Premiers Plans : John Boorman, la classe cinéma


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le 24/01/2013 - 07:06 / modifié le 24/01/2013 - 07:06


Invité d'honneur du festival Premiers Plans d'Angers, le cinéaste britannique y enchaîne interviews et rencontres avec une formidable disponibilité, depuis son arrivée. À 80 ans, il s’apprête à tourner la suite de « Hope and Glory » et reconnaît rester "accro" au 7er art.



Premiers Plans : John Boorman, la classe cinéma
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Angers-Mag : Comment êtes-vous tombé dans le cinéma ?

John Boorman : "J’ai commencé par le documentaire. Je travaillais pour la BBC. Mes films parlaient toujours des gens. Mais j’étais un peu frustré par le genre : le documentaire a ses limites, la porte y est toujours fermée. J’ai donc commencé à dramatiser mes documentaires. Et comme cela a plu, j’ai poursuivi avec ce mélange de doc et de fiction."

Angers-Mag : Vous avez abordé tous les genres dans votre œuvre : le western, le thriller, le drame, le film historique… Quel fil rouge se dégage de cette geste hétérogène ?

John Boorman : "Ma propre curiosité. Après la sortie du « Point de non retour », on m’a demandé de faire des films similaires. Mais moi, je voulais faire des films qui piquaient ma curiosité, et surtout pas me répéter."

Angers-Mag : Très rares sont les cinéastes européens qui, à l’époque du Point de non retour (1967), ont tourné aux États-Unis. Comment y êtes-vous parvenu ?

John Boorman : "J’ai rencontré Lee Marvin, l’acteur principal, à Londres, au moment où il tournait Les 12 Salopards. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Il était traumatisé par son expérience de la guerre, brutalisé par cette expérience. C’est l’histoire de ce film : celle d’un personnage et d’un homme, Lee Marvin lui-même, qui a perdu son humanité."

"Tarantino vit dans sa bulle de cinéphile... et ce n'est pas mon cas"

Angers-Mag : Il y a dans tous vos films l’idée d’une quête. Vos personnages sont en quête spirituelle. Est-ce le cas pour vous quand vous filmez et où vous a-t-elle emmené ?

John Boorman : "Mais ici, à Angers ! (rire) Oui, dans un sens, mon esprit est toujours lié à celui de mes personnages. Alors c’est aussi pour moi une sorte de quête spirituelle que de raconter des histoires."

Angers-Mag : Faire un film, est-ce toujours selon vous interroger aussi le cinéma ?

John Boorman : "L’acte de faire, c’est se lancer dans un débat sur la nature du cinéma. Être cinéaste, c’est créer une relation avec le cinéma qu’il faut sans cesse interroger. Le cinéma américain, lui, suit des formules que le public attend. Il est donc souvent limité."

Angers-Mag : Dans une récente interview, Quentin Tarantino citait Délivrance en référence. Tarantino, l’image du cinéphile compulsif : faut-il l’être pour devenir un bon réalisateur ?

John Boorman : "Non, ce n’est pas nécessaire. C’est même un peu dangereux d’être trop éloigné de la vie. Tarantino vit dans sa bulle de cinéphile… et ce n’est pas mon cas."

Angers-Mag : La plupart de vos œuvres abordent le sujet de la nature. Quel regard portez-vous sur elle ?

John Boorman : "Je m’intéresse à la façon dont l’être humain s’est détaché de la planète. Or, nous faisons partie de la nature, et cette séparation provoque des névroses. Et cette nature est riche de symboles. J’ai eu cet immense privilège de tourner dans la plus belle forêt du monde pour La forêt d’émeraude. Elle est d’une splendeur inouïe, mais chaque plante, chaque animal peut vous tuer !"

Angers-Mag : Il y a aussi cette omniprésence du mythe dans vos films ?

John Boorman : "Une bonne narration est basée sur les mythes. À chaque film que je fais, il y a le mythe d’Arthur qui me guide. Un mythe est une histoire que l’on raconte, que l’on retourne sans cesse et qui pourtant garde toujours sa puissance."

"Le cinéma peut changer un destin individuel"

Angers-Mag : Le cinéma peut-il changer le monde ?

John Boorman : "Un jour, une femme m’a arrêté dans la rue pour me dire qu’après avoir vu La forêt d’émeraude, elle avait décidé de s’engager auprès des peuples indigènes. Le cinéma peut changer un destin individuel, peut-être une rue… peut-être un monde…"

Angers-Mag : Vous êtes sur un nouveau projet. Pouvez-vous nous en parler ?

John Boorman : "J’ai eu 80 ans cette année et j’aurais pu rester tranquillement au coin du feu. Mais on devient accroc à la réalisation et c’est un grand privilège de faire un film. J’écris la suite de Hope and Glory. Le tournage devrait commencer début avril."

Angers-Mag : Ici, à Angers, beaucoup de jeunes voient et applaudissent vos films. Quel sentiment ?

John Boorman : "C’est tout à fait gratifiant de voir que des jeunes aiment des films tournés il y a quarante ans ».

Angers-Mag : Enviez-vous les jeunes cinéastes qui font leur premier film ?

John Boorman : "Non, car il est beaucoup plus difficile de faire des films et de les faire distribuer aujourd’hui. Je ne les envie pas du tout !"



















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