Quartiers de culture


Rédigé par - Angers, le 22/11/2016 - 07:55 / modifié le 22/11/2016 - 21:38


Confrontées à une situation budgétaire de plus en plus contrainte, les maisons de quartier peuvent-elles encore être un lieu de culture, comme elles l'ont toujours été ? Plus avant, que pèse la culture aujourd'hui au sein de ces structures de proximité ? C'est la question que nous avons posée à plusieurs de ses acteurs.



Le spectacle TRAPéO, de la Cie Num, a ouvert la saison culturelle à la MPT Monplaisir.
Le spectacle TRAPéO, de la Cie Num, a ouvert la saison culturelle à la MPT Monplaisir.
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La décision de la majorité municipale conduite par Christophe Béchu avait fait grand bruit, aux premiers jours de 2016 : moins 10 % de subvention à l'endroit des maisons de quartier d'Angers. Un coup de bambou, à l'heure où ces mêmes maisons de quartier, la plupart associatives, s'apprêtaient à renouveler pour trois ans leur convention d'objectif et de moyens avec la Ville d'Angers. "Nous avons eu l'audace de tout reprendre. C'est une occasion pour chacun de relire sa propre politique", assume sans ambages Michelle Moreau, l'adjointe au maire d'Angers en charge de la vie des quartiers et des associations.  Relire sa propre politique : en clair, faire des choix, redéfinir ses priorités et, le cas échéant, trancher dans le vif.

Reste à savoir où couper ? C'est à cet instant que le mot "culture" tremble. Car si elle n'a jamais occupé un poste budgétaire majeur au sein des structures de quartier -la programmation culturelle de la maison de quartier Le Trois Mâts intéresse à titre d'exemple 4 % du budget global, l'essentiel étant mobilisé par le fonctionnement- elle a toujours été éminemment présente en leur sein. Aves des histoires qui se transmettent de génération en génération. Le plus célèbre des groupes de rock angevin, Les Thugs, a ainsi claqué ses premiers accords dans les locaux du centre socio-culturel Jean-Vilar, à la Roseraie. Le Quart'Ney a lui tout simplement vu son projet associatif naître autour de la notion de culture. Plus récemment, à l'été 2008, c'est au sein des maisons de quartier du Lac de Maine, de Saint-Serge et du Trois-Mâts (Justices-Madeleine-Saint-Léonard) qu'est né le collectif -depuis devenu collectif- UL3SONS, organisateur de concerts et d'événements artistiques sur la ville.

Les exemples foisonnent depuis trois décennies, de dynamiques créatives pensées puis cimentées sous la coupe rassurante des maisons de quartier. N'est-ce plus le cas aujourd'hui ? "Les différentes associations qui se sont succédé ont toujours eu une volonté et une politique culturelles", note Daniel Tricot, le président de l'association qui gère le Trois-Mâts. "Cette volonté existe toujours, mais elle se mesure à l'aune d'une nouvelle réalité : celle, finalement assez récente, de l'agrément centre social", complète le directeur de la structure, Raphaël Joncheray.

Grise Cornac se produira le 2 décembre à la maison de quartier Le Trois Mâts.
Grise Cornac se produira le 2 décembre à la maison de quartier Le Trois Mâts.
Une nouvelle donne
Kesako ? A Angers, sur les 11 maisons de quartier, 7 sont désormais agréées centres sociaux, les quatre autres bénéficiant d'un agrément CAF Espace de vie sociale. Quel rapport avec la culture ? Cet agrément, qui ouvre des perspectives financières aux structures (une subvention de 83 000 € par an financée par la Caisse d'allocations familiales) induit aussi de nouvelles priorités, en direction de l'enfance et des familles. Pour aller droit au but, Michelle Moreau explicite le fond du débat : "Je ne suis pas sensible à une programmation culturelle si elle peut être proposée n'importe où dans le département. Le rôle d'une maison de quartier devrait être de préparer et de s'occuper d'un budget familial avec les familles..."

En une phrase, voilà résumée la réorientation quasi-obligatoire des maisons de quartier vers un aspect très social, elles qui se sont souvent développées sur le schéma des centres socio-culturels.
Pas la culture d'Eric Bertrand, qui a fait toute sa carrière dans les centres sociaux, jusqu'à prendre la direction de la Maison pour Tous de Monplaisir. "La question, c'est comment on utilise la culture, par rapport à notre projet social ? S'il y a une programmation culturelle ici, l'objectif n'est pas de faire venir un spectateur de plus dans la salle. Dans le cadre de notre prog', à quel moment va-t-on introduire de la médiation culturelle pour casser les codes de la bourgeoisie ? La salle de spectacle, c'est souvent compliqué, il faut en intégrer les codes. C'est pour ça qu'il faut du temps, et organiser beaucoup de choses hors les murs pour gagner la confiance des habitants", résument Eric Bertrand et Benjamin Tudoux, membre du conseil d'administration de la MPT et de la commission culture.
La salle de spectacle, c'est souvent compliqué, il faut en intégrer les codes. C'est pour ça qu'il faut du temps, et organiser beaucoup de choses hors les murs pour gagner la confiance des habitants" - Eric Bertrand, directeur de la MPT Monplaisir

Habitants, le mot est lâché. Quel que soit le quartier, c'est autour d'eux que se construit plus jamais la proposition culturelle et artistique des maisons de quartier. Une proposition qui va, de fait, bien au-delà d'une simple programmation à l'année. Avec l'agrément social, les maisons de quartier se doivent plus que jamais d'être ancrées sur leur territoire, sans pour autant s'enclaver. Elles ont donc, selon le territoire, des publics différents, plus ou moins éloignés du fait culturel. "Mais notre engagement, c'est que la culture et l'art sont ouverts à tous", exprime Carole Jonquet, responsable culturel de la maison de quartier des Hauts de Saint-Aubin, seule structure gérée en marché public (par la fédération Léo-Lagrange). "L'art se découvre et s'expérimente dès la plus tendre enfance", complète-t-elle. "Oui, il faut donner l'envie le plus tôt possible", confirme Daniel Tricot, au Trois-Mâts. "Nous proposons d'ailleurs de plus en plus de spectacles destinés au jeune public", argue François Belnou, chargée de l'action culturelle dans la maison de quartier.

Un rôle de "passeur" en somme, que revendique également la directrice du Quart'Ney, Patricia Bregnon. "Notre vocation n'est pas d'être un lieu de diffusion (malgré l'existence au Quart'Ney de Confluences, une salle de spectacle dernier cri, NDLR). Peu importe le support que l'on utilise, l'essentiel, c'est le lien social, faire que les gens -jeunes, personnes âgées- poussent la porte de la structure".

Les Aboyeurs 2016, aux Greniers de la Place Ney, lors du festival Le Tout pour le Tout.
Les Aboyeurs 2016, aux Greniers de la Place Ney, lors du festival Le Tout pour le Tout.
La culture comme ciment social, en somme, avec une volonté partagée par tous que les habitants ne soient pas que des "consommateurs". Au Quart'Ney, le Tout pour le Tout réunit ainsi chaque année depuis 16 ans, plus de 200 bénévoles autour de l'expression théâtrale, dans des salles, mais également dans la rue ou chez l'habitant. Dans les Hauts de Saint-Aubin, le dernier week-end de septembre a vu 9 jardins d'habitants offrir leur confort à une quarantaine d'artistes : c'était Jardin'Art. Une opération assez jumelle de celle portée par Le 3 Mâts, qui proposera, à la mi-mai 2017, Des Petits coins de paradis, variations artistiques en jardin. La maison de quartier présente également, du 14 au 19 novembre, une semaine d'activités autour de la citoyenneté.

A La Maison pour Tous de Monplaisir, l'alliance objective entre professionnels du spectacle, salariés de la MPT et habitant a pris corps il y a un peu plus d'un an, lors du festival proposé par le Kokolectif et Cies. "C'était d'une très grande richesse", se souvient Emmanuel Tudoux, également membre de la Cie Nom d'un Bouc. "Tout l'accueil du public, le catering, la cuisine étaient gérés par les habitants." Un partenariat qui s'est soldé aussi, en ouverture du festival, par une création de l'atelier d'expression artistique de la Maison Pour Tous Monplaisir, dirigé par Loïc Méjean.
L'exemple de Monplaisir est loin d'être anodin car il témoigne en même temps de l'intérêt de porter un projet sur le long terme, en prise avec les habitants, mais également de la nécessité pour les structures artistiques de s'adapter à la nouvelle réalité des maisons de quartier. Pour les compagnies locales, notamment, les lieux de diffusion ne sont pas si nombreux sur le territoire, et les maisons de quartier doivent en être.
 
Une place à défendre
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes (possibles) ? Evidemment non. Oui, la Charte culture et solidarité mise en place par la Ville d'Angers et à laquelle adhèrent les onze maisons de quartier a envoyé plus de 5 700 spectateurs -des personnes en difficulté- vers des spectacles au Quai, au CNDC ou à l'ONPL. Certes, le budget consacré par la municipalité aux Maisons de quartier va bien au-delà, frôle sans doute les 10 M€, si l'on considère les mises à disposition et l'ingénierie, "sans compter les financements sur projets, liés à la politique de la ville", rappelle Michelle Moreau (qui ne concerne pas tous les quartiers, NDLR).
"J'ai le sentiment que depuis 19 ans que je fais ce métier, la culture n'a jamais été quelque chose d'acquis" - François Belnou, Le Trois Mâts

Mais la réalité, c'est que la culture souffre en maison de quartier. Difficile de faire aussi bien voire plus avec un budget qui se resserre, des postes en moins sur les champs culturels et de l'enfance. La menace est-elle prégnante en ce moment ? "J'ai le sentiment que depuis 19 ans que je fais ce métier, la culture n'a jamais été quelque chose d'acquis", pose Françoise Belnou, qui pointe aussi "la rupture progressive du lien entre les maisons de quartier et les outils culturels angevins, alors que nous somme le premier échelon de la culture, dans la ville".

Un regret entendu par l'adjoint à la culture, Alain Fouquet : "La Ville a toute sa place pour animer la mise en réseau des maisons de quartiers et des outils dont elle dispose du point de vue culturel. Tout en respectant l'identité forte et propre de chaque quartier." "L'enjeu, c'est de se donner les moyens de développer l'éducation culturelle partout, et pas seulement dans les maisons de quartier. Notre objectif n'est pas d'être un maillon de la chaîne culturelle angevine, mais d'être un maillon de proximité", conclut Eric Bertrand.

Où la culture prend toute sa place, évidemment.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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