Premiers Plans : à mi-parcours, les critiques pleuvent toujours


Rédigé par Ateliers d'écriture Premiers Plans - Angers, le Mercredi 27 Janvier 2016 à 14:00


Pendant toute la durée du festival, Angers Mag relaie les articles publiés sur la plateforme des blogueurs cinéma. Ces ateliers animés successivement par Morgan Pokée et Gwenn Froger, permettent aux 15-30 ans d’aiguiser leur regard critique et d’affiner leur style. Associés à ce collectif, les élèves de seconde du Lycée Renoir, encadrés par leur enseignante, Anne Loiseau, y publient également leurs articles. Zoom sur la compétition.



"High Point" d'Emil Trier, "un portrait subtil de générations qui s'opposent".
"High Point" d'Emil Trier, "un portrait subtil de générations qui s'opposent".
la rédaction vous conseille
Ô Vieillesse ennemie
High Point, Emil Trier (2014) - Compétition Courts métrages européens
 
La jeunesse. Un thème classique du cinéma et de l'art en général. Si rebattu qu'on peut se demander comment encore y apporter un regard neuf. Heureusement, pour son premier court métrage, Emil Trier ne choisit pas la facilité et nous offre plus qu'une simple étude de la jeunesse, mais un portrait subtil de générations qui s'opposent, et au final se fuient.
 
On suit donc le parcours de deux amis longtemps perdus de vue, Christian (Christian Rubeck) et Erland (Glenn Erland Tosterud). L'un, considéré comme un fils prodigue, est devenu un brillant employé de l'ONU, tandis que l'autre stagne dans un emploi de vendeur dans un magasin de disques. Ensemble, ils partent de soirées en soirées à la recherche du jeune frère de Christian, Terje ( Oscar Westerheim), qui s'est enfui à la veille de son départ pour les Etats-Unis.
 
Issus du monde du clip, Emil Trier réalise en 2006 et 2009 deux documentaires (Brettkontroll et The Norwegian Solution) qui reçurent un bon accueil critique et furent récompensés dans de nombreux festivals. Cette influence du documentaire, irrigue largement le film. Le réalisateur nous dresse ainsi le portrait complet, que ce soit de manière frontale (comme pour Christian et Erland) ou en filigrane (comme avec les différents points de vue des jeunes glanés au fil du film), de différentes générations. Les uns cherchant à retrouver leur jeunesse perdu, les autres fuyants l'arrivée de l'âge adulte. La jeunesse est ici avant tout un idéal auquel tous les personnages restent (à différents niveaux) accrochés. C'est une période de liberté pour les jeunes, d'opportunité d'épanouissement professionel pour Erland, qui souhaite reprendre ses études et considère que l'on est étudiant (et de facto, jeune) tant qu'elles ne seront pas finis. Ou encore une période de regret pour Christian, qui n'a jamais vraiment vécue sa jeunesse, trop occupé dans ses études. Le récit alterne ces différentes visions, croisant les regards de personnages qui ne se comprennent pas mais dont le trait commun est de ne pas accepter la vieillesse. En témoigne le comportement des jeunes, qui ne veulent pas vieillir, ou Christian, qui, malgré les demandes (répétés) de son père, remet à plus tard la question de la paternité, symbole ultime de la fin de la jeunesse.
 
Cette mélancolie dans la narration et les thématiques est accompagnée par un cachet visuel efficace. Si les influences clipesques du réalisateurs sont clairements palpables au cours du film (lors des scènes en soirées notamment), celui-ci ne se départit pas de plans plus contemplatifs, posés (voir un peu poseur), à l'esthétique travaillée et aux jeux sur les lumières et les couleurs très prégnants.
Le travail sur le son est également très recherché, que ce soit la B.O (excellente) ou l'usage fait des silences. Si cette maitrise n'est pas surprenante venant d'un cinéaste issus du clip, ce travail offre une profondeur supplémentaire au court métrage.
 
Les acteurs ne sont pas en reste. Ceux-ci sont tous excellents, à commencer par Christian Rubeck, qui campe un personnage un peu coincé, mais qui se révèle de plus en plus attachant au fur et à mesure de la progression du récit et que l'on découvre son passé. Glenn Erland Tosterud (qui joue Erland), offre également une prestation intéressante, Du rôle de sidekick qui lui est initialement attribué, celui ci évolue en un personnage plus profond, qui se cherche. Enfin, Oscar Westerheim (qui intérprète Terje) sort également du lot. Bien que peu présent (malgré le fait que son personnage sois le moteur du récit), le jeune acteur réussi à donner corps aux tourments et aux doutes de son personnage, et ce malgré une présence à l'écran assez réduite.
 
Le réalisateur ne choisis pas non plus la facilité dans le ton de son film. Là où il aurait été facile de tomber dans un portrait dramatique (voir pathos) des tourments des personnages, le cinéaste contrebalance cette mélancolie ambiante à l'aide de pointes d'humour bienvenues (en témoigne la scène où Christian skype avec un de ses ancien "ami"), sans pour autant amoidrir la portée de son propos. Emil Trier prouve donc que sur un sujet aussi vieux que la jeunesse, on peut encore offrir un regard neuf. 
 
Alexandre Bougreau

Premiers Plans : à mi-parcours, les critiques pleuvent toujours
Lumière de lampadaires
Corka, Tomasz Wolski (2015) - Compétition Courts métrages européens
 
Corka, fille en polonais. Fille perdue, enfuie, la retrouver.

Sur une trame de film policier, Tomasz Wolski nous emmène dans une recherche nocturne à des endroits excentrés de Varsovie. Un hôpital, de hauts immeubles, la route d'un périphérique. Une ambiance conflictuelle entre une mère et sa fille qui ne se parlent plus depuis des années, et la fille de la fille qui ne rentre pas, trois générations imbriquées. Pour retrouver Weronika, en fuite, sa mère doit malgré elle s'adresser à sa propre mère. Le silence a du mal à se rompre tant dis que l'amertume est bien là sous la peau. Leurs peaux pâles, marquées par la vie. Des visages de femmes fatiguées pour un jeu d'actrices très juste.

C'est dans un éclairage fait de néons, de phares et de lampadaires que les images sont capturées. L'obscurité des liens entre les personnages est alors clairvoyante, elle se saisit à travers l'image, mais l'ambiance pesante est loin d'être indigeste pour le spectateur. Certaines répliques ou courtes situations amènent même le sourire. Cette histoire emprunte de douleur est racontée dans une belle dynamique qui sait adoucir le drame.
 
Corka est le premier court métrage de fiction de Tomasz Wolski, un travail délicatement surprenant  pour une première expérience.
 
Léa Gautier

Le garçon et l'orage
Montanha, João Salaviza (2015)
 
Montanha s'avère être une fresque atmosphérique. Les états du jour et de la nuit deviennent des conditions sentimentales. Le temps glisse pour enchaîner quelques jours de la vie d'un adolescent, à l'aube d'une passation de pouvoir. Le grand-père, déjà disparu, se meurt à l'hôpital, où David refuse de lui rendre visite.
 
Cette résistance est bien le propos du jeune réalisateur João Salaviza, qui livre dans ce premier long métrage un univers tout en suspension. Suspendu entre deux âges, deux temps, le jour et la nuit comme dimensions opposées, pesante ou libératrice. S'associe à ces états l'accablante chaleur signifiée par la ventilation constante, propice à la léthargie. Une condition d'inaction, où les corps (en particulier celui de David) persistent dans leur fragilité et leur fraîcheur, contre une mue imminente. A cette résistance répond progressivement l'abandon de la nuit, où cette fois-ci, les corps s'activent et se mêlent dans les débuts d'une sexualité.
 
David Mourato, l'interprète éponyme, incarne cette dualité infantile et virile, accompagné de Rafa : ils jouent aux hommes, et crachent comme des gamins. Leur vol, le comportement de David face à l'école, ne sont que de fausses tentatives d'émancipation, qui les ramènent encore plus violement dans leur puérilité. Peut-être sont-ce finalement des actes volontaires. Actes d'isolement, là où les premiers pas dans la société s'imposent.
 
L'appartement maintenant vide, marque particulièrement ce repli - il surplombe la ville, d'où elle n'est qu'à peine perceptible. Dans cet espace restreint, la photographie génère une somme d'interactions entre extérieur et intérieur. La lumière produit cette interpénétration entre les rayons du soleil qui semblent peser sur David pour le contraindre à l’intimité du foyer, et les lumières plus froides de la nuit, qui au contraire l’appel à s’évader dans la fête. L’ensemble produit cette tension, où l’air chargé en électricité maintient David suspendu entre ce qu'il connaît et ce qu'il devra découvrir.
 
Finalement la dernière injonction du garçon, « Dors », prononcé à sa mère, marque l'assumation du nouveau rôle, et la lumière matinale qui baigne la pièce témoigne d’une accalmie.
 
La force de la mise scène repose sur le transfert - l’atmosphère ambiante de Montanha parvient à déborder de l’image et conditionner l’audience. L’accablante pesanteur est partagée au-delà de la fiction, au service d’une dimension encore plus immersive.
 












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