Premiers Plans : Le cinéma militant de Gérard Mordillat


Rédigé par - Angers, le 23/01/2013 - 08:07 / modifié le 23/01/2013 - 09:03


Fils de cheminot, écrivain et cinéaste, Gérard Mordillat qui participait hier, dans le cadre du Festival Premiers Plans, à un débat sur l’homme au travail, aurait pu tout à fait s’engager dans le syndicalisme ouvrier. Il a préféré militer à l’écran ou dans ses livres où il peut dénoncer à souhait le cynisme des patrons ou celui des banquiers. Son dernier film, « Le Grand Retournement », un pamphlet à charge contre le monde de la finance sort aujourd’hui en salle.



Jérome Clément (à gauche) et Gérard Mordillat, lors du débat organisé ce mardi dans le cadre du Festival Premiers Plans
Jérome Clément (à gauche) et Gérard Mordillat, lors du débat organisé ce mardi dans le cadre du Festival Premiers Plans
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En voici un qui n'envoie pas dire ce qu'il a envie de dire. Toujours très engagé, Gérard Mordillat met en scène, à l’instar d’un certain Jean Baptiste Poquelin, les événements qui font l’actualité de son époque, ou de celle qui va suivre. Car Mordillat, à force de décortiquer l’homme au travail et le monde de la finance, nous fait deviner ce qui pourrait se produire si d'aventure nous manquons de vigilance.

Dans « le Grand Retournement » qui sort en salle aujourd’hui, on n’évoque plus les frasques du roi (quoique), mais plutôt le cynisme des banquiers et la soumission de l’État à travers des dialogues subtils et citoyens déclamés en alexandrins, le tout servi par des acteurs de renom comme François Morel (ex Deschiens), Édouard Baer, ou encore Jacques Weber. Question d’époque.

L’homme, que l’on peut entendre sur France Culture dans le Club des Papous, dont un certain Jérôme Clément, le directeur du festival est aussi membre, n’en est pas à son premier coup d’essai. « La Voix de son maître », une de ses réalisations sur le management et le discours patronal était déjà , en 1979, une analyse au scalpel de la société qui permettait de comprendre avec quel manichéisme les patrons des grandes firmes, IBM,entre autres, sacrifiaient déjà les employés sur l’autel de la production.

« J’étais un peu en avance sur mon temps. A l’époque il y avait encore des directeurs du personnel, aujourd’hui on parle de ressources humaines, c'est-à-dire que l’homme n’est qu’une quantité négligeable », expliquait hier, à Angers, Gérard Mordillat. « Ce qui a changé aujourd’hui c’est que l’on ne parle pas de projet industriel, mais de profit ».

Les dirigeants des grandes entreprises, mais aussi l’État ne semblent pas parler la même langue que le reste de la population, c'est ce qui intéresse Mordillat. « Selon une idée reçue, le peuple ne peut pas comprendre le langage économique. C’est un discours idéologique que nous pouvons tout à fait comprendre ».


« Le discours des grands de ce monde est théâtral »

Premiers Plans : Le cinéma militant de Gérard Mordillat
« Le Grand Retournement » qui servait de fil conducteur au débat est tiré d’une pièce de Frédéric Lordon, écrite entièrement en Alexandrins, « un outil moderne pour s'assurer une capacité d'écoute aiguisée de la part du public », selon Mordillat.

« Aujourd’hui nous sommes victimes d’un vocabulaire issu de la propagande néo-libérale, à droite comme à gauche. On ne parle que de coût du travail, comme si le travail coûtait sans jamais rapporter d’argent et le plan de licenciement devient le plan de sauvegarde de l’emploi. Nous sommes prisonniers de ce langage ». Les ouvriers et syndicalistes présents dans la salle ont apprécié la rhétorique. Ils se sont amusés de l’extrait, tellement vrai, du film « La voix de son maitre », ils devraient aimer « Le Grand Retournement ».

« Le théâtre (puis le film) permettent de mettre en pièce ce langage », s’enflamme Mordillat, qui se définit comme un auteur Lénino-Shakespearien. « Mais le discours des grands de ce monde est le plus souvent théâtral, alors nous ne sommes pas si éloignés ».

Pour le réalisateur, ce film à petit budget ne pouvait pas, compte tenu du sujet, être financé par des grandes sociétés. C’est la productrice déléguée Véra Belmont qui s’est investie dans le projet. « Elle est allée chercher son argent à la banque et les acteurs, rétribués au « tarif syndical » ont également participé. Même le film est aujourd’hui distribué de manière militante ».

Tourné en quelques jours, dans une usine désaffectée, dans un quasi huit-clos avec de grands comédiens tout de même, ce film apporte un éclairage certain sur la crise économique que nous traversons. « Il fallait de l’énergie et de la conviction pour tourner un tel film », ajoutait Jérôme Clément.

Le film est présenté ce jour dans 30 salles françaises, dont les 400 Coups à Angers. « Je vous invite à voir ce film et surtout à lire, même si parfois une certaine presse, consentante, est du côté des patrons ».

Synopsis du Grand retournement :

C'est la crise, les banques s'effondrent, le crédit se contracte, les actifs sont pourris et le système est au bord de l'implosion. Le scénario tente alors de retracer, alliant prétention historique et comique de la satire, ce qui a conduit les banques à réclamer l'aide de l’État, pourtant si honni, le plongeant dans la spirale de la dette et de l'austérité pour mieux l'attaquer.




Yannick Sourisseau
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1.Posté par Barreau le 23/01/2013 22:17 | Alerter
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