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Société
Regard sur les Émirats ArabesRédigé par Frédéric Pellerin - Le Vendredi 22 Avril 2011 à 07:58
Frédéric Pellerin est angevin, écrivain, poète, musicien et grand voyageur. Il a publié de nombreux textes dans des revues de littératures et a contribué à des ouvrages pédagogiques en tant qu’enseignant conseiller et coordonnateur d’un réseau d’éducation prioritaire. De retour d’un voyage dans les Émirats Arabes, il nous livre un texte et des images sans concession, sur ce qu’il a ressenti sur place.
Je rentre d’un pays où les femmes se cachent entièrement le visage et le corps pour sortir de chez elles. Un pays où les femmes doivent garder leurs vêtements pour nager dans la mer.
Je rentre d’un pays où les femmes sont contraintes de se rendre sur des plages cernées de murs d’enceinte et de barbelés, « protégées » par des militaires armés et des bateaux de garde-côtes, si elles désirent se dévêtir pour se baigner.
Je rentre d’un pays où la plupart des femmes ne peuvent pas s’adresser librement à des inconnus de sexe opposé. Le soir, elles se terrent pendant que les hommes bavardent aux terrasses, déambulent dans la fraîcheur. Un pays où l’on ne rencontre plus aucune femme dans la rue à la nuit tombée. Plus une seule.
Je rentre d’un pays où les riches prospèrent grâce à l’argent du pétrole, du tourisme de luxe et à la main d’œuvre étrangère bon marché qui arrive des pays voisins. Par milliers, des ouvriers indiens, pakistanais ou iraniens – qui constituent plus de 80% de la population - bâtissent des tours immenses qui abriteront hôtels, appartements, banques et autres sociétés, sur des îles artificielles, pour des salaires misérables dont ils enverront la plus grande partie à leur famille.
Je rentre d’un pays où les ouvriers logent à quarante par chambrée, dans des bâtiments préfabriqués empilés les un sur les autres, à deux pas des chantiers, dans la chaleur et la poussière.
Je rentre d’un pays où ces mêmes ouvriers s’entassent dans des bus non climatisés de la marque indienne Tata qui les emmènent jusqu’à leur cité dortoir, gardées comme des casernes au milieu de déserts saignés de câbles à haute tension. Aucune femme là non plus, mais pour d’autres raisons.
En octobre 2007, fait sans précédent dans l’histoire de ce pays, quatre mille ouvriers se sont mis en grève pour réclamer des augmentations de salaire. Quarante-cinq d’entre ont pris six mois de prison. Car aux Émirats, la grève est interdite, la revendication pour de meilleurs salaires, aussi.
Je rentre d’un pays où, par centaines, des jardiniers indiens ou pakistanais arrosent les pelouses qui bordent les voies rapides, nettoient les bassins des jardins publics, taillent les haies qui cernent les palaces. Vêtus de combinaisons vertes ou bleues selon la tenue imposée par leur employeur, la tête protégée du soleil par de longs turbans colorés, ils arpentent les cités dortoirs des expatriés européens et américains, munis de pelles et de râteaux. Le soir venu, ils vont rejoindre les ouvriers du bâtiment à la périphérie des villes.
Je rentre d’un pays où les pétrodollars permettent toutes les folies et tous les caprices aux dirigeants, aux propriétaires et aux actionnaires des compagnies pétrolières. Un pays où certaines montagnes perdues dans le désert, sans cesse arrosées, deviennent aussi vertes que les Alpes suisses.
Je rentre d’un pays où la côte n’est qu’un vaste chantier, où la mer est comblée sur des milliers d’hectares pour créer des bacs à poissons.
Je rentre d’un pays où des routes impeccables sillonnent le désert.
Le plus souvent, elles sont éclairées jour et nuit par des lampadaires qui diffusent une lumière orangée.
Je rentre d’un pays où l’on n’hésite pas à raser la crête d’une montagne pour y faire un parking qui permettra aux habitants de la ville en contrebas de profiter d’un air plus frais et où l’on pourra bientôt descendre à ski cette même montagne sur une piste artificielle qui dévalera les pentes serties d’un tunnel en béton.
Dans le pays voisin, appelé sultanat d’Oman, la révolution pour la liberté, l’égalité et la fraternité est en marche. Dans ce pays magnifique, ni immensément riche ni terriblement pauvre, le peuple cherche sa voie. Les Émirats vont-ils prendre ce chemin ? Qui fera la révolution ? Certainement pas les Émiratis qui ont un des niveaux de vie les plus élevés de la planète. Alors, les femmes ? Les émigrés ? Dans ce cas là, les anciens bédouins devenus hommes d’affaires ne seront plus considérés que comme des riches colons dans leur propre pays.
NOTA : l’auteur de ce texte sur les Emirats Arabe, a participé au lancement du Café-sagesse qui se tient tous les mois à Angers à l’Autrement Café, 90 Rue Lionnaise. Il intervient également comme musicien dans les groupes de chansons à textes Memento Mori et Bergère trio.
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