la première, que le médecin accepte les conditions salariales proposées. « Il a fait un effort, en abandonnant 30 % de son revenu, mais il a tellement gagné en qualité de vie… », indique Xavier Testard. Seconde condition : « trouver un second médecin à mi-temps pour offrir une amplitude horaire suffisante, du lundi matin au samedi midi ».

Alain Radet anime son réseau et c’est Carl-Régis Verroest qui sera recruté pour officier sur une partie de la semaine. Il a aussi fallu trouver des médecins remplaçants pour faire face aux congés des deux salariés. Et, signe des temps, ce sont deux généralistes en fin de carrière, la soixantaine sonnante, qui honorent ces consultations. Eux aussi, ont dévissé la plaque, et font le choix du remplacement pour laisser derrière eux tout le poids des semaines interminables des généralistes ruraux. « Il a fallu un peu de temps pour que les patients s’habituent à ces nouvelles têtes. Ils étaient tellement habitués au Dr Radet, mais maintenant, ça fonctionne »,raconte Sonia, la secrétaire, recrutée dans la foulée.

« Ça fonctionne aussi financièrement », renchérit le maire. La première année, la municipalité a perdu 2 000 €. En 2016, elle a dégagé un résultat positif de 7 000, puisque c’est elle qui encaisse les consultations. « C’est le message que je passe à tous mes collègues maires, mais j’ai peu d’écoute sur le sujet. Nous sommes les seuls en Maine-et-Loire », regrette l’élu, qui envisage d’agrandir son Centre de santé pour y accueillir un médecin supplémentaire. « On est passé de 600 patients par an à 700 », souligne Xavier Testard. En quête de généralistes disponibles, les patients des communes voisines frappent à la porte des médecins coronnais. « Et on a une liste de 500 personnes en attente. De quoi occuper un poste », ajoute le maire, qui dans ses rêves, imagine volontiers, un développement de Centres intercommunaux, avec le sentiment de prêcher dans le désert.
 












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