Premiers Plans : ultimes critiques de films au dernier jour du festival


Rédigé par Ateliers d'écriture Premiers Plans - Angers, le Dimanche 31 Janvier 2016 à 12:32


Pendant toute la durée du festival, Angers Mag relaie les articles publiés sur la plateforme des blogueurs cinéma. Ces ateliers animés successivement par Morgan Pokée et Gwenn Froger, permettent aux 15-30 ans d’aiguiser leur regard critique et d’affiner leur style. Associés à ce collectif, les élèves de seconde du Lycée Renoir, encadrés par leur enseignante, Anne Loiseau, y publient également leurs articles. Zoom sur la compétition.



"Diamant Noir", d'Arthur Harari : "Une fable surréaliste qui tourne au cauchemar".
"Diamant Noir", d'Arthur Harari : "Une fable surréaliste qui tourne au cauchemar".
la rédaction vous conseille
"Diamant noir", Arthur Harari (2016)
Catégorie Longs métrages européens

Obscurité lumineuse
 
Tragédie familiale sanglante, le film en compétition d'Hatari, fascine et rebute. Diamant noir apparaît comme une fable surréaliste qui tourne au cauchemar.
 
Dans son premier long métrage, le réalisateur français Arthur Hatari met en scène Niels Schneider dans le rôle de Pier, un jeune homme qui mène une vie morne à Paris. Pier erre et accumule les petits boulots avant d'apprendre la mort de son père. Il est alors replongé dans les affaires familiales complexes et veut venger son père, fils d'un grand diamantaire. Pier va alors s'introduire dans l'entreprise familiale de taille de diamant et va vouloir voler leurs biens pour se venger. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid et elle ne finit pas toujours à notre avantage.
 
Tout est très noir, c'est un univers sombre qui se déploie. Et pourtant le diamant incite à la lumière. Le titre Diamant noir souligne cette opposition : le diamant est lumière mais la famille est ombre. Cette pierre si précieuse est un objet fascinant à plusieurs faces, comme les différentes facettes de cette famille. C'est aussi un objet solide comme les secrets qui régissent cette famille et fragile comme les vérités qui doivent éclater. Le diamant brille, le diamant est une pupille. Il scintille si fort qu'il mène à l'aveuglement de cette famille. D'où la présence importante de gros plans sur des yeux, montrés en insert, qui font ressortir la pureté du diamant et donnent naissance à tout un jeu de réflexions et projections. Mais il y a une impureté dans l’œil de Pier, quelque chose qu'il faut clarifier, il faut mettre la lumière sur les secrets familiaux.
 
La première scène nous plonge dans cet univers tragique où tout n'est que souffrance. Un homme se fait couper la main par le disque propre à la taille de diamant. Du sang partout, une musique lancinante, des personnages distants et apathiques : là est toute la proposition du film. 
 
Le lapidaire servant à tailler les diamants est essentiel. À la fois comparable à un tourne-disque, il projette la musique et fait de celle-ci un leitmotiv prenant qui nous guide tout au long du film. Mais surtout le lapidaire symbolise le sort du personnage qui finalement n'aura pas de délivrance. Comme s'il tournait en rond et que ses maux n'étaient pas soignés. Pleins de remords, le personnage ne s'est alors pas réellement libéré par sa vengeance, il ne laisse que derrière lui des morts et repart toujours aussi décontenancé qu'au début, obligé de fuir ses démons.
Katia ECHIVARD

Némesis
 
Une scène introductive surprenante, violente mais aussi très stylisée et colorée. Un passionné de diamants taille une pierre précieuse avec une concentration totale. Le diamant tombe sur le disque qui tourne à toute allure. En voulant ramasser la pierre, le tailleur se broie brusquement la main sur le lapidaire. Le sang, d'un rouge très vif, gicle dans toute la pièce sous le regard hébété et terrifié de son frère. De très gros plans du disque qui tourne, tourne et tourne encore, se mêlent aux yeux exorbités du tailleur dont la pupille est encore illuminée par la brillance du diamant. Cette série d'images hypnotiques ainsi que cette musique envoûtante illustrent cet attrait infernal pour les diamants. 
 
Cette scène très travaillée ainsi que l'ensemble du film peuvent être vus comme un hommage cinéphile. Les couleurs très vives rappellent le technicolor, en référence à de nombreux thrillers, westerns, enquêtes policières... autant de films sanglants, marqués par le secret, les histoires de familles, et surtout conduits par le désir de vengeance. Et pourtant, s'il sait rendre hommage au cinéma, Arthur Harari profite de ces codes pour parvenir à son but : détourner le film classique de vengeance. Bien souvent, le héros poursuit ceux qui l'ont fait souffrir, lui ou ceux qu'il aime, jusqu'à la scène finale où il peut enfin assouvir son désir. 
 
En réalité, Pier Ulmann, le personnage principal du film, est plutôt fragile, perdu et tiraillé. Il n'est ni violent ni héroïque. Et ce qui fait justement la force de ce long métrage, c'est qu'il retourne un schéma classique d'un cinéma ayant tendance à faire l'apologie d'une violence malsaine. La haine de Pier est véhiculée par la mort d'un père qu'il n'a pas connu mais que sa famille a dépouillé. Ce décès donne un nouveau sens à sa vie : venger son père, faire souffrir son oncle et récupérer sa part d'héritage. Pourtant cette obsession malsaine va se retourner contre lui, c'est lui-même, rongé par la haine, qui souffrira le plus. Aveuglé, il va perdre absolument tout ce qu'il a construit et tout ce qui comptait pour lui. Finalement, pour un film mené par l'envie et la haine, il encourage plutôt au pardon. La vengeance est vue comme futile, illusoire. Elle aveugle, elle obsède et ensorcelle comme la brillance d'un diamant. Et comme le dit si bien Gabi, le cousin de Pier, un diamant, c'est absurde, c'est juste un caillou et un jour on décide qu'il a de la valeur, juste comme ça.
 
Mais cette vengeance n'était pas une fatalité. Le plan emblématique des rails de train qui s'entremêlent, au début ainsi qu'à la fin du film, est une métaphore de la multitude de choix qui s'offrent à un individu à chaque instant. Le destin de Pier aurait pu prendre plusieurs directions différentes comme un diamant à multiples facettes. Mais la pierre précieuse, brillante et attirante, est une allégorie de la vengeance : elle obstrue son regard et obscurcit son destin. Le diamant n'est donc plus pur mais impur, sombre, terriblement noir. Et il entraîne Pier dans une spirale infernale qui l'entraîne dans les abysses. Comme l’œil, remplacé en fondu enchaîné par le disque qui tourne sans fin. 
Julia DORIGNY

Premiers Plans : ultimes critiques de films au dernier jour du festival
"A Hole in my heart", Mees Peijnenburg (2015)
Catégorie Courts métrages européens

Ballade fantomatique
 
Le jeune Mees Peijnenburg nous livre un court métrage poétique et fantomatique à la signification énigmatique. 
 
Une caméra très fluide et légère se déplace sur les routes désertes comme un fantôme. A Hole in my heart est l'histoire d'une absence qui laisse un grand vide dans l'espace, dans l'histoire et dans le cœur du personnage. Nous ne connaissons rien de ce grand absent, ni son nom, ni son visage, ni même la relation qu'il entretenait avec le personnage principal. Pourtant, il nous accompagne partout, il erre sur les routes désertes comme un fantôme. Si bien que l'on se demande si ce n'est pas le jeune protagoniste qui divague sans but sur les chemins sans fin comme une âme isolée. 
 
Le noir et blanc très peu contrasté, légèrement passé donne également cette impression fantomatique. La vie est fade, sans saveur, sans couleur à cause de ce trou béant que le jeune homme a dans le cœur. Il n'arrive plus à lui trouver de sens tant ce qui lui a été arraché laisse un vide colossal. La caméra qui flotte et se déplace sans but sur les routes illustre ce moment de flottement. 
 
Le film semble ne pas avoir de sens, il est lui aussi terriblement vide. Et pourtant c'est justement là que se trouve sa signification. Le spectateur est aussi perdu et désemparé que le personnage. La vie semble avancer lentement et péniblement pour lui, les scènes passent au ralenti. 
 
La subtile scène finale nous montre cet adolescent qui danse au ralenti, il semble flotter dans un ailleurs. Mais ses amis, flous mais présents, remplissent peu à peu le cadre. Ils vont combler au fur et à mesure cette absence et cette plaie béante. Et ce dernier plan nous montre un jeune homme qui danse heureux avec cet espoir que l'art et l'amitié peuvent tout surmonter. 
Julia DORIGNY

"Babai", Visar Morina (2015)
Catégorie Longs métrages européens
 
Babai, ou l'exil de l'enfance
 
Genzi quitte le Kosovo et entame un voyage jusqu’en Europe. Son fils, Nori, ne compte pas le laisser partir seul. Parcours individuel d’un enfant migrant, Babai (« Papa » en albanais, langue parlée au Kosovo), raconte les difficultés de la relation d'un père avec son fils dans un contexte d'exode migratoire.
 
Le film adopte le point de vue de cet enfant qui grandit trop vite, et qui ne croit plus en rien. Son père cherchant à l’abandonner, il ne peut compter que sur lui-même pour atteindre l'Allemagne. La mise en scène repose sur un choix de réalisme finalement assez proche du reportage. Ce choix n’est pas anodin car il permet de retranscrire à un niveau plus général les risques des voyages migratoires, s'inscrivant inévitablement dans l'actualité. Il semble bon de rappeler que la qualité d'un film ne dépend pas de la qualité du message qu'il porte. Mais c’est aussi peut-être ce choix du réalisme à tout prix qui ne permet pas au spectateur de s'épanouir entièrement. Il reste spectateur, observateur ; n'étant pas guidé dans ses émotions, il est livré à lui-même. Cela peut être vu comme une forme de liberté, mais deux options s’offrent alors à lui, comme devant l’actualité : prendre sa part de responsabilités ou fuir cette responsabilité.
 
L’absence quasi-totale de musique va en ce sens, et le seul passage où celle-ci tient un rôle à part entière, cela relève plus du sound design évoquant la sonorité redondante d’un train.
 
Le film oscille entre la thématique du voyage, de l’Eldorado, et celle de l’enfance. Toutes deux sont intrinsèquement liées car l’enfance s’estompe au fur et à mesure que le voyage progresse. L’enfant, s’il veut aller au bout, ne peut pas rester enfant. Son environnement, son père notamment, le pousse à se comporter en adulte. C'est ici que l'histoire tient son sujet le plus pertinent, car le père, en abandonnant son fils, fuit ses responsabilités. Il donne ainsi l'impression de se comporter comme un enfant qui n'a pas conscience de ses responsabilités, ne laissant pas d'autre choix à son fils que de prendre symboliquement sa place, bien que la réalité de son âge le rattrape à plusieurs reprises.
 
Finalement, Babai, malgré la lenteur de son récit, est un bel objet de cinéma qui, laissant disparaître la candeur du regard d'un enfant, replace le passage de l'enfance à l'âge adulte au cœur des problématiques.
Tristan NOËL

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