Quand la Protection de l'enfance investit le champ politique


Rédigé par - Angers, le 16/05/2017 - 07:45 / modifié le 18/05/2017 - 10:50


La session du Conseil départemental, très légère dans l'ordre du jour, a donné lieu à de vifs échanges sur l'actualité du moment : l'appel à projets enfance arrêté par la majorité départementale. Le tout sur fond de macronite ambiante.



Devant le Centre Foch, quelque 700 salariés ou partenaires des associations de la Protection de l'enfance ont réaffirmé leur opposition aux résultats de l'appel à projets dévoilés par la majorité départementale.
Devant le Centre Foch, quelque 700 salariés ou partenaires des associations de la Protection de l'enfance ont réaffirmé leur opposition aux résultats de l'appel à projets dévoilés par la majorité départementale.
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Depuis que l'entrée du Conseil départemental a déménagé son accueil de la place Michel-Debré au boulevard Foch, les chants et revendications des manifestants arrivent moins aux oreilles des conseillers départementaux. Il n'empêche : ce lundi matin, à l'heure où débutait la session de printemps de la collectivité, les portes principales de l'accueil étaient closes. Et pour cause : sur le boulevard, quelque 700 salariés des associations ou partenaires œuvrant dans le champ de la protection de l'enfance s'étaient donné rendez-vous, pour montrer à nouveau leur désaccord et leurs inquiétudes à l'endroit des résultats de l'appel à projets dévoilés par le Conseil départemental, prescripteur en la matière.
 
Rien de neuf sous le soleil angevin : voilà désormais plusieurs semaines que la colère des professionnels monte, en même temps que la détermination du président de la collectivité, Christian Gillet, a mené sa réforme jusqu'au bout.
 
Ce lundi matin, c'est dans l'enceinte même du Conseil départemental que le fer a été porté. Sans surprise. Car si l'ordre du jour ne comprenait aucune délibération liée au social ou à l'éducation -au grand regret de la minorité départementale- il était évident que le groupe réuni autour de Grégory Blanc reviendrait sur cette question brûlante.
 
A vrai dire, l'opposition départementale n'a même pas eu besoin d'initier le débat devant l'assemblée, Christian Gillet s'en est chargé lui-même, au travers d'un discours politique reliant l'investiture toute fraîche d'Emmanuel Macron à la présidence de la République, ainsi que son ambition, à celle portée par sa propre majorité départementale. "Il appartient plus que jamais au nouveau Président de la République de faire preuve de volonté, d'audace et de courage (...) En politique comme dans d'autres domaines, vouloir changer le cours des choses n'est pas aisé. Agir avec conviction et ardeur pour faire évoluer les mentalités et les habitudes, l'est encore moins. Il est tellement plus simple de se complaire dans l'immobilisme", avance le président du Conseil départemental, qui enchaîne : "De volonté, d'audace et de courage, notre majorité départementale en fait la preuve au quotidien, nous osons", citant pêle-mêle la collaboration renforcée avec la Région, mais aussi "l'approche nouvelle que nous avons mis en œuvre avec les intercommunalités et les communes, qui a vu la logique de projet être substituée à la logique de guichet."
"Si je comprends parfaitement les inquiétudes exprimées par certains professionnels à propos de cet appel à projet, son application n'aura pas l'impact catastrophique annoncé par certains Cassandre, qui instrumentalisent leurs peurs pour défendre en réalité d'autres causes que celles qu'ils prétendent défendre" - Christian Gillet

Avant d'aborder comme une évidence la question de la Protection de l'enfance. "Si je comprends parfaitement les inquiétudes exprimées par certains professionnels à propos de cet appel à projet, son application n'aura pas l'impact catastrophique annoncé par certains Cassandre, qui instrumentalisent leurs peurs pour défendre en réalité d'autres causes que celles qu'ils prétendent défendre."
Et Christian Gillet de rappeler que sa démarche "bénéficiera en premier lieu aux enfants qui nous sont confiés (...) Mais les personnels ne seront pas les laissés-pour-compte."

 
En clair, un discours politique teinté d'un refus de toute forme de conservatisme. Ça tombe bien : du côté de la minorité départementale, c'est aussi la priorité. "Tous ceux qui rejettent le conservatisme en Anjou et qui sont désireux de préparer un avenir de progrès peuvent se retrouver. Notre porte est ouverte", introduit Grégory Blanc.

Vifs échanges, lors de la session de Conseil départemental, lundi matin, sur la question de la Protection de l'enfance.
Vifs échanges, lors de la session de Conseil départemental, lundi matin, sur la question de la Protection de l'enfance.
Tout va bien dans le meilleur des mondes possibles alors ? Pas tout à fait, car au sujet de la Protection de l'enfance, si l'appel à projets trouve grâce aux yeux des élus de l'opposition sur plusieurs points (notamment celui de la territorialisation de l'offre et de la diversité des formes d'accueil proposées), des questions "factuelles" et "simples" restent sans réponse.
"Pour évaluer l'intérêt de l'enfant, nous demandons un comparatif "avant/après". Le mettre sur la table éviterait bien des fantasmes", explique Grégory Blanc. "Quel engagement prenez-vous pour maintenir les emplois ? Quid des finances de la collectivité vis-à-vis des coûts périphériques de quelques millions induits par une telle démarche ? Vos réponses renvoient au jargon politicien comme s'il y avait un malaise. Pourquoi mentir ? Vous savez bien qu'il y a eu un blackout sur la procédure, conclut le chef de file de l'opposition, qui réitère sa demande d'un "moratoire sur le sujet. Ni retrait, ni passage en force."
 

Si les premiers échanges au sujet de la Protection de l'enfance laissaient augurer un débat (salvateur et à l'honneur du politique) sur le fond des choses, il n'en a rien été dans l'heure et demie qui a suivi. La forme a pris le pas sur toute considération, chaque camp faisant donner ses troupes, le vice-président Philippe Chalopin reliant même de manière sibylline les forts scores des extrêmes (droite et gauche) aux dernières élections à la question du jour : "Ne jouons pas sur les peurs", a-t-il ainsi répété à l'envi.
"Pourquoi mentir ? Vous savez bien qu'il y a eu un blackout sur la procédure. Nous réclamons un moratoire sur le sujet" 

Au passage, certains présidents et directeurs d'association non retenus dans l'appel à projets en ont pris pour leur grade, pour le niveau de leur réponse, et le fait qu'elles aient été faites sans concerter les salariés. La vice-présidente (choletaise) en charge des Ressources humaines, Florence Dabin, l'a ainsi clairement relevé concernant l'Apaech, et Philippe Chalopin de manière plus allusive au sujet d'Acadea, à Baugé.
 
L'opposition a elle reproché à la majorité de seulement l'informer, alors qu'elle estime devoir "participer et être associer à la construction des projets".
 
Au final, après un débat de près de deux heures -essentiellement et malheureusement dans la posture- Christian Gillet a tranché : il n'y aura "pas de moratoire. L'appel à projets est définitif et les arrêtés d'habilitation ont été pris. Des réunions seront organisées dans chaque Pôle des solidarités, avec à chaque fois, un membre de la minorité. Mais je ne veux pas qu'on instrumentalise les peurs légitimes des salariés."

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Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur















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