RUBBER : histoire d’un pneu !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Dimanche 14 Novembre 2010 à 18:18


« Pourquoi dans le film de Steven Spielberg, E.T. est-il marron ? Pourquoi dans "Massacre à la tronçonneuse" personne ne va jamais aux toilettes ? Pourquoi dans "Love Story", les deux personnages tombent-ils amoureux ? Pourquoi ne voit-on pas l’air autour de nous ? No reason » C’est par ce monologue que débute le film, un hommage à l’absurde, au foldingue, au déjanté, à tout ce qui échappe à la compréhension, comme ce film : « Rubber ». 



Le pneu (Robert) contemplant le bûcher où l’on brûle ses semblables.
Le pneu (Robert) contemplant le bûcher où l’on brûle ses semblables.
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Le crépuscule. Un pneu couvert de sable dans une décharge abandonnée qui tente tant bien que mal de s’extirper de l’ensevelissement. Mais tout juste levé qu’il tue, explose tout sur son passage. « Rubber », c’est l’histoire d’un pneu serial killer et télépathe, un road movie loufoque mais tout en élégance.

C’est aussi l’histoire d’un film dans le film auquel assiste médusée une bande de spectateurs en jumelles au milieu du désert californien. Dans ce film où la réalité n’est pas forcement celle que l’on croit, où tout s’entremêle, où le réel vient rendre visite au fictif et vice versa, où on ne sait plus ce qui est programmé et ne l’est pas : Quentin Dupieux aime nous laisser dans le vague.

Ça aurait pu n’être qu’une simple histoire de sang, des têtes dégommées à la chaîne pour une raison assez vague de vengeance, car il s’agit là de la trame du film : un pneu psychopathe qui se met en « tête » de venger le massacre de son espèce. Mais c’est bien plus que ça. C’est la personnification d’un des objets qui suggère le moins l’humain auquel on donne une histoire, des souvenirs, comme dans cette scène où le pneu se retrouve face à son reflet dans le miroir, où on peut presque lire de la culpabilité, ce que démentent les massacres qu’il perpètre par la suite.

Ce pneu est humain par tous les aspects de sa personnalité et, bizarrement, ses désirs se dirigent vers la race humaine aussi. Comme pour cette jeune femme qu’il suit et qu’il laisse indifférente. Un des spectateurs dit, interloqué « c’est la première fois que je m’identifie à un pneu » quand « Robert » surprend la jeune femme sous la douche.

Loin des schémas préconçu d’Hollywood où tout est clair et prévisible, le cinéaste nous livre un petit bijou où ce qui est incompréhensible n’en est pas moins délectable. Avec des plans de têtes déchiquetées ou d’animaux en morceaux en passant par des bouteilles en plastique sauvagement écrasées, on pourrait croire qu’il fait dans le gore, dans le morbide, mais pour contrebalancer, nous avons ces plans où cette masse de caoutchouc noir se découpe dans une lumière crépusculaire. Des plans lents qui paraissent en suspension dans le temps, comme sur un fil, où la musique semble en accord avec le vent qui souffle sur ce désert de Californie.

Et puis il y a cette scène, l’apothéose de l’absurde, où le chef de la police tente de convaincre ses collègues que tout ce qu’ils vivent n’est qu’une mise en scène. Cette scène qui a elle seule est une caricature du cinéma. Car c’est vrai : ce n’est qu’une illusion, mais nous faisons semblant de croire qu’elle est vraie à chaque fois que nous voyons un film. Quentin Dupieux met la vérité au grand jour, et le résultat est tordant.

Ce film a été tourné en quatorze jours à l’aide de deux appareils photos. Il donne ainsi la preuve que les gros moyens ne font pas la réussite d’un film. Et pour celui-là, il n’y aucun doute, il n’est ni plus ni moins qu’une ode à l’absurde. Magistral.

Anaïs


LES TAGS : Rubber Dupieux







1.Posté par Louis Mathieu le 16/11/2010 15:46 | Alerter
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Une toute petite précision : le film a bien été tourné avec des appareils photo numériques, des Canon EOS 5D Mark II, à plus de 2000 euros le boîtier sans les optiques...








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