Quartier lointain : l’introspection !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Mercredi 1 Décembre 2010 à 22:13


C’est le passé douloureux, enfoui et presque oublié d’un quinquagénaire réfugié dans sa vie de famille que Sam Garbarski a choisi de nous livrer cette fois-ci. Pour son 3ème long métrage, le réalisateur belge s’attaque à un sujet plus que convoité, tiré du manga culte de Jirô Taniguchi, en reprenant l’idée du voyage dans le temps : car qui n’a jamais rêvé de revivre son passé pour changer son futur ?



Thomas Verniaz (Léo Legrand) et son père Bruno (Jonhathan Zaccaï)
Thomas Verniaz (Léo Legrand) et son père Bruno (Jonhathan Zaccaï)
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Une vie de famille bien rangée où la routine s’est installée depuis trop longtemps… Voilà l’indifférence qui régit la vie de Thomas Verniaz, dans son rôle de père et mari. Entre dessins et coloriages, le quinquagénaire n’a pas le temps de réfléchir aux malheurs de son passé.

Ce temps lui sera donné lorsque, se rendant au salon de la BD a Paris, par erreur, il prend le train qui le mènera à sa ville natale, où tout ce qu’il avait enfoui en lui resurgira avec force et désespoir.

Se rendant sur la tombe de sa mère, Thomas regarde l’envol d’un papillon et fait un malaise. Il se retrouve alors projeté dans le passé, dans le corps de l’adolescent de 14 ans qu’il était à l’époque.

Partagé entre stupéfaction et joie, Thomas va redécouvrir le bonheur des liens familiaux très forts qu’il avait perdus, il y a longtemps. En effet, son père Bruno interprété par le brillant Jonhathan Zaccaï (« Robin des Bois » de Ridley Scott, « De battre mon cœur s’est arrêté » de Jaques Audiard) a abandonné son foyer le soir de son 40ème anniversaire, entrainant par la suite la mort de sa mère.

La superbe mise en scène de Garbarski reflète l’appropriation de l’histoire de Jirô Taniguchi. On ressent une envie de retransmettre l’œuvre dans son entier sans pour autant l’écraser. La dimension esthétique est sauvegardée par souci de pudeur.

Sam Garbarski nous montre une fois de plus son immense talent et sa maitrise de l’image par un magnifique panoramique sur la table du petit déjeuner du dimanche, une tradition d’époque. Ce qui nous montre bien l’unité de la famille ainsi que l’émotion qui s’en dégage.

Car oui, ne l’oublions pas, ici le maître mot est émotion…
Le lieu du tournage y est pour beaucoup, le lac Nantua et les montagnes des alentours permettent de mettre en relief les émotions.

Entre décors fabuleux et regards pénétrants, Sam Garbarski nous fait vibrer du début à la fin, tant par l’émotion de certaine scène, comme celle de Bruno abandonnant son fils sur le quai de la gare, que par le côté burlesque d’un esprit de 50 ans se retrouvant piégé dans un corps d’ado.

C’est ainsi qu’il va revivre des moments de son passé, comme son premier amour. C’est alors qu’on prend réellement conscience que son esprit ne s’accorde pas à son corps. Rien qu’en embrassant une ado de 15 ans, sa morale refait surface et l’empêche en quelque sorte de « tromper sa femme ». Il en oublie parfois même qu’il est mineur.

Mais peut-on réellement changer le futur en revivant son passé ?

Car c’est bien cette question que soulève le film de Sam Garbarski. Thomas, à la recherche des causes de la disparition de son père, retrouvera ses souvenirs d’enfance et essaiera à tout prix d’empêcher les catastrophes qu’il a vécues de se produire à nouveau.

On observe un réel questionnement entre le rêve et la réalité dans ce long métrage qui symbolise le rêve de chacun : changer le passé pour un avenir meilleur.

Et pour cela, la symbolique du papillon qui s’envole est très belle.

En effet, l’esprit de Thomas alourdi par tous les regrets du passé reste dans son état de chenille à l’intérieur de son cocon, enfermé dans ses incertitudes. Et c’est en revivant son passé que cette charge pénible se retire peu à peu de son esprit, car les causes du départ précipité de son père ne sont plus inconnues, ne sont plus énigmatiques, et elles ont un sens…

Grâce a cela, l’esprit de Thomas pourra s’envoler dans le ciel, débarrassé de tout remords tel un papillon, s’identifiant à la phrase qui a poussé son père à partir : « je n’ai pas vécu, j’ai survécu… »

Et c’est sur les airs entrainants et riches en émotion du groupe AIR, qui donnent une réelle dimension artistique au film, que l’on découvre des acteurs magistraux, aux expressions vibrantes et à l’émotion palpable, en particulier les regards pénétrants du jeune Léo Legrand, qui nous livre une prestation lumineuse et époustouflante.

Un film à ne pas rater… qui vous entrainera dans un nouveau « retour vers le futur » des émotions.

Camille.












Angers Mag