Prisoners, un spectateur emprisonné dans un scénario poignant


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Mardi 29 Octobre 2013 à 09:57


Après l'implacable Incendies sorti en 2010, Denis Villeneuve revient avec Prisoners, un thriller haletant aux accents de western. Véritable drame, ce film nous bouleverse par son ambiguïté et son habilité à faire perdre raison au spectateur.



Keller Dover (Hugh Jackman), pris entre son rôle de père et son rôle d'homme : Alex (Paul Dano), n'avait qu'à bien se tenir. © SND
Keller Dover (Hugh Jackman), pris entre son rôle de père et son rôle d'homme : Alex (Paul Dano), n'avait qu'à bien se tenir. © SND
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Après avoir révélé son talent cinématographique dans plusieurs longs-métrages, dont Incendies en 2010, Denis Villeneuve nous livre un thriller dramatique d'après le scénario d'Aaron Guzikowski. Ce scénario suscite une ambivalence de sentiments. Keller Dover (Hugh Jackman), père de famille respectable s'engouffre dans une lutte sans merci pour retrouver le kidnappeur de sa fille Anna (Erin Gerasimovich), entraînant avec lui son voisin et ami Franklin (Terrence Howard). Partagé entre le désir de faire revenir son enfant dans son cocon familial grâce à la police et le désir de régler lui même cette histoire interminable, il passe de persécuté à persécuteur. Faire justice soi-même : est-ce la solution ? Prisoners pose non seulement la question, mais propose aussi une réponse nuancée. Tout du moins, la fin du film laisse au spectateur une certaine liberté d'interprétation.

Merveille visuelle, ce long métrage de 2h37 nous envoûte dans un lourd et pesant Thanksgiving typiquement américain. Le ciel y est couvert et pluvieux, il nous tomberait presque sur la tête. La lumière est souvent glaciale. D'ordinaire dépeinte comme une fête joyeuse et chaleureuse, Thanksgiving vire ici au drame et nous conduit dans un monde noir dont nous sommes prisonniers. Les plans très sombres accompagnés de seulement quelques points lumineux, nous permettent de cerner, dès le début du film, l'enjeu de celui-ci. C'est-à-dire, la question de la vengeance et, plus particulièrement, l'attitude d’un père aveuglé par la rage. La lumière perce la nuit, les couleurs primaires telles que le rouge et le bleu dominent tout le long de l’œuvre. Ainsi se trouve mise en scène la paranoïa qui règne et divise clairement la nation américaine en deux catégories : les familles tranquilles sans histoires et les psychopathes, les forces obscures, qui ne semblent vouloir que le mal. Beaucoup de clairs obscurs manifestent la double personnalité des personnages, tout particulièrement de Keller Dover. Les lignes verticales contribuent à insister sur la tension logée dans ce film. Ainsi, le premier plan du film fait se dresser une lignée d’arbres, symbole des barreaux de prisons. Il y a de quoi rester sans voix devant tant de recherche et de travail dans la caractérisation d'une atmosphère.

Évidemment, l'attention portée à l'image, ne fait que sublimer son scénario. Véritable embarcadère dans une facette sombre du monde, Prisoners nous tient en haleine toute sa durée : un sans faute avéré pour Aaron Guzikowski. Avec un suspens sans fin, une complexité extrême, des événements jusque là totalement dissociables, reliés entre eux avec une habilité digne du Silence des Agneaux de Thomas Harris, Denis Villeneuve signe ici, un thriller haletant. Un quatorzième film de talent vient ainsi s'ajouter à sa carrière.

Cette réussite, est sans nul doute permise par le jeu d’acteur d’Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal. Ces deux mâles tiraillés par un conflit intérieur, qu’ils sont seuls à même de résoudre : le spectateur est pris par les sentiments. Il se sent partagé, et compatit inconsciemment, comme absorbé, malgré les passages un peu long du film.

Prisoners est donc un film qui inspire compassion, malaise et angoisse. C’est également une remise en cause totale de soi même et de la notion de justice. À voir pour tous les amateurs de sensations fortes.

Léa.












Angers Mag