"Pour s'en sortir, la presse locale doit gagner en qualité"


Rédigé par Cédric SOULIÉ - Angers, le 07/10/2013 - 07:21 / modifié le 08/10/2013 - 17:02


Durant trois jours, du 9 au 12 octobre, le Syndicat national des journalistes (SNJ*) s'installe à Angers pour son congrès annuel. Tour d'horizon sur le programme, les invités et l'état de santé de la profession en compagnie d'Anthony Bellanger, premier secrétaire général du SNJ et journaliste au Courrier de l'Ouest à Cholet.



Anthony Bellanger, journaliste au Courrier de l'Ouest et premier secrétaire général du SNJ.
Anthony Bellanger, journaliste au Courrier de l'Ouest et premier secrétaire général du SNJ.
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En 95 ans, c'est la troisième fois que le SNJ s'arrête en Anjou (1953 et 1990). Du 9 au 12 octobre, près de 200 journalistes adhérents au Syndicat national des journalistes – la première organisation de la profession et la plus ancienne (création en mars 1918) – se posent à Angers pour leur congrès annuel.

Trois jours ponctués de débat, d'élections, de réunion de travail, de conférences et de visites de la capitale angevine. Présentation et enjeux de ce 95e congrès en compagnie de Anthony Bellanger, premier secrétaire général du syndicat depuis 2011, mais aussi journaliste depuis plus de 10 ans à la rédaction de Cholet du Courrier de l'Ouest.

Pourquoi le SNJ se réunit à Angers cette année ?

Anthony Bellanger : "C'est à la fois simple et le fruit du hasard. Tout d'abord, je suis le garant des statuts du syndicat qui nous obligent à organiser une fois par an un congrès. Ensuite, étant Angevin, il m'est apparu opportun de l'organiser, avec l'appui de la section départementale, "à la maison", le dernier en date remontant à 1990. Tous les ans, nous changeons de ville. Nous sommes passés par Villeurbanne, Grenoble, Strasbourg, Pau… Cette année, nous attendons environ 200 journalistes adhérents au SNJ mais aussi des confrères étrangers."

Quels seront les temps forts de ce congrès ?

"Entre réunions de travail et les élections de cinq secrétaires généraux dont un premier secrétaire général – pour lequel je suis candidat à ma propre succession pour un dernier mandat –, nous accueillons cette année plusieurs invités de marque comme le président de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), l'Anglais Jim Boumelha. Jim parcourt le monde et se rend régulièrement sur les différentes zones (Irak, Moyen-Orient, Afrique, Russie…) où la vie de journalistes ne tient qu'à un fil. Il viendra donc partager son expérience et rendre compte de ces constats, parfois dramatiques, glanés ici et là aux quatre coins de la planète. Nous attendons aussi la venue du journaliste et écrivain, Denis Robert, qui révéla au grand jour l'affaire Clearstream. Fondateur d'un projet web assez novateur, il présentera son site infodujour.fr ainsi que son dernier livre "Une vue imprenable sur la folie du monde"."

Et vous organisez en ouverture du congrès un débat entre Frédéric Béatse, maire d'Angers et Christophe Béchu, candidat aux municipales. Joli coup à six mois de l'élection !

"Oui sans doute, même si nous ne l'avons pas monté pour faire un coup ! Nous organisons ce débat autour du thème “Journalistes et politiques : sont-ils faits pour s’entendre ?” au centre des congrès d’Angers, mercredi soir car nous pensons que ces deux hommes politiques, l'un PS, l'autre UMP, peuvent avoir un avis sur cette question. D'ailleurs, ils seront rejoints sur scène par deux journalistes, Fabien Leduc du Courrier de l’Ouest et Olivier Cimpello de la Dépêche du Midi, histoire d'alimenter le débat. Enfin, cette soirée-débat sera animée par Olivier Samain, journaliste et rédacteur en chef à Europe 1. Je précise au passage qu'il s'agit de la seule soirée du congrès ouverte au public."

"Aujourd'hui, le journaliste est épuisé et stressé"

Erosion des ventes, plan sociaux, licenciements, rachat de titres par des Tapie ou Hersant…, la presse française va mal. Ce congrès a-t-il vocation à remonter le moral des troupes ?

"Difficile en cette période plus que néfaste. La plupart des journalistes touchés par les plans sociaux, les organisations internes, les suppressions de rédaction ou encore les fermetures ont le moral dans les chaussettes. Nous allons toutefois débattre sur le thème de la "presse de proximité et son avenir". Je présenterai un panorama de différentes innovations qui ont vocation à redonner du souffle à la profession. Je pense notamment à des sites pure-player, des télés locales publiques ou privées, des radios aussi. Sans oublier votre exemple : des journalistes professionnels qui décident de lancer un magazine gratuit de qualité au plan local, couplé à un site internet."

Les infos people racoleuses, les faits divers à outrance…, ces choix éditoriaux ne sont-ils pas aussi à l'origine d'un certain déclin ?

"Bien évidemment. Le SNJ s'est toujours battu sur les fondamentaux de notre métier, cette déontologie qu'il porte avec force depuis tant d'années au travers de sa charte éthique. Et au plan local, dans les journaux, on observe cette dérive depuis maintenant 15 ans environ. Il nous faut revenir à l'essentiel : le lecteur et ses attentes. Ce lecteur n'est pas fou – encore moins con ! –, il observe cette dérive et subi ce déclin éditorial. Pour s'en sortir, la presse locale doit gagner en qualité et ne surtout pas sombrer dans la médiocrité de l'information ou dans le racolage facile et sans intérêt."

Enfin, le SNJ a créé une commission sur les risques psychosociaux au travail. Cela signifie-t-il que les journalistes vivent mal leur métier ?

"Nous nous inquiétons des risques psychosociaux au travail depuis 2008. Le problème n'est donc pas récent. Oui, certains journalistes vivent mal dans leur rédaction – et je ne vous parle pas des Pujadas, Ferrari et consort. Même s'il n'y a pas lieu de comparer le phénomène avec celui qui a touché France Télécom, nous constatons néanmoins des suicides sur le lieu de travail. A Prisma Presse, dernièrement, ainsi que dans un grand journal régional dont je tairais le nom.

En 2011, une étude a été menée à l'échelle nationale par deux membres du SNJ. Ils ont conclu leur rapport par cette phrase : "Aujourd'hui, le journaliste est épuisé et stressé". Elle n'est donc pas à prendre à la légère. Et nous veillons à ce que des outils et des mesures sont mises en place au sein des rédactions. Il s'agit de missions paritaires, simples à mettre en œuvre en lien avec le code du travail, les élus du personnel, la direction et les membres du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Aujourd'hui, il est totalement inconcevable qu'un journaliste subisse, sous quelques formes que ce soit, des pressions liées à ses missions. Son travail doit être synonyme d'épanouissement. Car, ne perdons jamais de vue que nous exerçons l'un des plus beaux métiers au monde."


*Le SNJ est la première organisation de la profession et la plus ancienne (création en mars 1918). Il représente aujourd'hui un journaliste sur deux (résultats du scrutin de l'élection de la Commission de carte de 2012 : 51,29% des suffrages). Le SNJ, contrairement à de nombreux autres syndicats, fonctionne sans aucun permanent syndical.









1.Posté par Christelle Beuget le 07/10/2013 08:59 | Alerter
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Merci de mettre des mots sur un quotidien parfois difficile à vivre , en effet... Mais tellement passionnant ! Bel article.
Au plaisir ,

2.Posté par Claire-Hélène Toux le 08/10/2013 11:05 | Alerter
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Je trouve cette présentation du congrès SNJ très interessante. Néanmoins, je souhaite attirer l'attention sur quelques points : les journalistes "phare" du SNJ sont toujours ceux qui furent les "Zola" de la parole politique la plus déterminante (hier, moins les fondateurs de la 3ème République que la hiérarchie militaire française, aujourd'hui, les noeuds entre finances et politiques, incarnés plutôt par des élu-e-s politiques de droite). Or, ce métier est dominé par bien d'autres enjeux et e...















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