Pourquoi est-il encore nécessaire de travailler à une école plus juste ?

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Rédigé par Florence CASTINCAUD, professeur de français en collège ZEP, directrice de publication des Cahiers Pédagogiques - Angers, le 17/08/2015 - 07:55 / modifié le 17/08/2015 - 08:00


Contribuer au débat public sur le territoire angevin et, à notre niveau, participer à l'indispensable vie des idées, c'est l'objet de [La Tribune du Lundi]. A l'occasion du déroulement cette semaine à Saint-Barthélémy-d'Anjou des Rencontres d'été des Cahiers Pédagogiques, la parole est donnée à Florence Castincaud, directrice de publication de cette revue nationale de pédagogie. Rédigée par des enseignants, des formateurs et des chercheurs, elle réunit une centaine de personnes cette semaine autour du thème : « Travailler ensemble à une école plus juste, de la maternelle à l’université ».



Pourquoi est-il encore nécessaire de travailler à une école plus juste ?
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Citoyens, parents, enseignants, nous savons bien que certains élèves «  sont plus égaux que d’autres  » face à la réussite scolaire. Mais nous pensons généralement que  l’école fait ce qu’elle peut pour travailler à la promotion de tous. Pourtant, les statistiques sont connues et sévères : l’école française ne contribue pas à réduire les inégalités dont pâtissent les enfants de milieu populaire, et son fonctionnement même contribue à  renforcer les différences sociales. Bien sûr, chacun peut citer tel ou tel cas d’élève socialement très défavorisé et qui a connu une brillante réussite. Mais la somme de cas particuliers « heureux » ne démentit pas les vérités sociologiques.

Nous sommes, parmi les pays riches, l'un des systèmes scolaires où les origines sociales pèsent le plus sur les parcours : 32 % des enfants d'ouvriers sortent du système éducatif sans diplôme contre 5 % d'enfants de cadres. Citons le sociologue Camille Peugny : les enfants d’ouvriers représentaient ainsi 38% des entrants en sixième en septembre 1995 mais ne sont plus que 29% des bacheliers en 2001, et même 19% des bacheliers généraux. Ils ne sont plus que 9% des inscrits en classe préparatoire en 2002. C’est comme si tout, ou presque, était joué dès le berceau...

Si les enfants d’origine populaire réussissent moins bien à l’école que les autres et sont surreprésentés parmi les « décrocheurs » précoces, il y a nécessité de penser et agir pour qu’il en aille autrement !
"Notre système scolaire a gardé, en dépit des évolutions, des façons de faire qui favorisent les élèves rapides, les élèves à l’aise, ceux qui comprennent bien les attentes de l’école et, donnée importante, qui sont aidés à la maison."

Pourquoi est-il encore nécessaire de travailler à une école plus juste ?
Les acteurs du système scolaire doivent être conscients du poids décisif de ce qui se joue dès les petites classes, là où, silencieusement, certains élèves intègrent l’idée qu’ils ne sont pas « bons ». Et ensuite le collège achève souvent de briser l’espoir. Pas volontairement, bien sûr. Mais parce que notre système scolaire  a gardé, en dépit des évolutions, des façons de faire qui favorisent les élèves rapides, les élèves à l’aise, ceux qui comprennent bien les attentes de l’école et, donnée importante, qui sont aidés à la maison – c’est d’ailleurs une question très préoccupante pour les nombreux parents auxquels leur travail ne permet pas d’être présents à l’heure des « devoirs ». Pour les élèves les moins à l’aise, le risque est grand de se voir, au fil des ans,  enfermés dans une identité de « mauvais élève » dont il sera très difficile de se défaire.

Or la pauvreté n’est pas qu’une question d’argent (1), c’est aussi une question culturelle, qui s’accompagne trop souvent du sentiment de se sentir « différent», d’être sans cesse jugé et d’en souffrir. Les parents vivant des situations de grande pauvreté se souviennent d’abord du « fond de la classe », et l’école a été  souvent pour eux un lieu de souffrance. Une fois que leurs enfants, à leur tour, vont fréquenter l’école, dès qu’il commence à éprouver des difficultés, ces souvenirs remontent, et les parents ont comme un mur à franchir pour communiquer avec l’école et lui  faire confiance. Dans l’immense majorité des cas, c’est là la cause de « démissions » apparentes : avant de les stigmatiser, on ferait bien d’aller y voir de plus près.

"Ayons la certitude qu’à tout moment du parcours, tout peut se rejouer si l’élève et sa famille rencontrent une équipe convaincue et prête à s’investir pour leur permettre de reprendre confiance."
Ces constats sont-ils pessimistes ? Pas du tout. L’égalité de principe existe, tant mieux ; c’est l’équité, l’égalité réelle, qu’il faut travailler. Nous avons publié un dossier des Cahiers Pédagogiques intitulé « Ecole et classes populaires » où nous disons à la fois aux enseignants et personnels scolaires : gare aux catégories, aux idées préconçues, ne plaquons pas sur les élèves des images toutes faites selon leur origine, leur milieu social en particulier. Et en même temps : prenons conscience de la spécificité des enfants de classes populaires et de leur rapport à l’école, voyons ce que nous faisons spécialement avec eux pour dénouer les malentendus, travailler les implicites, lutter contre les effets des souvenirs malheureux que leurs parents ont souvent gardés de l’école.

Ayons la certitude qu’à tout moment du parcours, tout peut se rejouer si l’élève et sa famille rencontrent une équipe convaincue et prête à s’investir pour leur permettre de reprendre confiance. Chaque enseignant doit bien sûr travailler dans ses classes dans le sens de la lutte contre les inégalités, mais il faut aussi que l’impulsion soit collective, que les équipes d’établissement réfléchissent ensemble et enrichissent leurs pratiques avec pour horizon de ne laisser personne sur le côté du chemin.

(1) Lire à ce sujet les remarquables analyses de l’association ATD Quart-Monde)

Voir le programme détaillé des Rencontres d'été des Cahiers Pédagogiques ici.









1.Posté par SADKY le 25/08/2015 15:37 | Alerter
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Un article précis , j'ai été participant pour la 1ere fois , lors de cette rencontre j'ai pu appréhender des "outils" pour l'école autrement. Une ambiance conviviale m'a bluffé. C'est ludique et nous pouvons mettre en place des actions concrètes dans nos classe. Bravo et merci.








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