Quand la mer vous libère

[Chronique] L’été dialogué - épisode 2


Rédigé par François-Xavier HELBERT - Angers, le 27/07/2016 - 08:00 / modifié le 27/07/2016 - 16:43


Dire que l’été est une saison qui exhibe les corps autant qu’elle révèle les émotions serait un lieu commun. C’est un moment de l’année où l’espace du dehors prend le pas sur le for intérieur. A l’image du soleil sur la peau, l’été imprime la marque de nos souvenirs. Le dialogue les révèle alors.
Parlez-vous l’été ? Un moment où…



Quand la mer vous libère
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... l’on apprend l’attrait que la nature peut provoquer sur notre corps et les émotions qu’elle procure pour notre bien-être. 

- J’irai bien à la plage ce matin. Rien de tel qu’un bon bain de mer pour se réveiller. Tu m’accompagnes ?

- Tu sais bien que je ne me baigne jamais dans l’eau salée. Je ne supporte pas cette texture poisseuse qui te colle à la peau sans jamais s’en aller vraiment. Ça te tient d’un bout à l’autre du séjour.

- Tu ne vas quand même pas te priver de bain de mer juste pour cette raison. C’est aussi cela l’aventure des vacances !

- En me baignant exclusivement à la piscine, je m’offre la garantie de ne jamais avoir froid, d’éviter les déconvenues et de pouvoir regagner le bar de l’hôtel le plus rapidement possible.

- Moi, j’ai besoin qu’un cadre naturel enveloppe mon bain. Le ciment, le transat en pvc et les plantations trop bien taillées font obstacles à ma plénitude.

- Et que fais-tu du cocktail rafraîchissant qui t’enveloppe de l’intérieur alors que l’eau ruisselle sur ta peau ? Il paraît que c’est super bon pour la peau.

- Quand je nage, je nage. La boisson n’est qu’un artifice face au bonheur incontournable de l’eau salée qui me comble.

- Tu ne sais pas profiter des plaisirs qui te sont offerts.

- Ce n’est pas ça mais pour qu’un instant me soit agréable, il faut qu’il y ait une part d’imprévisible. Tiens, par exemple, le petit vent frais qui se lève lorsque je sors de l’eau me fait frissonner de plaisir.

- Moi, il me glace.

- Se baigner est un acte charnel. C’est comme se laisser envelopper par un corps et ne plus faire qu’un dans une nage aux positions multiples. C’est selon. Fonction des jours et de la chaleur.  Il faut accepter de se laisser surprendre.

- Et le sable qui semble coller de manière indélébile sur ta peau. Il y a toute de même des impondérables qui horripilent.

- C’est comme une seconde peau. La mutation de l’été passe par ce revêtement. Cela me fait comme des paillettes qui luisent au soleil. Et le soir retrouvé, la lueur des réverbères parfois révèle un grain de sable négligemment oublié dans le creux du cou ou derrière l’oreille. J’ai connu un homme qui adorait le recueillir avec sa langue. De toutes les saisons, l’été n’est-elle pas la plus charnelle ?

- Un amateur de goût salé.

- C’est vrai qu’il devait particulièrement aimer le sel. Je lui en ai fait voir. Les additions que je laissai cette année-là sur les tables des restaurants comme dans les boutique de prêt à porter étaient salées. Je crois d’ailleurs, que cela attisait son désir. En tous les cas, jamais il ne m’a dit stop.

- Et comment cette histoire s’est-elle terminée ?

- Mais elle n’est pas finie… Il s’agit de Philippe.

- Philippe ?

- SALICORNE.

- Le mari d’Inès ta collègue ?

- Lui-même.
 
"Tu sais ce qu’on dit à propos de la mer. Elle serait formée par les larmes que les femmes de marin y déversent. Je ne voudrais pas participer à grignoter le littoral."

- Et quand tu dis que votre histoire n’est pas finie, cela signifie que vous continuez de vous voir.

- Oui. A sa demande. En fait, on se voit de temps en temps en semaine et parfois un week-end tout entier.

- Et comment vis-tu cela alors que tu vois Inès tous les jours ?

- Je ne mélange jamais le travail avec la vie personnelle, c’est tout.

- Je veux bien mais bon… Dans cette situation, c’est un peu différent. Tu dois quand même culpabiliser ?

- Disons que je suis parfois gênée. Surtout quand Inès m’annonce que son mari s’absente pour un colloque le week end, alors que je sais qu’il sera pour moi.

- Je me demande comment tu fais pour vivre les choses avec toujours autant de détachement.

- Chacun sa responsabilité. La vie n’est-elle pas sombre par nature ? Quand on m’a annoncé la mort de mon mari, le jour de Noël après qu’il ait été enlevé. Lorsque j’ai reçu la nouvelle, cela faisait un an qu’on y croyait encore. Je ne crois pas avoir embêté qui que ce soit avec ma souffrance et mon chagrin.

- C’est donc une manière de te venger de ce qui t’est arrivé si je comprends bien.

- Non, juste une manière de profiter sans détour des situations qui se présentent. Je me situe toujours à la lisière de ma vie. Des fois, je me dis même que je sauve un couple. Je lui permets de rester avec sa femme tout en trouvant du plaisir ailleurs. Sans moi, peut-être Philippe aurait-il quitté Inès depuis longtemps ? Je veux bien croire que je remplis un manque.

- Pour moi, c’est la mer qui me comble. Elle m’apporte une ressource inédite faite de fraîcheur et de douceur à la fois. Cette onctuosité de l’eau m’habille d’une joie profonde.

- J’aimerais tant connaître cette consolation. Mais mon mal intérieur est trop profond. Il y a peu d’alcool qui m’apporte suffisance. Même le whisky, à grandes rasades, ne me saoule jamais assez. C’est pourquoi j’évite l’alcool le jour.

- L’air marin, tu sais, guérit de bien des maux.

- Tu sais ce qu’on dit à propos de la mer. Elle serait formée par les larmes que les femmes de marin y déversent. Je ne voudrais pas participer à grignoter le littoral.

- Les bords de mer forment les estuaires du bonheur.

- C’est ce que j’espère de ce séjour. Retrouver une certaine sérénité.

- J’ai envie d’une glace… Attends, ce ne serait pas Inès et Philippe en face, près du bar à sorbet.

- Tout juste.

- J’y crois pas, vous organisez jusqu’à vos vacances afin de ne pas être séparés. Tu prendras quel parfum ?

- Caramel au beurre salé. 












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