Premiers Plans : Claude-Eric Poiroux ou le « cercle vertueux » de l’Europe

[Dossier] Premiers Plans, scène sans frontières 1/5


Rédigé par Tristan LOUISE et Yves BOITEAU - Angers, le Lundi 19 Janvier 2015 à 07:50


Patron des 400 Coups, il dirige également Europa Cinémas, le premier réseau international de salles à programmation majoritairement européenne. Claude-Eric Poiroux, le créateur et délégué général de Premiers Plans revient sur la vocation du festival qui est aussi la sienne.



Claude-Eric Poiroux, délégué général de Premiers Plans et directeur d'Europa Cinémas, est évidemment un Européen convaincu. Crédit photo : Yannick Sourisseau.
Claude-Eric Poiroux, délégué général de Premiers Plans et directeur d'Europa Cinémas, est évidemment un Européen convaincu. Crédit photo : Yannick Sourisseau.
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Les amateurs de cinéma sur Angers et les fidèles de Premiers Plans connaissent le cinéphile-cinévore prompt à promouvoir et, dès qu’il le faut, à défendre ce septième art qui nourrit sa vie.
Ils connaissent moins l’Européen convaincu, distributeur, producteur et exploitant, qui a toujours œuvré pour que la création cinématographique du Vieux Continent s’offre à un maximum de personnes.
« 
Cela fait vingt-cinq ans que je suis engagé à titre personnel et professionnel à l’échelle européenne, raconte Claude-Eric Poiroux, C’est quelque chose que j’ai ressenti très vite quand est né dans les années quatre-vingt-dix le programme MEDIA (1).
C’est un programme issu de l’Union européenne qui a donné une nouvelle dimension à nos métiers. Plutôt que de penser chaque pays séparément, c’était penser marché commun… au début avec dix pays, aujourd’hui avec trente. Au cœur du projet, il y avait la circulation des œuvres à travers l’Europe
 ».

A l’aube des années 90, le distributeur Claude-Éric Poiroux fonde à Hambourg, avec Dieter Kosslick, l’actuel grand patron du Festival de Berlin, le premier organisme de soutien à la distribution européenne.
Avec sa casquette d’exploitant, il imagine un système similaire pour les salles de cinéma, qui deviendra Europa Cinemas : « L’idée était un peu contre-nature : quel est l’intérêt de  rassembler une salle à Lisbonne, une à Stockholm et une autre à Manchester alors que ces salles de tout façon ne bougeront pas, à la différence d’un producteur, d’un distributeur ou d’un film ? Cette dissémination était un handicap et c’est devenu sa force. C’est l’équation suivante : plus vous êtes lié à un lieu, plus vous avez besoin de comprendre ce qui se passe ailleurs ».

Un maillage inédit en Europe

Ouvert aux salles indépendantes (une majorité) et aux Multiplexes, le réseau Europa Cinémas poursuit son objectif de « diversité » et de promotion d’une certaine vision de l’art cinématographique et de l’Europe. « Je me souviens d’un discours de Renaud Donnedieu de Vabres (ministre de la Culture de 2004 à 2007) à Budapest qui donnait Europa Cinémas en exemple et souhaitait que les librairies et les salles de concerts bénéficient de ce type de réseau en Europe. Cela ne s’est pas fait pour elles mais cela donne une image de la pertinence du projet. Et quand on parle diversité, on ne se limite pas à l’Europe. Les salles du réseau sont celles qui passent le plus de films asiatiques et africains. C’est un cercle vertueux. Et les gens ont envie qu’on leur propose de l’inconnu. Le cinéma reste un vecteur formidable pour découvrir le monde ».
« Quand on passe un film à Angers, il est vu par un nombre important de spectateurs et aussi par des gens du métier qui repèrent tous ces jeunes talents. »

Europa Cinémas pour le maillage, le festival Premiers Plans comme point lumineux ponctuel au milieu de cette toile : « Tous les cinéastes découverts à Angers ont des carrières plus ou moins importantes par la suite, mais ce qui est important avec ce festival reste son essence : quand on passe un film à Angers, il est vu par un nombre important de spectateurs et aussi par des gens du métier qui repèrent tous ces jeunes talents. On peut prendre l’exemple de François Ozon qui a présenté chez nous son premier court métrage. Fatih Akin, venu de Hambourg et que personne ne connaissait, est venu avec un long métrage. S’il s’agit de découvertes pour public, il s’agit pour ces jeunes artistes de pouvoir faire le pas suivant. Et comme vous le savez, la France n’est pas un pays anodin et fait partie des pays dans le monde à la pointe de la coproduction ».

Si Europa Cinémas permet la circulation des œuvres, Premiers Plans fait circuler les talents et les idées. En cette auberge espagnole foisonnante se sont construites des amitiés, nouées des relations professionnelles, nourris des projets. Et si beaucoup de festivals s’intéressent aux œuvres de jeunesse, Premiers Plans est le seul à ne proposer que des premiers ou deuxièmes films. Les regrettés Claude Chabrol et Patrice Chéreau en ont d’ailleurs profité : ils venaient pour découvrir un cinéma européen en train d’éclore. « Cette alchimie de Premiers Plans qui mêle nouveautés, proximité, et je parle là du côté physique, chaleureux, effervescent, est, je pense, unique ».
(1)Acronyme de Mesures pour Encourager le Développement de l'Industrie Audiovisuelle.

« Leçons d'harmonie » d’Emir Baigazin (Kazakhstan) a reçu le Grand Prix du Jury en 2014. Neuf longs métrages européens sont en lice pour lui succéder cette année.
« Leçons d'harmonie » d’Emir Baigazin (Kazakhstan) a reçu le Grand Prix du Jury en 2014. Neuf longs métrages européens sont en lice pour lui succéder cette année.
Europas Cinémas, c’est quoi ?

Un réseau de près de 1200 salles, répartis dans 69 pays et plus de 680 villes – pas seulement en Europe, mais dans le monde entier - représentant un total 3 194 écrans.
Dès son origine, ses créateurs se sont fixé des objectifs sous forme de quotas - 50% de programmation européenne et 25% de programmation non nationale - pour marquer leur exigence et leur identité. Dit autrement, « une séance sur deux de cinéma européen et une sur quatre, de cinéma extérieur au pays du diffuseur : c’était un vrai challenge », se remémore Claude-Eric Poiroux.
Un défi réussi. 22 ans après sa création, Europas Cinémas affiche un pourcentage de programmation européenne de 60% quand ce taux ne dépasse pas 25% sur l’ensemble du marché de la diffusion cinématographique en Europe. Mieux, la programmation non nationale y a grimpé à 35% quand elle plafonne à 8-10% pour l’ensemble des diffuseurs européens.
 
En chiffres

1700.
 Le nombre de premières œuvres européennes projetées en compétition officielle depuis le lancement de Premiers Plans en 1989.
 
6. Le nombre de Grands Prix attribués à la Russie, pays le plus titré par les jurys du festival. Preuve que ces derniers voient l’Europe en grand, ils ont couronné aussi trois fois la Turquie, qui se partage la deuxième marche du podium avec la Belgique. Paradoxalement, aucun jeune cinéaste français n’a reçu cette distinction à Angers, jusqu’à la création d’un Grand Prix spécial longs-métrages français en 2010.












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