Quand la campagne vous rafraîchit

[Chronique] L’été dialogué - épisode 3


Rédigé par François-Xavier Helbert - Angers, le 03/08/2016 - 08:00 / modifié le 02/08/2016 - 17:36


Dire que l’été est une saison qui exhibe les corps autant qu’elle révèle les émotions serait un lieu commun. C’est un moment de l’année où l’espace du dehors prend le pas sur le for intérieur. A l’image du soleil sur la peau, l’été imprime la marque de nos souvenirs. Le dialogue les révèle alors.
Parlez-vous l’été ? Un moment où…



... l’on se rappelle que le paysage façonne notre esprit jusqu’à marquer une empreinte indélébile.

- As-tu pris un décapsuleur ?

- D’habitude, ce n’est pas moi qui pense à ça.

- C’est pas grave, je crois que j’ai choisi des bières qui s’ouvrent en les dévissant. Tu penses encore à elle ?

- J’arrête pas… T’aurais dû prendre des canettes, c’est moins lourd à porter et moins fragile.

- Ça va ! Fait pas ta chochotte. ça te rend aigri d’être à nouveau célibataire.

- Arrête, c’est pas ça. C’est juste que j’ai l’esprit pratique. Là tu vois, on va pouvoir tremper nos bouteilles dans le lac pour les rafraîchir. Les canettes auraient été plus confort, c’est tout.

- Elle est peut-être partie mais ses maniaqueries sont restées. Cela prouve que vous étiez vraiment établis comme un petit couple pépère avec des habitudes bien ancrées. Tiens, un peu comme ces deux limaces côte à côte. D’ailleurs, j’ai du mal à imaginer de ne plus vous voir ensemble. A vous regarder, tout le monde pensait que vous passeriez votre vie ensemble.

- Et ben ouais, et j’ai repris mon sac comme un escargot. T’imagine que nous avons passé quasiment tous nos week-ends ensemble en plus d’être dans la même classe la semaine. Nous avons révisé tous les deux pour le bac. Et d’un seul coup, après les résultats, elle disparaît de ma vue.

- Mais pas de ta vie ?

- Ne plus la voir me la rend encore plus présente. Mes souvenirs me la rappellent sans cesse. Elle s’invite dans chaque paysage, chaque pensée. Je me dis qu’elle aurait adorée passer la nuit dans cette forêt, à l’abri du bruit du monde.

- A t’écouter, quand on est amoureux, ne pas voir quelqu’un revient finalement à s’en rapprocher encore plus. L’amour est une putain de drogue dure.

- Tu parlais des limaces tout à l’heure. Moi, je me sens moins animal que végétal. A choisir, je préférerais être un arbre solide et élancé plutôt qu’une bête minuscule et vulnérable.

- Vas-y, continue à raconter des conneries de ce genre, comme ça quand on va rentrer, tu l’auras complètement oublié ton ex. Et à nous les dance-floor tout l’été.

- C’est pas avec nos chaussures de rando que nous sommes le plus sexy. En attendant, passe-moi le réchaud, je prépare la boîte de cassoulet pendant que tu montes la tente.

- Ok. Moi j’suis content qu’elle soit pas là parce que c’est pas mon truc de tenir la chandelle.

- T’as raison. Merci d’être là. J’éprouve un sentiment bizarre. C’est un peu comme si une partie de ma vie m’avait été volée.
 
 
"De toute façon, l’amour c’est un truc inventé par les vieux pour justifier leur fidélité. La mort leur fait peur alors ils se rassurent comme ça."

- Ça m’a fait pareil quand mes parents ont divorcé. Je me suis senti trahi. T’as l’impression de subir une situation. Tout est déjà ficelé. Tu ne peux pas agir. Tu peux te débattre, mais ça changera rien.

- On s’installe là ? C’était quoi déjà notre trip, revenir à l’état sauvage. Ah moins qu’il y ait une boîte de nuit juste à côté, j’crois qu’on est pas mal.

- J’suis d’accord. J’ai lu ça que le fait de s’isoler permet de revenir à soi et se reconstruire.

- Pas pour moi. L’isolement géographique ravive sa pensée. En même temps on ne fait que parler d’elle.

- Pourtant regarde, tout cet espace naturel à perte de vue. Ne te sens-tu pas plus libre qu’avant ?

- C’est comme si tout ce que j’avais bâti s’écroulait à présent. En fait, l’amour nuit gravement à la santé sur le long terme. Comme la clope, il ne conduit qu’à l’oubli de soi.

- Tu exagères, vous n’étiez ensemble que depuis trois ans.

- Et si c’était les plus belles années de ma vie ? Aujourd’hui, j’ai le sentiment que quelque chose s’est cassé en moi et que jamais il ne se réparera.

- Peut-être as-tu consumé l’Amour. Un amour ne durerait que trois ans. Je crois qu’il y a des études très sérieuses là-dessus.

- Si c’est vrai c’est absurde. C’est justement lorsque l’on a réussi à s’accommoder l’un de l’autre durant trois ans, que l’on devrait pouvoir rentrer dans une phase plus sérieuse.

- C’est Matthias qui nous avait rapporté ça. Il avait lu un article là-dessus dans le magazine Lui.

- C’est des conneries. Les mecs, ils écrivent ça pour se faire la tune.

- Peut-être. De toute façon, l’amour c’est un truc inventé par les vieux pour justifier leur fidélité. La mort leur fait peur alors ils se rassurent comme ça.

- Je suis sorti avec cette fille mon année de seconde, mais je l’avais rencontré dès les vacances d’été précédents la rentrée scolaire.

- Quand tu parles, j’ai l’impression d’entendre mes parents. Au début de leur séparation, mon père avait toujours besoin de s’épancher sur sa souffrance. Il disait qu’il ne pourrait jamais s’habituer à cette nouvelle situation. C’est d’ailleurs, à cette période que les apéros ont commencé à être plus régulier.

- D’un coup, je me sens vieux. Tu te souviens que déjà en première on m’appelait « Papa Mermoz » pour ma ressemblance avec mon père.

- Je crois surtout que c’était parce que le couple que vous formiez avec Léa nous renvoyait à celui de nos parents. Vous étiez un peu le repère de la bande. Et puis, le bac en poche, chacun prend son envol.

- Bon. On parle d’autre chose ? Franchement, j’adore ce coin avec le lac, bordé de sapins et le silence.

- Ce paysage me fait un peu penser à vous deux. Enfin, à ce que vous étiez. La surface de l’eau est lisse et paisible mais opaque. A l’intérieur c’est trouble ce qui empêche de voir le fond. Aussi, on ne sait pas vraiment ce que recèle ce bassin. Des trésors ou des déchets.

- Comme ça c’est bien, ça te laisse imaginer ce que tu veux. Moi, c’est quand je ferme les yeux que je la vois le mieux. Ses parents sont absents. Elle est allongée au bord de la piscine et porte un bikini.

- J’ignorais qu’il y avait une piscine chez ses parents. T’aurais pu nous y inviter. Elle n’a jamais fait de fête chez elle, je sais même pas où elle habite.

- Tu vois la maison blanche là-bas ? La sienne, c’est la baraque juste à côté.












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