Protection de l’enfance : le coup de gueule des référents


Rédigé par - Angers, le 30/05/2017 - 07:50 / modifié le 01/06/2017 - 08:21


Ils sont les garants de l’histoire de l’enfant placé, des pivots de la Protection de l’enfance : les référents Protection (ex-ASE) sortent de leur réserve habituelle pour dénoncer, bien au-delà du seul dossier de l’appel à projets Enfance, la politique du Conseil départemental en la matière, depuis la fin des années 2000. On appelle ça une remise en perspective.



Présents au soutien des salariés des associations œuvrant dans le champ de la protection de l'enfance en Anjou -comme ici le 22 mai dernier- les référents ASE ne s'expriment que rarement.
Présents au soutien des salariés des associations œuvrant dans le champ de la protection de l'enfance en Anjou -comme ici le 22 mai dernier- les référents ASE ne s'expriment que rarement.
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« La logique du Conseil général, puis du Conseil départemental, c’est de déconstruire pas à pas la place du référent auprès de l’enfant placé ». Les mots des référents de l’Aide sociale à l’enfance sont rares, mais tranchants. Et traduisent le malaise ressenti par ces travailleurs sociaux, pivots fondamentaux de la Protection de l’enfance. Si les salariés des associations gérant les structures d’accueil des enfants placés, pour le compte du Conseil départemental, occupent le devant de la scène médiatique, ces dernières semaines, et dénoncent sans relâche l’appel à projets Enfance rendu public par la majorité départementale, les référents ASE se font plus discrets.
 
Et ils ont une bonne raison pour cela : eux sont des agents de la Fonction publique territoriale et sont soumis, par là-même, à un devoir de réserve. Dans l’univers de la Protection de l’enfance, les référents ASE sont là pour mettre en application les décisions du juge des enfants, accompagner les familles et les enfants dans le cadre de l’assistance éducative et coordonner le parcours des enfants, en étant le lien entre familles, structures d’accueil, parents ou associations.
Bref, ils sont les garants de l’histoire de l’enfant. Et c’est justement cela –ce lien de confiance et de référent, tissé patiemment au fil des mois et des années entre tous- que cherche depuis quelques années à déconstruire, selon eux, la collectivité.
 
Le message des référents qui s’expriment aujourd’hui permet de donner de la profondeur aux manifestations actuelles : « L’appel  à projets Enfance n’est qu’un maillon dans la chaîne d’une révision beaucoup plus large de la Protection de l’enfance au sein du Département. Nous sommes là devant une situation qui prend ses origines en 2009, alors que Christophe Béchu présidait le Conseil général. Christian Gillet ne fait aujourd’hui qu’appliquer ce qui a été mis en place alors. »
 
Retour donc en 2009 et à un diagnostic (avec audit) sur l’ensemble de l’action sociale de la collectivité. De là découlent, selon les référents ASE, toutes les réorganisations : celle du service social, mais également de la Protection de l’enfance, ou celle à venir de la Protection maternelle et infantile (PMI).

Quel est-il, ce diagnostic, à l’endroit de la Protection de l’enfance ? « Là où nous parlions d’un nombre de situations trop importantes, du souhait d’axer notre travail sur de l’humain, on nous répondait déjà problème de budget et un besoin d’être formé sur une nouvelle organisation de notre travail, pour gagner en efficience », témoignent des référents expérimentés, qui disent aujourd’hui faire face au mépris de leur hiérarchie.
« Ca explose à tous les étages. Depuis que l’on a changé de nom et qu’on s’appelle les référents protection, on protège en fait beaucoup moins » - Un référent de l'Aide sociale à l'enfance

Au sein de l’Aide sociale à l’enfance, les changements ont réellement pris corps en octobre 2016, « avec une réorganisation des services. Elle se matérialise notamment par une spécialisation de nos interventions : certains sont désormais dédiés à l’accueil sans délai des jeunes majeurs, d’autres aux mineurs non accompagnés ; d’autres encore sont référents protection et les derniers référents prévention. » Quel travers ? « Avec la spécialisation, il n’y a plus de continuité, il y a une découpe des interventions. Nous sommes les garants de l’histoire de l’enfant, mais nous ne pouvons plus les accompagner jusqu’à 21 ans, par exemple. Ils veulent casser la symbolique, en insistant sur le fait que le référent est interchangeable, pour appliquer, salement à la bourre, la loi du 5 mars 2007 sur le Projet pour l’enfant (PPE) ».
 
L’autre problème majeur de cette réorganisation, c’est « l’absence de liens entre les services et la déperdition corollaire d’informations ». Elle serait le fait, selon les référents ASE, de la « disparition  d’un cadre de proximité, au sein de chacune des Maisons départementales des solidarités (MDS), et des assistantes administratives dédiées. Pour chacun des échelons, la charge quotidienne est désormais plus lourde, et l’action moins coordonnée. »
 
Dans le même ordre d’idées, la direction Enfance a répondu à sa manière au trop grand nombre de situations gérés en moyenne par un référent ASE (1 référent pour 28 enfants placés actuellement), en opérant une pondération du comptage des mesures. En clair, un enfant placé en Maison d’enfants à caractère social (MECS) est suivi à la fois par un référent éducatif, au sein de sa structure d’accueil, et par un référent ASE. « Ça fait doublon pour notre hiérarchie. Alors ils ont décidé qu’un enfant placé en MECS valait 0,5 point, et un enfant placé en famille d’accueil, 1 point. Ce qui peut amener un référent ASE à s’occuper, potentiellement, de près de 40 enfants ! »
 
Et les travailleurs sociaux de dénoncer les similis de dialogue social instauré au sein des services. « Des groupes de réflexion et de travail ont été mis en place. Des espaces d’échanges qui sont en fait des coquilles vides, puisqu’on ne suit aucune de nos recommandations, à nous, professionnels de terrain. »
 
Pour beaucoup d’entre eux (ils sont environ 80 référents équivalent temps plein), la coupe est pleine, et déborde même, avec un grand nombre d’arrêts maladie et un mal-être patent au travail. « Ca explose à tous les étages. Depuis que l’on a changé de nom et qu’on s’appelle les référents protection, on protège en fait beaucoup moins », conclut l’un d’entre eux.
 
Face cachée de l’iceberg, la situation de l’Aide sociale à l’enfance, à l’interne, renforce en tout cas la pression qui pèse sur les épaules du président du Conseil départemental. Qu’il s’appelle Christian Gillet aujourd’hui ou change de nom demain, si l’élu UDI monte et est élu aux prochaines sénatoriales, le dossier Protection de l’enfance sera à n’en pas douter un cas d’école. Avec en toile de fond, faut-il l’espérer, l’intérêt unique des enfants placés…




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur




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7.Posté par David le 07/06/2017 09:32 (depuis mobile) | Alerter
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Au CD87 la situation est catastrophique. Il n est question que d economies budgetaires realisees sur le dos de la jeunesse qui en a le plus besoin de soutien. A l autre bout le cd vient d achever la construction d un bassin aquarecreatif ...

6.Posté par Clisson le 06/06/2017 07:26 | Alerter
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Vous oubliez de préciser que l'audit demandé par Christophe Bechu ,à l'époque , faisait suite au procès de pédophilie d'Angers. Il est dommage que ce procès est eu lieu à huis clos , car les angevins auraient été témoins des dysfonctionnements du suivi des enfants placés . Les auditions des travailleurs sociaux avaient clairement montré l'absence de concertation entre les services .

5.Posté par pascale le 04/06/2017 10:56 | Alerter
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merci beaucoup pour cet article qui montre combien la charge de ces collègues et la souffrance au travail sont énormes. bon courage à eux, et également aux familles d'accueil, qui sont tout autant malmenées
les mouvements sont pour nous tous, privé comme public; soyons nombreux lundi 12 juin 12h place du ralliement

4.Posté par Greau le 01/06/2017 19:12 (depuis mobile) | Alerter
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Étant assistant familial et voir les référents avec la surcharge de travail qu''on leur donne .il ne protège plus.L''argent fait le malheur de tous.

3.Posté par Lecaut le 31/05/2017 20:51 (depuis mobile) | Alerter
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Monsieur les politiciens
Nous familles d accueils qui accueillons ces enfants souvent détruits aussi physiquement que psychologiquement des enfants qui souvent ont vécu l enfers
Aidez les enfants ils sont innocents et victimes

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