Premiers Plans : Des lycéens s'entretiennent avec Rok Bicek, réalisateur de Class enemy

Le festival vu par ... les élèves du Lycée Auguste et Jean Renoir à Angers


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Samedi 25 Janvier 2014 à 14:24


Au sortir de la projection de Class enemy, en compétition, samedi 18 janvier dernier, Adrien et Margaux, élèves de seconde du lycée Renoir ont pu obtenir une interview de Rok Bicek son réalisateur slovène. Le film raconte les réactions violentes d'une classe après le suicide d'une élève. Rencontre entre un jeune réalisateur et des jeunes, touchés par l'histoire de Class Enemy. L'entretien s'est déroulé en anglais, les élèves ont assuré la traduction.



Premiers Plans : Des lycéens s'entretiennent avec Rok Bicek, réalisateur de Class enemy
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Quand avez-vous été pris par la passion pour le cinéma ?
J’étais dans le groupe de théâtre du lycée et je voulais devenir acteur, quand j'ai participé à un genre d’atelier où il y avait des acteurs professionnels, car je voulais prendre un peu de leur expérience. Mais finalement, j'ai fini comme réalisateur d’un des courts-métrages qui furent tournés. C'est comme ça que j'ai commencé à travailler dans le domaine du cinéma.

Quelles études avez-vous faites ?
Je fréquentais la seule école de cinéma qu'il y a en Slovénie. C'est une très petite école : je n'avais qu'un camarade de classe et deux professeurs en un an. Avec mon film de diplôme Duck Hunter, je suis allé dans une ville près d'ici, à Poitiers, au festival de cinéma, et c’est ainsi que ça a commencé.

Quel genre d'élève étiez-vous quand vous aviez l'âge de ceux de votre film ?
J'étais au lycée, et je n'étais pas un très bon élève !

A quel personnage du film ressembliez-vous ?
(rires) J'étais DJ au lycée, mais je n'étais pas un DJ aussi cool que celui du film ! C’est pour cela que ce n'est pas autobiographique.

Ce n'est pas un film autobiographique mais vous avez quand même vécu la mort d'une de vos amis...
Eh bien, quand j'étais en première année, une fille du groupe de théâtre s'est suicidée, après cela, la rébellion commença. Ses camarades de classe ont mis des bougies sur les escaliers et ils ont fait cette émission de radio... J'ai moi-même vécu cela, mais je n'étais pas dans la classe où c'est arrivé : j’ai assisté à ces évènement comme observateur.

Et nous voulions savoir pourquoi le professeur est un professeur d'allemand, et pas de mathématiques, de slovène...
Parce que c'était... Euh... Parce que si vous avez un professeur d'allemand, les élèves pouvaient facilement l'accuser d'être nazi, et on pouvait utiliser l’œuvre de Thomas Mann et... Parce que dans ses citations, dans son sujet, le professeur parle de Thomas Mann : ça traite beaucoup de la vie et de la manière de surmonter ce suicide. S’il parlait de mathématiques ce ne serait pas aussi bien ! Je ne pense pas que tous les pays qui ont connu l'Occupation Allemande aient ce problème : que si quelqu'un en position de force leur parle allemand, il est immédiatement qualifié de nazi. C'est dans notre mémoire... nos vieux souvenirs. Ce n'est pas juste pour les allemands, mais c'est comme ça, donc je voulais utiliser ce problème dans mon film.

On a remarqué que l'esthétique de Class Enemy était très travaillée, très réfléchie : pourquoi avez-vous toujours choisi des couleurs froides (comme le blanc, le bleu) ?
Eh bien, je voulais créer l'atmosphère avec les couleurs, pas seulement avec le décor ou le jeu d'acteur : avec des costumes et la palette chromatique aussi. Je voulais donner cette atmosphère froide du système scolaire et c'est pour cela que j'ai utilisé ces teintes. D'autre part, les seules choses chaudes sont les visages humains. Donc tout est froid, sauf les visages des personnages.

C'est pour cela aussi que vous avez utilisé une lumière blanche, qui rappelle les hôpitaux ?
Oui. Et on a aussi repeint le mur de la classe pour obtenir un plus gros contraste entre la peau et l'arrière plan. Car à l'origine, dans cette école, les murs sont jaunes, et on les a peints en violet-bleu. On avait ainsi de plus grands contrastes.

On a vu aussi que le cadre bouge sans arrêt. Est-ce intentionnel de ne pas utiliser de pied ?
C'était une caméra à l'épaule. Je ne sais pas... On voulait obtenir cet effet de film documentaire. Tout était prévu ! Je dirigeais les acteurs comme s'ils étaient dans un documentaire, donc j'ai aussi utilisé la caméra dans cette optique-là.

Il y a toujours de très longs silences dans vote film, avec seulement le bruit de pas sur le parquet, des stylos sur le papier... Que signifient ces silences pour vous? A quoi servent-ils ?
Ils essaient de donner une atmosphère tendue. Parfois, on peut dire beaucoup seulement avec des silences, sans parler. On peut montrer bien plus. C'est juste la manière dont j'ai choisi de raconter mon histoire.

Est-ce compliqué d'écrire une séquence drôle dans une histoire dramatique ? Par exemple, la rencontre avec les parents d'élèves.
C'est drôle pour vous ?

Oui ! En fait, ils ont des caractères différents...
(rires) Certains profs ont dit que c'était très réaliste, en Slovénie ! Pour eux ce n'est pas drôle ! En fait, on a essayé d'être le plus réaliste possible, mais on a choisi d'avoir des scènes amusantes en même temps. On a besoin de quelques scènes drôles, car si vous n'aviez pas ces moments amusants, alors celles plus dures le paraîtraient moins ! Si vous avez quelque chose de marrant, de relaxé avant quelque chose de plus triste, c'est plus efficace, vous voyez. Si vous souriez à un moment, la fois d'après, vous pourrez être en train de pleurer ! Oui, c'est plus efficace.

Au début du film, on voit que les élèves sont très proches de leur première professeur d'allemand, comme des amis. Les élèves slovènes sont-ils vraiment comme cela avec leurs professeurs ?
Ça dépend ! Ça dépend de quel genre de professeur c'est. Certains sont vraiment proches avec les élèves : ils fument des cigarettes ensemble... Vous savez, j'avais un prof de philosophie et nous fumions avec lui. (rires). En revanche, j'ai eu aussi un professeur de maths qui était comme celui du film : il nous faisait peur !

Ce n'est jamais comme ça en France... On ne fume jamais avec nos profs !
Jamais ?

Non. Où avez-vous trouvé tous ces jeunes acteurs, qui sont vraiment bons ?
Ils étaient tous vraiment des lycéens, et je les ai cherchés dans différents lycées : j'allais d'une classe à l'autre... Je les cherchais, comme un chasseur !

Igor Samobor et Nataša Barbara Gračner sont plutôt célèbres en Slovénie...
Oui, ce sont les plus grands acteurs en Slovénie !

...comment les avez-vous convaincu de tourner dans votre premier long-métrage ?
Hmm... J'avais travaillé avec Nataša sur des projets précédents, donc je la connaissais d'avant. Mais je ne connaissais pas Igor, c'est pour ça que c'était un petit peu délicat parce que le rôle avait été écrit pour lui, et on ne savait pas s'il l'accepterait.

Mais il l'a accepté !
En effet ! Il a vraiment beaucoup aimé le scénario mais il n'avait pas de temps pour ce film. Il était sur le point de l'annuler car il tournait autre chose à cette période. Mais heureusement, finalement, son projet fut annulé, donc il avait le temps, et il s'est dit « Oh ! Je peux faire Class Enemy »... Par chance on l'a eu pour le rôle !

Au final, qui est la véritable victime de Class Enemy ? Le professeur d'allemand, les élèves, ou Sabina,... ?
(rires) Je ne sais pas... J'ai réussi à éviter de donner une réponse dans mon film, donc je vais faire pareil maintenant : je ne répondrai pas à cette question, à vous de voir !

Et pour vous, le professeur d'allemand est-il bon ou mauvais ?
Il n'y a pas de méchant ou de gentil. Personne n'est ni tout noir, ni tout blanc ! Oui, c'est à vous de voir ! C'est un privilège, vous savez, que je vous donne cette position !

Quel aspect préférez-vous dans votre métier de réalisateur ?
(silence) Euh... Vous avez des questions difficiles ! (rires) Je ne sais pas... De pouvoir construire son propre univers ! Et j'apprécie de travailler avec des acteurs : c'est la plus belle des choses, de modeler des personnages !

Vous avez déjà gagné 7 prix avec Class Enemy à Venise. Avez-vous été surpris ?
Oui, ç'a été une surprise énorme pour nous d'être sélectionnés à Venise ! Car c'est mon premier long, et personne ne connaissait rien de ce film auparavant, et quand ils nous ont sélectionnés, on a été vraiment surpris. On était heureux, mais surpris ! «Merde, on va à Venise ! » Ça a été une première vraiment bien : c'était un peu semblable à votre projection. Et après la projection, les gens sont restés debout à applaudir pendant cinq minutes, on était étonné : « Bordel, qu'est-ce qui se passe ? »

Hier, je me demandais si les gens se lèveraient, mais non, finalement.
Je n'étais pas dans la salle hier, donc je ne sais pas.

Et ici, à Premiers Plans, si vous gagniez une récompense laquelle préfereriez-vous entre le Prix du Public et le Prix du Jury ?
Je ne sais pas combien de prix vous avez... Je ne sais pas quel genre de récompense vous avez, je ne me suis pas renseigné.

Il y a le Prix du Public, et celui du Jury.
Ah, d'accord ! Eh bien... La plus grande des récompense c'est que les gens soient touchés par le film, assis là dans le silence, et y penser encore une semaine après. C'est la meilleure chose qui puisse arriver à un réalisateur ! Les prix sont biens parce qu'ils peuvent vous aider à faire un prochain projet, mais autrement, on n'est pas aidé par ce prix. C'est une statue, ok, c'est bien, mais vous voyez, le seul but, la seule chose bien de ces prix, c'est qu'ils peuvent vous aider à réaliser vos projets, à avoir des distributeurs…

D'ailleurs, quels sont vos projets pour le futur ?
Je suis en train d'écrire un documentaire, et je vais le finir en fin d'année. En même temps, je travaille sur mon prochain long, j'essaie d'écrire un scénario ; car ce documentaire est un genre de « projet-pont », entre Class Enemy et mon prochain long. Car c'est important pour un réalisateur de faire quelque chose tous les jours.

Interview et photos : Adrien et Margaux












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