Rapt : comment passer du statut de victime à celui de criminel ?


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Mardi 1 Décembre 2009 à 09:53


Entre cinéma engagé et film noir, Lucas BELVAUX signe un film au suspens intenable, avec une morale très dure, dressant ainsi un constat amer sur notre société contemporaine, qui bascule vers une société moins solidaire.



Rapt : comment passer du statut de victime à celui de criminel ?
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Stanislas GRAFF, interprété par Yvan Attal, est un homme d'industrie et de pouvoir. Il se retrouve du jour au lendemain à la merci de truands qui demandent une grosse rançon, en échange de sa libération. Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Durant cet enlèvement, des aspects de sa vie privées sont dévoilés au public par la presse écrite et la police (pour cause d'adultère, d'addiction aux jeux d'argent…). Lors de sa libération, tout ce qu’il avait réussi à garder d’intimité, son jardin secret, a été révélé au grand jour : il quitte alors un enfer pour en rejoindre un autre.

Rapt, de Lucas BELVAUX, s’inspire d’un fait réel : l’enlèvement du baron Empain en 1978. Ce film est d’actualité avec, par exemple, la presse qui empiète sur la vie privée, la dureté du pouvoir et les rapports entre politique et industrie. Belvaux - ayant juste changé les noms - joue la carte de la fiction. Il démontre la solitude des « grands fauves de la finance », à la fois maîtres et esclaves de leurs destins. Le vrai sujet réside moins dans les fraudes financières que dans la solitude d'un homme et sa mise à l'écart de la société.

Ce cinéaste apporte une réalisation soignée sur un thème difficile : l’enlèvement. Le fait d’avoir transposé ce film à notre époque le rend plus politique. Il voulait faire passer à travers ce film les rapports entre la politique et le pouvoir, le pouvoir et les affaires, le pouvoir et les médias... Il dit lui-même : « d’une manière générale, ce sont les personnages qui m’intéressent et qui me dirigent quel que soit le sujet, mais à partir du moment où ils s’inscrivent dans le monde, dans une société, il y a forcément un aspect politique. » 

Au-delà d'un thriller bien mené, le film donne à réfléchir sur l'envers du pouvoir. Lucas Belvaux traite ici le sujet avec force grâce à une mise en scène sobre et intense à la fois.

Chloé.











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