Premiers Plans : Class enemy de Rok Bicek, le réel d’un traumatisme


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 24 Janvier 2014 à 08:16


Chaque année, plusieurs milliers de collégiens et de lycéens suivent les films en compétition au Festival Premiers Plans, notamment les élèves du Lycée Auguste et Jean Renoir à Angers. Parmi les films présentés cette année, un long métrage, Class enemy, a particulièrement marqué les esprits des jeunes. Marie-Claude Chauviré-Brosseau, une psychanalyste angevine, en a fait une analyse.



Photo extraite du film Class enemy de Rok Bicek
Photo extraite du film Class enemy de Rok Bicek
la rédaction vous conseille
Au cœur du film nous situerons un dire de la jeune fille disparue qui n’a pas été entendu par ceux qui étaient là et qui, de ce fait, sont pris dans une responsabilité-culpabilité qui va s’élaborer avec la rébellion des élèves.

Sabina, qui est déjà fantomatique, morte-vivante de ne pas parler, soudain s’exclame : « Pourquoi vivre ? », dire qui reste sans accusé-réception. Personne sans doute à ce moment-là ne veut ou ne peut reprendre une telle question et l’inviter à dire sa souffrance, l’inviter à déplier cette parole qui touche le hors sens.

Sabina ne réussissait pas à faire avec ce hors sens proche de ce que les psychanalystes lacaniens appellent un réel que chacun recouvre de ses croyances ou convictions et de ses rituels. C’est ce qui rend la communication si compliquée entre les êtres humains.

C’est particulièrement bien montré dans ce film. La communication rate. C’est le malentendu permanent au-delà de la différence des langues et des origines. Chacun est dans son monde et a bien du mal à faire avec le collectif. Seule la directrice parait mieux le mesurer et au-delà le réalisateur lui-même.

Au cœur du film aussi, Rok Bicek, comme il l’a précisé dans le débat, nous propose la référence à Thomas Mann qui dit que la mort d’une personne est plus l’affaire des survivants que de la personne-même. C’est encore plus vrai quand quelqu’un, comme Sabina, se suicide et ne laisse aucune lettre pour en dire quelque chose.

Les croyances voire les convictions, les mythes personnels et collectifs sont mobilisés avec leur rituels pour que chacun puisse reprendre ce hors sens dans sa vie. C’est la confrontation entre les rituels collectifs de la tradition et l’invention des sujets qui vivent ce moment-là.

C’est particulièrement fort pour les adolescents et les plus jeunes qui créent d’autres rituels pour entrer dans ce monde toujours nouveau.

De sa position d’autorité, le professeur impose abruptement au départ son savoir sur les rituels. La psychologue propose aussi son savoir sur la douleur et les différents temps du deuil. Il y aurait un savoir qui pourrait recouvrir tout cela, semblent-ils nous dire. Eh bien non ! renvoient les élèves plus près du réel de leur affects.

C’est ce qu’expriment plus fortement Luka qui vient de perdre sa mère, et son amie Mojca la plus proche de Sabina. Ils se reprochent mutuellement leur position face à l’insupportable - l’un dans l’accusation trop rapide d’un coupable, l’autre dans le silence de la douleur et ils expriment à leur prof leur regret qu’il ait abordé le suicide de Sabina comme un cours.

Á chaque traumatisme de ce poids, il y a un trou dans le savoir et ceux qui sont concernés doivent réinventer avec le collectif et les traditions. Il y avait à trouver des paroles et des actes pour élaborer et supporter ce hors sens qui avait fait effraction dans une question puis dans le passage à l’acte de Sabina.

Marie-Claude Chauviré-Brosseau, psychanalyste, membre de l’Association de la Cause freudienne à Angers.











Angers Mag












Angers Mag : Report'Cité : portez la plume, s'il vous plaît !*: Un an et demi après son lancement, le... https://t.co/Qf1FyGW1iJ https://t.co/P8YYlZPYdm
Vendredi 2 Décembre - 19:06
Angers Mag : #musique De Macao à Pergolèse,la riche actualité de l'ensemble Amarillis @Angers https://t.co/hAW8WkdOUw
Vendredi 2 Décembre - 10:46
Angers Mag : #Angers Le jour d'après #PSGSCO, le billet @LardeuxT. Comme quoi on peut supporter @SCO et admirer @ECavaniOfficial https://t.co/nA3Ivf5HEE
Jeudi 1 Décembre - 18:18
Angers Mag : Au musée des Beaux-Arts, l'énigme Peter Briggs: Jusqu'au 26 mars, le musée des... https://t.co/Ys4SmHHl6M https://t.co/4mARuYnceC
Jeudi 1 Décembre - 07:30







cookieassistant.com