Primaires citoyennes : l'Anjou se mobilise et couronne Hamon


Rédigé par - Angers, le 30/01/2017 - 08:24 / modifié le 01/02/2017 - 08:06


Entre 20 et 25 % d'électeurs en plus par rapport à dimanche dernier : le second tour des primaires citoyennes a plus mobilisé que le premier, et confirmé, dans le Maine-et-Loire comme au plan national la victoire de Benoît Hamon. Enjeu majeur pour lui désormais : rassembler un parti plus divisé que jamais, tant la fracture a grandi entre socialistes, à l'occasion du quinquennat Hollande.



Dimanche soir, au siège du Parti socialiste, rue de Solférino, Benoît Hamon et Manuel Valls ont échangé une poignée de main sous le regard du premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis. Avec un seul mot d'ordre, répété à l'envi au local comme au national : le regroupement. Crédit photo : capture d'écran BFM TV.
Dimanche soir, au siège du Parti socialiste, rue de Solférino, Benoît Hamon et Manuel Valls ont échangé une poignée de main sous le regard du premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis. Avec un seul mot d'ordre, répété à l'envi au local comme au national : le regroupement. Crédit photo : capture d'écran BFM TV.
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"La recomposition va avoir lieu. Elle a d'ailleurs déjà commencé, y compris au niveau local..." Croisé dans un bureau de vote angevin dans le courant de l'après-midi de dimanche, ce haut responsable du Parti socialiste en Anjou ne semblait pas tant dans l'élection du jour -quasiment courue d'avance- que dans une projection à moyen terme, pour l'appareil socialiste. Car depuis le renoncement de François Hollande à se présenter et les résultats ayant portés Benoît Hamon en tête du premier tour des primaires de la gauche, c'est bien de la survie pure et simple du Parti socialiste qu'il est question, dans les discussions.

Mais parlons résultats, d'abord. L'Anjou n'a une nouvelle fois pas failli à sa réputation de baromètre de l'opinion nationale : Benoît Hamon est sorti vainqueur du second tour de scrutin, avec 58,79 % des suffrages exprimés, Manuel Valls en recueillant 41,21 %. 18 points d'écart pour une large victoire, donc, et une assise plus importante que lors du premier tour : entre 20 et 25 % de votants en plus, dans les 80 bureaux du Maine-et-Loire, soit près de 23 000 votants, contre 19 000 dimanche dernier. A Angers, où a voté le quart des électeurs de cette primaire en Anjou, Benoît Hamon dépasse les 60% (61,91%), en dépit du soutien plus ou moins affiché de la plupart des figures socialistes locales à Valls. Idem à Trélazé (63,92%).

Benoît Hamon est donc élu et bien élu : il portera l'étendard du Parti socialiste lors de la prochaine élection présidentielle. Dans les murs du siège du PS en Maine-et-Loire, ça chambre sévère : "Tu vas adorer faire sa campagne, je t'assure", lance un militant à l'adresse du premier secrétaire fédéral, Jean-Louis Belliard, qui avoue sans ambages dans un court discours "n'avoir pas voté pour lui... Le processus démocratique a parlé. Je n'ai aucune réticence, ni aucune retenue vis-à-vis de la campagne qui s'ouvre", complète-t-il en privé, s'appuyant sur "la vraie légitimité apportée par quelque 2 millions d'électeurs. Ce sera difficile, mais je suis serein. Pour rassembler la famille socialiste, il faudra bien que Benoît Hamon passe par des gestes programmatiques, au-delà des mots."
"Attention à ce que la recomposition ne vire pas à la décomposition" - Marc Goua

Une parole sincère qui s'appuie sans doute aussi sur la teneur des propos et des actes du dimanche soir, entre les deux impétrants : poignée de main rue de Solférino, discours où l'on cite Michel Rocard et François Mitterrand, appel du pied à l'écologiste Yannick Jadot et à l'ancien socialiste Mélenchon... L'heure est à la concorde, pour se donner une chance d'exister lors d'un scrutin présidentiel que l'on annonce très difficile pour le PS. "Rien n'est joué, et les élections qui ont lieu un peu partout autour de nous depuis des mois, le montrent bien". Ce discours est majoritaire dans les rangs, comme celui répété à l'envi d'un rassemblement nécessaire.

Mais sous le vernis des soirs d'euphorie se cache une réalité profonde : le parti est scindé entre les frondeurs du quinquennat Hollande -et leur champion Benoît Hamon- et les fidèles à la ligne officielle, ralliés derrière Manuel Valls. Pour nombre de ces derniers, Benoît Hamon a franchi plusieurs lignes rouges. Et les électeurs de Benoît Hamon, ce dimanche, accepteront-ils les concessions faites au nom de l'unité ? "On se rassemblera si on se respecte les uns les autres", se persuade la conseillère municipale angevine set secrétaire de section d'Angers, Silvia Camara-Tombini.

Un minimum pour que, selon la formule du député PS Marc Goua, "la recomposition ne vire pas à la décomposition..."

Les réactions
Marc Goua (député PS de la 2e circonscription du Maine-et-Loire) : "Nous sommes devant un choix entre une gauche de gouvernement et une gauche utopique. C'est un débat qui ne date pas d'hier, mais il est beaucoup plus clivant que d'habitude. A trop faire le grand écart, on se fait des déchirures musculaires... A mon sens, la ligne rouge a été dépassée par Benoît Hamon dans trois domaines : on ne remboursera pas la dette, le revenu universel de base, et la proposition de référendum qui revient à un blocage du système politique. Même s'il doit préciser son programme, j'ai dit que je rejoindrai Emmanuel Macron parce que c'est le seul qui puisse éviter un duel Fillon/Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. La patrie est en danger et j'interviendrai pour que le programme d'Emmanuel Macron corresponde à une proposition progressiste."

Serge Bardy (député PS de la 6e circonscription du Maine-et-Loire), un des premiers soutiens de Benoît Hamon : "Nous avons fait du bon travail mais il faut rester humble. A partir de maintenant se joue une deuxième étape, celle du rassemblement des socialistes, et au-delà des soutiens de Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Nous n'avons aucune volonté de clivage, mais une volonté d'adaptation : nous avons développé un programme pour la primaire, il faudra certainement l'adapter à ceux qui vont venir nous rejoindre. 
Au tout début de la campagne de Benoît Hamon, on ne donnait pas cher de nous. le résultats de ces primaires a montré le réalisme de notre engagement."
(Sur les socialistes qui entendent rejoindre Emmanuel Macron) "Emmanuel Macron est une comète venu d'un monde qui n'est pas le nôtre. On est là plus sur un mode à l'américaine que sur le national français."


Luc Belot (député de la 1re circonscription du Maine-et-Loire) : "C'est un résultat sans appel, et ça c'est plutôt bien, en terme de dynamique. Après, Benoît Hamon est le candidat avec lequel j'avais le plus de différences, donc c'est compliqué. Mais il ne s'agit pas pour moi de rejoindre Emmanuel Macron : j'ai encore les deux pieds dans le Parti socialiste et j'y serai encore dans 6 mois ! Benoît Hamon a désormais deux priorités, qui sont aussi les miennes : rassembler les socialistes autour d'un programme, même si ce sera beaucoup plus compliqué qu'en 2011 ; et se donner les moyens qu'on n'ait pas un second tour Fillon/Le Pen. On va voir comment les choses se passent..."




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur















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