Premiers Plans : avalanche de critiques


Rédigé par Ateliers d'écriture Premiers Plans - Angers, le Mardi 26 Janvier 2016 à 18:00


Pendant toute la durée du festival, Angers Mag relaie les articles publiés sur la plateforme des blogueurs cinéma. Ces ateliers animés successivement par Morgan Pokée et Gwenn Froger, permettent aux 15-30 ans d’aiguiser leur regard critique et d’affiner leur style. Associés à ce collectif, les élèves de seconde du Lycée Renoir, encadrés par leur enseignante, Anne Loiseau, y publient également leurs articles. Zoom sur la compétition.



la rédaction vous conseille
The Wednesday Child, Lisa Horvath (2015) - Longs métrages européens

En boucle
 
L'oeuvre de Lili Horvath trace, à travers The Wednesday's Child, le parcours de Maya, 19 ans, dans son combat pour récupérer son fils placé en orphelinat. Le jeu de l'actrice est placide, et dès les premières minutes, on saisit chez la jeune femme un rapport d'autorité fort avec ce qui l'entoure. Sans repère, issue de l'orphelinat où se trouve maintenant son propre fils, elle peine à trouver sa place dans une société puissamment patriarcale.
 
On comprend rapidement que la tentative du film est aussi celle de Maya : s'extraire d'un cycle. Ses seuls déplacements la relie de l'orphelinat aux services sociaux qui l'emploient pour le ménage, à son logement dans une banlieue hongroise. Cette trajectoire est marquée par une linéarité récurrente. De même que ses rapports humains la contiennent dans un environnement connu et restreint, on pense à la directrice de l'orphelinat qui l'a toujours connu, et à Krisz avec qui elle partageait sa chambre dans la même institution. L'écriture de Lili Horvath place les conditions de cette acceptation entre les mains de son personnage principal.
 
L’interprétation de Vecsei Kinga (Maya) offre alors une gamme discrète d'émotions qui permettent les premières dérives attendues par le spectateur. Face à une nouvelle figure masculine, elle s'effrite progressivement et laisse entrevoir des ouvertures. Malgré cela, porté maintenant par cet homme qui lui sert sur un plateau les clefs de son avenir, on regrette que le personnage de Maya ne témoigne jamais réellement de son désir d'évasion. Entre Krisz, qui la retient dans cette ronde malsaine, et Janos, qui cherche à l'en faire sortir, le combat manque de crédibilité et les choix de Maya demeurent incompréhensibles. Une attitude qui servira la fiction d'une première partie mais qu'on aimerait voir se construire par la suite.
 
Lorsque Janos l'emporte finalement et devient son amant, éclate enfin le cercle qui soumettait Maya sentimentalement au seul homme connu de sa vie. S'en suit un volte face légèrement raccourci (on parle de quelques scènes) qui fait re-rentrer Krisz dans sa vie pour enfin nous dévoiler leur profond attachement à travers l'évocation d'un souvenir d'enfance. Le va et vient sentimental perd en rigueur, et ce qu'on devine comme une situation conflictuelle pour Maya ne sert en fait de ressort que pour la fin du film.
 
Enfin Lili Horvath nous ramène à la première scène de son film, Krisz a poignardé Janos. Le contre-champ initial (cadré sur Maya) nous donne maintenant a voir l'action à travers ses yeux. Janos, entre la vie et la mort, est embarqué dans une ambulance, son destin reste indéterminé. La boucle évidente nous laisse finalement sur cette incertitude, et l'éventuelle disparition de celui qui à rompu ce cycle renforce les éléments du doute.
 
La seul porte qui s'ouvre, vient du fils retrouvé, enfin sortit de son mutisme. Il incarne cette trajectoire vers l'avenir dans le schéma fermé de Maya, en s'inscrivant comme un nouveau repère affectif pour elle.
 
Une fin à retors d'où le destin de la jeune femme reste en suspend, car même si les faits laissent croire à de nouvelles perspectives la concernant, son combat n'aura pas su convaincre au-delà des événements qui s'enchaînent en sa faveur. L'arrivée du générique nous renverra plus facilement en arrière, dans une tentative de légitimisation, plutôt que vers l'avant (et l'avenir de Maya) à travers une portée réflexive. 
Jérémy Saint-Léger

Un désastre un peu raté
 
Dans son premier long métrage, Lili Horvath, jeune réalisatrice hongroise, raconte l'histoire de Maja, une jeune mère au franc-parlé de 19 ans. Son fils « muet » de 4 ans est à l'orphelinat , comme elle le fut elle aussi. Elle décide subitement par violence de se prendre en main, et de tout faire pour obtenir la garde de sa progéniture aphone. Par chance, Jonas, un assistant social, désire l'aider pour la création d'une petite entreprise de laverie. Il tombera amoureux, et puis elle aussi. Mais Krisz, le père de l'enfant, lié irrémédiablement à elle depuis l’orphelinat, s'interpose à ce rêve.
 
La première scène nous présente l’héroïne dans une voiture de police, en larme, en douleur. Un policier lui demande son nom, prénom, date et lieu de naissance. Pour la dernière question, un simple « je ne sais pas » tiraillé par le son de sa voix est dit deux fois. Un « je ne sais pas » pour le policier sur les événements qui viennent de se dérouler, un autre « je ne sais pas » sur sa vie adressé au spectateur. S'en suit donc, pendant toute la durée du film, un long retour en arrière sur le comment de ce désastreux accident : le meurtre de Jonas par Krisz.
 
Nous avons là un film insipide. Insipide parce que remplit de clichés - qu'ils soient établis ou contestables, ils auront toujours l'air de sonner un peu creux ou un peu vide. Krisz (personnage cliché du film) n'est que la représentation du vulgaire voyou que l'on voit à la télévision, le type à l'enfance malheureuse, le petit caïd inintelligent des rues qui volent les radios des voitures. Finalement on sort de la séance avec un sentiment d'avoir été abusé par un regard trop sociologique et la tête partiellement pleine de clichés comme si on avait regardé les infos à la télé.
 
C'est ce trop-plein de vouloir être réaliste dans son sujet qui empêche le film de dire des choses. Un film qui se veut trop réaliste manque bien souvent de vérité, car il ne suffit pas de filmer des actes, des actions avec un espèce de copié-collé conforme d'un certain réel pour retrouver la vérité des émotions. Dans la vie, rarement les mots sont en harmonies avec les lieux, parfois ils sont même en totale opposition, et c'est cela qui est très beau, qui fait très vrai : toute la fragilité, l'incohérence de la vie. Ici les personnages, excepté celui de la belle Maja, ne sont que le pâle reflet des lieux où ils sont en mouvement. Ils n'offrent au spectateur qu'un afflux d'informations sur eux-mêmes, du coup on repart avec seulement que des mots, sans nous montrer des choses avec les images.
 
Maja semble bien la seule à vouloir se détacher de cela, c'est un personnage et non un simple cobaye du regard de la réalisatrice. L'actrice donc, livre une très jolie performance, qui tout en retenue montre pourtant un caractère lunaire, inapaisé. C'est par exemple, le simple mouvement de son corps quand elle marche impétueusement auprès des arbres, instabilité montré par les muscles de ses jambes qui travaillent rudement, ou bien, l'instant pendant lequel, ne retrouvant plus son fils, elle porte un regard imperceptible, dont le spectateur démuni doit s'efforcer de trouver dans ses yeux, la honte et la maladresse d'avoir égaré un enfant.
 
Mais la plus belle réussite du film est ce moment inimaginable qui apparaît comme une lumière dans l'obscurité où le fils muet se met miraculeusement à parler. C'est comme si la réalisatrice avait en fait voulu, tout au long du film, capturer un miracle. Filmer tout d'abord un désastre (la mort), puis la reconstruction, la renaissance (naissance de la voix).

Sasha, Taisia Deeva, (2015) - Courts métrages européens

Une fine peinture
 
Sasha est cette petite brune aux longues tresses qui se regarde dans le miroir en chantant « Je suis une femme forte » . Sasha a dix ans. On est pas encore une femme à dix ans.

Sasha est spectatrice d'un couple brisé. Elle a l'âge de l'innocence mais pourtant, porte la responsabilité de la douleur d'un père. Face à ça, elle marque son refus. Refus du rire dans la gaieté qui d'habitude accompagne l'enfance, refus de l' attache qu'une enfant accorde spontanément à son père. Sasha n'a pas encore trouvé sa place, confusion entre un père qui ne souffle que quatre bougies à son anniversaire et cette petite fille qui jette les cigarettes de sa mère.

Pour autant, c'est une lumière claire qui accompagne les blessures et dédramatise les peines. Des moments du quotidien de toute simplicité sont filmés ainsi que des fragments de vie légers, des instants généreux. Les moments d'insouciance et ceux tourmentés offrent un mélange subtil et surtout sincère. Alors qu'un moment de joie est partagé, l'ambiance entre adultes prend une tout autre tournure. Sasha est encore là à regarder un spectacle pessimiste. Les images tombent en cascade et laisse brutalement une dernière image emprunt de détresse.
Tableau d'une réalité, Sasha explore un penchant psychologique de l'existence. Son soucis de réalisme ne va pour autant pas sans une recherche d'esthétisme. C'est alors un aboutissement juste, harmonieux, sans complications.
 
Léa Gautier
 
Sasha en deux actes
 
Sasha pourrait être une pièce de théâtre. Un théâtre d'objet où le trio de personnages principaux est là pour illustrer l'histoire. Les objets également semblent être le moyen par lequel celle-ci peut émerger : Taisia Deeva place et déplace méticuleusement, à chaque plan, les outils qui servent à démêler la narration petit à petit. Des crêpes, un ballon de foot, une vitre de voiture, une table de camping, une guitare, un bateau. Du réel, on nous en sert.
 
Les personnages paraissent quelquefois avoir été placés dans un décor figé. Un peu hors du temps. Sasha et sa mère pourraient venir tout droit du 19ème siècle, lorsqu'on les observe en robe de chambre, coiffées, prêtes à prendre leur petit-déjeuner. Et Sasha face à son miroir : une petite fille de tous les temps.
 
La chronologie des séquences amène à penser le film comme un déroulement fluide, d'une journée ordinaire. La réalisatrice ne nous ment pas, et ne cherche pas à nous embarquer dans une narration complexe. Rien ne paraît calculé, on se laisse donc aller sagement à ce qu'elle nous explicite clairement. L'atout du film ne se situe pas dans l'originalité de son sujet, mais sûrement dans l'attention portée à ces détails qui semblent porter l'histoire. Car le tout est d'un réalisme pointilleux, et sans prétention. Peu de lumière artificielle, des vêtements sobres, seules quelques couleurs qui ressortent d'un ensemble « kaki ». Les images peuvent se vanter de leur simplicité et de leur clarté : quelques touches de couleur ça et là, un silence qui en dit plus long que les mots, une pièce lumineuse, une caméra lente qui semble ne vouloir brusquer ni Sasha, ni nous, spectateurs. On rentre aisément dans ce cadre qui nous devient habituel.
 
On n'est donc pas surpris du peu voire du manque de rebondissements inattendus qui viendraient pimenter la journée. Au contraire, on est là, avec Sasha. A hauteur de ses yeux, à côté d'elle en voiture où près du miroir de sa chambre.
 
La réalisatrice, sous les airs sages de sa caméra et des nombreux silences qu'elle impose, a l'air avide de nous montrer son histoire, et de nous transmettre ce qu'elle cherche avant tout à capter : la relation entre les personnages.
 
Nous sommes là, autant que Sasha, en spectateurs de la relation houleuse de ses parents divorcés : un père un peu trop frustre pour pouvoir exprimer ses sentiments avec simplicité, une mère très présente qui sur-protège sa fille. Des personnages quelque peu déjà-vu, sans grande consistance. Le rôle de la belle-mère superficielle qui tente de se faire estimer et apprécier encore moins. Bref, ce n'est pas tant le conflit maintes fois mis à l'écran que l'effritement du lien entre chacun des personnages qui intéresse Taisia Deeva.
 
Heureusement la sensibilité et la singularité de la jeune actrice exposent joliment et avec justesse, dans ses regards, ces liens qui lui échappent. Et c'est sûrement un des autres éléments qui nous fait dire que le film est réussi : malgré le relatif plat qui règne durant les 23 minutes, la présence de Sasha rehausse le ton. C'est elle qui donne du relief au film, et nuance les ambiances.
 
D'un idéal petit-déjeuner où chaque chose est à sa place et où Sasha n'a pas à se poser de questions, elle nous embarque dans une voiture où les doutes arrivent avec la rencontre d'une inconnue. Le fil se déroule explicitement, la réalisatrice continue de nous exposer les faits avec rigueur, afin de nous préparer au deuxième temps du film. Ce deuxième acte, si on file la métaphore de la pièce de théâtre, où tout se balance. Les certitudes de Sasha remises en question dans un endroit qui l'empêche de tout maîtriser. Une situation qui la dépasse. Jusqu'à cette scène finale, où elle décide de reprendre les choses en main. Tout est à nouveau cadré : une caméra fixe, et une composition recherchée. Un feu central, qui laisse apparaître l'immobilité de Sasha à droite de l'écran, en train de regarder le bateau, à gauche, qu'elle veut voir partir.
 
Lou Rouquet
Chronique d'une dépression
 
Voltaire définissait le pathos comme "un discours affecté, prétentieux et souvent inintelligible". De bien des manières, ont peut considérer que plus de cent ans avant l'invention du cinéma (et plus de 280 avant la création de ce film) tout avait déjà été dit sur sa structure et son propos.
 
Après Ruslan, sorti en 2014 et multi-récompensés, la jeune réalisatrice russe Taisia Deeva revient cette année avec son second court métrage: Sacha. Poursuivant dans la lignée de son premier film (un drame familial vu à hauteur d'enfant), la réalisatrice revient avec un sujet fort. Hélas, l'ambition du film n'a d'égal que le sentiment de déception qu'il nous laisse une fois terminé.
 
Le film nous offre donc un portrait de la vie familiale de Sacha (Daria Proshina) - jeune fille de dix ans vivant chez sa mère divorcée- à un instant T: lors du pique-nique anniversaire de son père. De cet évenement somme toute banal, la réalisatrice souhaite réaliser une radiographie de cette famille recomposée ordinaire, en explorant les différentes dissensions qui couvent au sein des relations entre ses membres.
 
S'il y a une chose que l'on ne peut pas reprocher à la réalisatrice, c'est son ambition. Le film explore de nombreux thèmes sensibles (la famille, les relations parents/enfants, les relations au sein du couple, l'abandon...). Hélas, cette ambition thématique est amoindrie par la faible durée du métrage (23minutes) empêchant tout approfondissment de sa part. Celui ci se met alors à empiler les idées et les situations, troquant le dévelopement lent de la première partie du film (où les enjeux, les relations entre les différents protagonistes et l'ambiance sont posées) par une précipitation finale hors de propos, rendant la seconde partie au mieux facile, au pire incohérente.
 
Cela est d'autant plus dommageable que le film enfile les facilités scénaristiques, dans la volonté assumée d'émouvoir son spectateur. Celui-ci est ainsi témoin non plus d'une tranche de vie, mais d'une suite de malheur subie par Sasha. Celle-ci subie, pêle-mèle, le manque d'amour de son père, la découverte inopinée d'une belle-mère, des relations familiales difficiles et même un abandon. Si ce parti pris peut être intéressant, on ressort du film déçu par cette psychologie facile, ces personnages incohérents (l'écriture de Stas, le père en est le parfait exemple) et ce portrait misérabiliste qu'on nous offre.
 
Cette collection de malheurs baigne dans une atmosphère dépressive au possible, créée par une réalisation sensée être au plus près des personnages, mais ne créant qu'un sentiment de froideur qui empêche toute implication du spectateur. En effet, malgré une poignée de plans intéressants et esthétiquements recherchés (la scène finale ou certaines scènes de nuit notamment, qui bénéficie d'un travail intéressant sur les lumières), le manque de couleurs, de vie, renforcent ce sentiment d'être face à une oeuvre déprimante.
 
La bande original participe egalement à ce sentiment de pathos. Discrète (voir absente), la seule musique représentative du film est une oeuvre de Schubert. Si le choix de ce compositeur ne soulève pas de critique, l'usage fait de sa musique est légèrement plus problématique. Utilisée comme contrepoint facile de la scène où elle est utilisée (la musique, apaisante, est diffusée pendant une scène où les personnages expriment un profond malaise), aucun travail particulier n'est fait derrière pour la mettre en valeur, où même l'utiliser pleinement. Reste à déterminer s'il s'agit d'un symbole du trop-plein d'idées de la réalisatrice ou d'une énième facilité.
 
Malgré ces nombreux défauts, Sasha résiste au naufrage grâce à l'interprétation sans faille de ses comédiens, notamment de la jeune Daria Proshina ( qui interprète Sasha avec une grande sensibilité) et d' Alexander Dzyuba, qui réussi à donner à Stas, le père, une certaine épaisseur, malgré l'écriture déplorable de son personnage.












Angers Mag












Angers Mag : #JPEL "Contre le complotisme, on ne peut pas enrayer tout (...) Mais on peut entraîner les cerveaux." 👏👏JB Schmidt… https://t.co/6pn23fJUHD
Vendredi 9 Décembre - 15:01
Angers Mag : L'indépendance, un état d'esprit ? #Angers Mag bien chez soi à la journée de la presse en ligne à Paris. #JPEL https://t.co/EpAgR2dt6N
Vendredi 9 Décembre - 12:17
Angers Mag : #Angers Le dessin du mois de décembre signé Fañch Juteau #prevention #VIH https://t.co/J3CxFCf8FC https://t.co/oAZR7nNURX
Vendredi 9 Décembre - 12:01
Angers Mag : #Angers Le dessin du mois de septembre signé Fañch Juteau #accrochecoeurs https://t.co/J3CxFCf8FC https://t.co/Jkrkty2UMe
Vendredi 9 Décembre - 10:51







cookieassistant.com